À l'approche de la fin des quotas, Tereos, cinquième sucrier mondial et deuxième en Europe, consolide ses bases au Brésil, pays phare pour le marché mondial du sucre. Troisième acteur du marché, dont il pèse environ 30 % des exportations, le groupe coopératif français améliore sa compétitivité, tant agricole qu'industrielle, dans un marché du sucre largement excédentaire depuis 2011/2012 et un marché de l'éthanol déprimé cette année. Un travail qui pourrait permettre un saut de croissance significatif si le besoin s'en faisait sentir. En attendant, Tereos, qui se positionne comme un acteur mondial à l'approche de la fin des quotas, amplifie sa diversification dans l'amidon. Quelques titres de presse, dont Agra, ont ainsi été invités à l'occasion de l'inauguration de l'amidonnerie de Palmital au Brésil.
« Les années 2000 ont été une décennie extraordinaire dont on a profité », résume Alexis Duval, président du directoire de Tereos, au sujet des investissements de la coopérative française au Brésil. Aujourd'hui troisième sucrier de ce pays-continent qui « fait » le prix mondial du sucre (le Brésil pèse environ 40 % des exportations mondiales, dont 30 % assurés par Tereos), le groupe travaille davantage sur sa rentabilité, soutenue par la vente d'électricité, dans un contexte de prix bas pour le sucre et l'éthanol, et de forte hausse du coût de la main d'œuvre (+ 8 % par an environ) et des frais logistiques (+ 10 %). « La consolidation n'est pas un enjeu majeur, il y en a encore pour dix ou quinze ans, estime Alexis Duval. La taille critique est nécessaire, pas le fait d'être numéro un. » Mais la rentabilité permettra au français d'être au rendez-vous si la consolidation du secteur venait à s'accélérer.
Une révolution agricole à marche forcée
Sur le plan agricole, Tereos, dont les activités dans la canne au Brésil sont portées par la société Guarani (rachetée en 2003), a mené à bien une mécanisation à marche forcée. Traditionnellement, la canne, dont le feuillage est très dense, était brûlée pour être coupée. Une pratique interdite cette année, ce qui a contribué à accélérer la mécanisation de la récolte. Le seul investissement dans 120 récolteuses a représenté plus de 30 millions d'euros. Sur la période 2010-2015, l'entreprise aura investi pas moins de 500 millions de dollars dans la mécanisation, la cogénération et la saturation des usines. « Nous commençons à rentrer dans le détail de l'optimisation des outils. Nous avons investi massivement avant de regarder les détails », explique Alain Détappe, conseiller agricole auprès du directeur agricole des activités cannes. En plus de la bagasse (co-produit des sucreries), brûlée pour produire de l'électricité, le groupe teste également un système pour collecter une partie de la paille restée au sol pendant la récolte afin d'alimenter les unités de cogénération. Le système devrait être déployé à grande échelle l'an prochain.
SITUÉ à côté d'une amidonnerie de manioc rachetée en 2011, le nouveau site de production de Palmital, inauguré en présence de l'ancien président du Brésil Lulla, permet de quintupler la production d'amidon (de 25 000 à 125 000 t) (2), et surtout de proposer une offre unique sur le marché, avec un sirop de glucose transparent dont la couleur est stable dans le temps. Un résultat obtenu grâce à un système de résine absorbante qui permet de retenir les précurseurs de la coloration du sirop. « C'est une première dans le groupe et nous sommes la seule amidonnerie du Brésil à proposer un tel produit. C'est un avantage compétitif important pour notre entrée sur le marché », explique Philippe Roux, directeur du site, qui ne précise pas quel est le surcoût du procédé. Destiné à la confiserie, la brasserie ou encore la boulangerie industrielle, ce produit permet des applications nouvelles. Si la R&D est pour l'instant pilotée depuis le site historique de Syral à Marckolsheim, en Alsace, à terme, des développements seront gérés directement à Palmital. « Des synergies avec Guarani sont également envisagées pour étudier la chimie du système sucre glucose », précise Philippe Roux.
« Aujourd'hui, la cogénération et l'optimisation agricoles sont les facteurs économiques les plus intéressants à regarder, souligne Alexis Duval. Nous avons décidé d'investir dans ces domaines en 2010. Rétrospectivement, c'est ce qu'il fallait faire. »
Le relais de la cogénération
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Les prix du sucre sont déprimés du fait du niveau élevé de stocks mondiaux, ce qui encourage à produire davantage d'éthanol. Or, le prix de ce dernier est cette année maintenu artificiellement bas par le blocage du prix de l'essence à la pompe décidé par Dilma Rousseff, présidente du Brésil, en pleine campagne électorale (l'éthanol doit demeurer environ 30 % moins cher que l'essence pour être acheté par les automobilistes).Toutes les optimisations, qu'elles soient agricoles, industrielles ou logistiques, sont donc bienvenues. Mais dans un pays fortement dépendant de l'électricité, le prix de l'électricité est, lui, tiré vers le haut par la sécheresse que connaît cette année le Brésil. « Nous vendons de l'électricité pour l'équivalent d'une ville de 1,5 million d'habitants. La vente d'énergie représente 7 % du chiffre d'affaires de Guarani mais 20 % des résultats », explique Alexis Duval.
Une longueur d'avance sur l'international
Au-delà des difficultés conjoncturelles sur le prix du sucre et de l'éthanol, « les fondamentaux sont extrêmement positifs », poursuit Alexis Duval.En se donnant les moyens de rester dans la course au Brésil, Tereos assure l'avenir. Seul européen présent sur le marché avec ABF (Associated British Foods), le groupe coopératif a ainsi accès au marché mondial du sucre et sa diversité géographique, une sécurité en cas d'accident climatique, lui permet d'accompagner les grands comptes mondiaux. L'investissement dans l'amidon en Europe, puis au Brésil et en Asie, procède de la même démarche.
Un marché difficile d'accès
Le pari de Philippe Duval, père d'Alexis, était de convaincre les coopérateurs d'investir au Brésil dans les années 2000, afin de donner au groupe une envergure mondiale. « Au départ, c'était un petit investissement, il n'y avait pas de grandes ambitions. Le Brésil était un peu endormi à l'époque, mais l'idée était d'y être en se disant que ça se réveillerait peut-être. Et puis c'est allé beaucoup plus vite que prévu avec le rachat de Guarani », rappelle Alexis Duval avant de souligner que « le pays est difficile d'accès » et que « les tickets d'entrée y sont désormais très élevés ».
De fait, le métier du sucre au Brésil n'est pas donné à tous. Des géants européens comme Südzucker, premier sucrier européen, ne sont pas présents sur le marché. Et même de grandes multinationales ont des difficultés : Bunge a ainsi annoncé songer à se désengager du sucre au Brésil.