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Coopération Terrena fait sa mue

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Terrena ne cache pas ses ambitions. Pour rejoindre le top 10 de la coopération européenne d'ici à 2020, le groupe devra trouver plus de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires additionnel et s'imposer à l'échelle européenne sur certains métiers. Dans cette optique, Terrena a créé le fonds Kassiop, qu'il a doté à hauteur de 25 millions d'euros, en attendant l'apport de capitaux extérieurs. À plus court terme, Terrena, qui affirme avoir remis Elivia (viande bovine) sur la bonne voie, fait du redressement de son activité volaille, actuellement en perte, une priorité.

TERRENA a affiché des objectifs ambitieux lors de la présentation de ses résultats à la presse le 10 avril. Le groupe coopératif basé à Ancenis (44), qui travaille sur le redressement de ses filiales en perte, veut aussi se donner les moyens de financer son expansion. C'est dans cette optique qu'il a créé Kassiop, un fonds qu'il a doté à hauteur de 25 millions d'euros.

CRÉATION D'UN FONDS D'INVESTISSEMENT

« Nous voulons participer à l'émergence de leaders des IAA au niveau européen, favoriser l'accompagnement et le développement des filiales et participations notamment par des opérations de renforcement en fonds propres et créer les conditions nécessaires pour des partenariats stratégiques », explique Maxime Vandoni, arrivé à la direction générale du groupe en juillet dernier. « Kassiop va nous offrir de la lisibilité par rapport au monde financier », ajoute Hubert Garaud, président de la coopérative. Certaines filiales du groupe passeront sous Kassiop, mais Terrena n'indique pas encore lesquelles. Et Kassiop est destiné à lever des fonds à l'extérieur pour augmenter « significativement » ses moyens d'action, mais aucun objectif chiffré n'est annoncé pour l'instant. En termes de gouvernance, Kassiop sera géré par le conseil filiales et participations qui accueille deux administrateurs indépendants, dont Alain Guillemin, ancien directeur général de Terrena, aux côtés de huit élus de la coopérative, du directeur général et de son adjoint.

COMPTER SUR L'ÉCHELLE EUROPÉENNE

Avec cet outil, Terrena veut investir à la fois sur l'innovation en amont et sur l'aval, et créer des spécialistes par métier à l'échelle européenne. Ses références ? Limagrain, Sofiprotéol ou encore Siclaé. De son côté, Agrial réfléchit à la création d'un véhicule financier du même ordre, nous a indiqué Ludovic Spiers, directeur général. En termes de positionnement, Terrena reste axé sur la « Nouvelle Agriculture ». « Nous voulons être leader sur un nouveau créneau entre le conventionnel et le bio, indique Hubert Garaud. Ce n'est pas une course au podium. La croissance ne se fera que par l'adhésion à notre modèle. »

AMÉLIORATION DE LA RENTABILITÉ D'ELIVIA

En attendant les premières opérations de Kassiop, Terrena s'est attaqué au redressement de ses filières animales. Elivia (911,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, 137 321 tonnes commercialisées) serait sur la bonne voie. « Elivia n'est pas tout-à-fait rentable sur 2013. Le dernier trimestre était rentable et profitable et la tendance se poursuit sur le début de l'année », indique Maxime Vandoni, qui précise que les investissements (9,5 millions d'euros) ont augmenté de plus de 25 % par rapport à 2012. Pour développer l'activité, Terrena compte sur le partenariat en cours de négociation avec l'irlandais Dawn Meats. « Nous espérons que le closing aura lieu fin juin ou début juillet », annonce Maxime Vandoni. Pour rappel, grâce à cette opération, Dawn Meats prendrait une participation minoritaire dans Elivia, sans augmentation de capital. Elivia profiterait alors du réseau de distribution de Dawn Meats, qui exporte dans 40 pays. « Dawn Meats veut trouver des alliances au niveau européen et s'intéresse au marché français. Ils trouvent aussi un intérêt à capter des matières premières française, ce qui nous permettra de valoriser notre production de viande bovine », explique Maxime Vandoni.

LOURDES PERTES DANS LA DINDE

Prochaine priorité de Terrena, la volaille. « La volaille est stratégique pour Terrena. Nous avons de l'ambition dans ce secteur. Nous réfléchissons à beaucoup de sujets, en France et ailleurs, cela fait partie de nos objectifs prioritaires », assure Maxime Vandoni. Si les résultats de Gastronome (854,3 millions d'euros de chiffre d'affaires) se sont améliorés en 2013, ils restent dans le rouge. C'est la dinde, qui ne pèse que 13,5 % de l'activité, mais qui suffit à plomber les résultats de l'ensemble du pôle, assure Maxime Vandoni.

UN PARTENARIAT INNOVANT AVEC SYSTÈME U

Pour Holvia (61,9 millions d'euros de chiffre d'affaires), dont la situation s'améliore sans atteindre l'équilibre, la stratégie est arrêtée. En témoigne l'annonce à la veille du Salon de l'agriculture du partenariat avec Système U. Terrena fournit à l'enseigne l'ensemble de ses UVCI de porc (viande en barquette emballée par l'industriel) avec un co-branding U – Nouvelle agriculture dans le cadre d'un contrat tri-partite (amont, transformation, distribution) de trois ans. Le volume prévisionnel est de 50 000 porcs pour la première année, avec la volonté d'un doublement en 2017. Terrena, qui compte 400 000 porcs, vise 50 % de ses volumes en Nouvelle Agriculture d'ici à trois ans. « Le lancement du partenariat avec Système U suscite beaucoup de demandes », assure Hubert Garaud.

LE PÔLE PRODUITS CARNÉS DE TERRENA EN CHIFFRES Elivia

137 321 tonnes commercialisées

911,5 millions d'euros de chiffre d'affaires

2 712 salariés

16 sites industriels en France

9,5 millions d'euros d'investissements

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Gastronome

193 579 tonnes de produits finis avec FSO

854,3 millions d'euros de chiffre d'affaires

3 808 salariés en France

14 sites industriels en France

13,1 millions d'euros d'investissements

Holvia Porc

23 400 tonnes commercialisées

61,9 millions d'euros de chiffre d'affaires

173 salariés en France

2 sites industriels en France

0,9 million d'euros d'investissements (source - Terrena)

DES PARTENARIATS INDUSTRIELS

Pour rappel, le lapin a été le premier produit commercialisé sous la marque Nouvelle Agriculture, en 2012. C'est cette année là que Terrena s'est adossé à Loeul et Piriot pour créer ALPM (60 % Loeul et Piriot, 30 % Terrena, 8 % Unigrains), qui a depuis repris Bretagne Lapins.

Depuis, Terrena a développé d'autres projets d'associations. Le groupe coopératif a ainsi créé Ekoranda (dont il détient 51 %) avec Valorex et Sofiprotéol dans la nutrition animale (amélioration de la digestibilité des aliments et réduction des rejets de méthane). Le site industriel, à Ingrandes sur Vienne (86) a été inauguré en février dernier.

Dernière actualité en date, le projet de fusion avec Val Nantais (56 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui permet à Terrena d'entrer sur le marché du légume. Val Nantais apporte aussi dans sa besace un partenariat avec Bonduelle, autre champion de l'agriculture écologiquement intensive.

DES RÉSULTATS EN HAUSSE SUR 2013

Au total, Terrena a dégagé un chiffre d'affaires de 4,7 milliards d'euros en 2013, en progression de 5 % (+ 4,4 % à périmètre constant). Cette progression s'explique par celles des pôles amont (+ 93 millions d'euros), des produits carnés (+ 55 millions d'euros) et de l'activité lait (+ 26 millions d'euros). L'excédent brut d'exploitation, à 91,7 millions d'euros, progresse de 31,4 % et la capacité d'autofinancement, à 81,5 millions d'euros, de 30,7 %. « Nous visons 50 millions d'euros de résultat d'exploitation, et 100 millions d'euros d'autofinancement », précise Maxime Vandoni. Le résultat net, à 16,7 millions d'euros, progresse de 52,9 %. À noter, le capital de la coopérative va être ouvert aux salariés de la partie agricole via un fonds commun de placement. Un dispositif voué à s'étendre aux autres salariés (plus de 12 000 au total) dans un second temps, et peut être à Kassiop.