Terrena a souhaité afficher une certaine sérénité lors de la présentation de ses résultats. Malgré des performances en retrait (résultat opérationnel divise par quatre), et une situation très certainement plus difficile que ce qui a été publiquement admis pour les filières volaille et viande bovine, le groupe affiche des ambitions de croissance externe pour donner à certains de ses métiers une envergure européenne, comme cela est déjà le cas dans les plans de pommiers et le lapin. Une nouvelle gouvernance doit d’ailleurs être mise en place pour accompagner ce développement, à laquelle seront associés des administrateurs indépendants. L’entreprise d’Ancenis continue de développer fortement ses projets d’agro-écologie et croit fermement au potentiel de son label « Nouvelle Agriculture », lancé en 2012 sur le lapin pour valoriser ses débouchés sur le marché français. A l’export, l’accent semble mis essentiellement sur l’Europe pour l’instant.
En Loire Atlantique, Terrena a tenu un discours rassurant lors de la présentation de ses résultats à la presse le 5 avril malgré le contexte, difficile pour l’agroalimentaire et particulièrement pour les filières animales.
La coopérative, qui s’illustre par sa démarche d’agro-écologie, qu’elle veut aujourd’hui promouvoir directement auprès des consommateurs via le label « Nouvelle Agriculture », n’a pas caché ses ambitions en matière de partenariats et de croissance externe. « Nos métiers s’européanisent très rapidement, c’est un fait, et nos filiales doivent être capables de rester dans la course », a déclaré Alain Guillemin, directeur général de Terrena. En juillet, Davodeau-Ligonnière a ainsi repris Valois, devenant leader européen des plans de pommiers et se plaçant parmi les premiers acteurs mondiaux selon Terrena. Dans le lapin, l’ALPM (60 % Lœul et Piriot, 30 % Terrena, 10 % Unigrains) et la reprise de Bretagne Lapins, début 2013, procèdent de la même volonté de constituer des acteurs leaders de leur marché. Des dossiers sont à l’étude mais aucune annonce n’a été faite, si ce n’est qu’il s’agit de « projets très structurants ».
Ouverture de la gouvernance à des administrateurs indépendants
Les choses vont également évoluer en matière de gouvernance. Un nouveau dispositif sera mis en place en septembre. Il accordera une place significative à des personnalités extérieures au monde coopératif. Un conseil des filiales et participations doit notamment être créé, qui accueillera deux administrateurs indépendants. A noter également, l’arrivée récente de Maxime Vandoni en tant directeur général adjoint en charge de des activités végétales et distribution spécialisé, fonction assurée par Alain Guillemin depuis deux ans. Il devrait remplacer ce dernier dans six mois, d’après Les Marchés, information non confirmée par Terrena. Pour rappel, Maxime Vandoni a quitté Sodiaal après avoir enclenché la restructuration de Candia.
Les filières animales de Terrena ont, comme toutes, souffert de la hausse mais surtout de la volatilité des matières premières. La coopérative estime à 84 M EUR de plus que sur l’exercice précédent l’impact des matières premières sur les productions de volaille et de porc. Un impact qui n’a pas été répercuté dans son intégralité. Terrena indique ainsi avoir passé des hausses de tarifs de 8 à 9 % en moyenne quand il aurait fallu qu’elles atteignent 16 %. « Il a fallu faire des économies de charges pour sauver les résultats des filières. Ce n’est pas tant la hausse du prix qui a été gênante que la violence des à-coups », a déclaré Alain Guillemin.
Grande discrétion sur les résultats des filières volaille et viande bovine
En matière de résultats justement, Terrena reste très discrète. Mais Alain Guillemin affirme que 90 % des difficultés de l’activité volaille proviennent de la dinde, un métier sur lequel « personne ne gagne d’argent ». Une affirmation qui semble, pour certains observateurs, minimiser les difficultés du poulet. L’activité poulet a-t- elle profité de la situation de Doux ? Terrena ne répond pas directement à cette question et se contente de pointer le manque de compétitivité de l’ensemble de la filière française, notamment par rapport à des pays comme l’Allemagne et l’Espagne. En cause notamment, le nombretrès important de références demandées aux acteurs français quand les gros volumes sont importés. Quant à la viande bovine, la situation est très difficile. La branche est un foyer de pertes, selon de nombreux observateurs. « Collectivement, on n’a sans doute pas voulu prendre en compte assez tôt les difficultés de l’amont. La conséquence, c’est la réduction du cheptel français et cela impacte la viabilité des outils de transformation. Dans ces conditions, des contrats d’export de vif comme celui qui a été conclu avec la Turquie, alors que l’Allemagne l’avait refusé, aggravent encore la situation », commente Alain Guillemin.
Sortir de la guerre des prix
Pour sortir de l’ornière, Hubert Garaud, président du groupe, veut croire que l’on peut sortir de la destruction de valeur. « Nous rénovons l’offre avec le label “Nouvelle agriculture” qui va être étendu à d’autres produits que le lapin. Les prix bas ne sont pas une issue parce qu’ils pèsent sur l’emploi en France et donc sur les revenus des consommateurs, et la distribution en est un peu consciente, affirme-t-il. Nous voulons être pionniers d’une nouvelle relation avec la distribution, enchaîne Alain Guillemin. La co-construction fonctionne à l’étranger, pourquoi pas ici ? Dans les pays anglo-saxons ou en Allemagne, distributeurs et fournisseurs travaillent ensemble sur la durée. La logique de l’affrontement est dépassée. Nous ne vivons pas une crise mais une mutation profonde et il faut s’y inscrire de manière dynamique, être force de proposition, pour assurer la pérennité de ses activités. »
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La « Nouvelle Agriculture » pour valoriser les débouchés
La démarche « Nouvelle agriculture » doit également se lire dans cette optique, comme une façon de proposer de la valeur ajoutée aux distributeurs avec des produits français, nourris avec luzerne, graines de lin et sans OGM et élevés sans antibiotiques (du sevrage à l’enlèvement) en ce qui concerne le lapin. La démarche « Nouvelle Agriculture » en est assez début. Terrena affirme obtenir des résultats encourageants dans les enseignes où l’offre a été lancée, malgré un prix de 10 à 15 % supérieurs aux standards du marché. Mais la catégorie lapin est bien particulière puisqu’elle tend purement et simplement à disparaître des rayons et que l’initiative de Terrena, au-delà du concept de « Nouvelle agriculture », contribue tout simplement à redynamiser un marché mal en point. 20 éleveurs sont aujourd’hui engagés (à 100 % « Nouvelle Agriculture ») et la coopérative veut proposer une gamme complète de viandes avec 1 000 éleveurs d’ici à trois ans.
A l’export, valoriser la ferme France
Terrena veut aussi se développer à l’export, soulignant que les ventes à l’international sont contributives au résultat. Les cibles sont principalement les pays européens pour l’instant, où l’offre de la coopérative, différenciée, trouve des débouchés en croissance. « On n’a jamais exporté autant de viande bovine en Allemagne », se réjouit ainsi Hubert Garaud. « L’agroalimentaire français a une excellente réputation, pourquoi n’arrive-t-on pas à mieux le vendre ? », se désole Alain Guillemin.
Rénover tous les maillons des filières
Alors que les tables rondes filières organisées par le gouvernement sont en cours (le lait a inauguré la démarche le 8), ainsi que l’aménagement de la LME, Hubert Garaud espère surtout un déclic. « Si au moins ces tables rondes pouvaient servir de déclencheur, espère-t-il. L’agroalimentaire est un secteur en mutation qu’il faut rénover. Notre déficit de performance industrielle tient à une multitude d’éléments, comme par exemple le nombre de références. Il faut chasser les “non valeurs” et la compétitivité doit être rénovée tout au long de la filière. »
En termes de résultats, Terrena a réalisé un chiffre d’affaires de 4,5 M EUR en 2012, en croissance de 2,2 % à périmètre constant (+ 2,6 % au total). L’agroalimentaire seul pèse 2,3 Mds EUR. Terrena, qui a investi 88,8 M EUR prévoit 72,2 M EUR d’investissements sur 2013. La capacité d’autofinancement est passée de 77,2 M EUR à 62,4 M EUR mais reste meilleure qu en 2010 ou le CA ne dépassait pas 3,9 Mds EUR. Le résultat operationnel est divisé par plus de 4, passant de 16,5 M EUR à 3,7 M EUR. Le résultat net, à 10,9 M EUR, chute de 47,3 %.