Pour retrouver « des capacités à avancer », le puissant groupe coopératif des Pays de la Loire et du Poitou-Charente Terrena a défini un projet stratégique pour les cinq prochaines années. Mais il lui reste à régler l’épineux problème de la volaille qui a fortement pesé sur ses résultats en 2005.
Le groupe coopératif Terrena a achevé l’exercice 2005 sur un chiffre d’affaires de 3,1 milliards d’euros, en légère progression par rapport à 2004 (+ 1,4 % à périmètre constant). Si le résultat d’exploitation s’améliore sensiblement, le résultat net consolidé plonge de 17 % à 8,6 millions d’euros.
Les dirigeants de Terrena ont souligné devant la presse, réunie au siège du groupe à Ancenis, que « seul le résultat de la filière volaille reste préoccupant », parmi l’ensemble des activités du groupe polyvalent. Sa filiale spécialisée, « Gastronome » s’établit en contributif au résultat consolidé à – 22 M EUR.
Terrena a cependant de bonnes raisons d’espérer en l’avenir. « L’endettement net du groupe reste stable à 98 M EUR. Terrena n’a pas perdu ses capacités», relève le directeur général, Gérard Baranger, mais doit retrouver des ambitions. Sa capacité d’autofinancement se relève de 14 % à 70,2 M EUR et ses capitaux propres franchissent la barre des 400 M EUR.
Ces indicateurs ont conduit la nouvelle direction du groupe coopératif à dessiner un projet stratégique pour les cinq ans à venir. Son objectif : faire de la polyvalence un atout. Se présentant comme « la seule entreprise française multi-viandes (bovin, porc, volaille, lapin, ovin) », Terrena veut apparaître comme un acteur incontournable d’une grande distribution en constante concentration.
Le groupe ligérien fait le constat suivant. Il réalise le tiers de ses ventes, soit 1 milliard d’euros, auprès de la grande distribution et ce volume de ventes, avec une pression à la baisse sur les prix, devrait encore s’accentuer dans les prochaines années. Conséquence : la réduction des marques d’entreprises au profit des marques de distributeurs, et le développement des produits élaborés.
Des alliances recherchées
Sur son territoire d’intervention formé du sud et de l’est de la Bretagne, des Pays de la Loire et du Poitou Charente (26 000 agriculteurs dont 13 000 actifs), Terrena entend donner la priorité aux alliances en lait, porc et viticulture.
En production laitière, Terrena commercialise ses produits en commun avec Coopagri Bretagne et Even, les deux groupes coopératifs du Finistère, au travers de Laïta pour la grande distribution. Même si les partenaires échafaudent déjà ensemble leur stratégie et les investissements, chacun reste propriétaire de ses outils. Sous-entendu, il pourrait y avoir une évolution capitalistique.
En production porcine, Terrena participe à l’aventure sur le Grand Ouest d’ARCA (production et transformation), né il y a une dizaine d’années du rapprochement de Terrena (Cana à l’époque) avec le groupement de producteurs Arco. La filière ARCA a achevé son organisation en 2005, avec intégration de l’unité d’abattage découpe de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) dans l’Union Arca. Mais là encore, la filière peut évoluer.
« Il nous faut aller vers plus d’élaboration, analyse Hubert Garaud, président du groupe. Dès 2006, des synergies vont être cherchées au niveau de la recherche et développement (actuellement réalisée par pôle d’activités NDLR)». Parmi les investissements programmés en 2006, 73 M EUR – « ils correspondent généralement à notre CAF», souligne le président Garaud –, les dossiers les plus significatifs concernent des extensions ou des chantiers d’amélioration notable du niveau d’élaboration.
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Redresser la volaille par l’élaboré ?
« Nous allons investir 15 millions d’euros sur 2006 et 2007 pour construire une unité de produits élaborés de viande bovine à Saint-Barthélémy (Maine-et-Loire), tout près de l’outil de Soviba d’Angers », poursuit M. Garaud. Avec 18 000 tonnes de capacités, cet outil donnera un coup d’accélérateur à la gamme produits élaborés de Terrena Viande.
Celle-ci était jusqu’à présent cantonnée à près de 39 000 tonnes environ de produits élaborés – pour un tonnage total en viande bovine de 117 000 tonnes au travers de Soviba, Scabev et JBO –, entre l’unité spécialisée des Champs-Ballu et des ateliers placés en bout de chaîne d’abattage. Pas question cependant de n’y faire que des steaks hachés, aujourd’hui expression la plus commune de l’élaboration en viande bovine. Le renforcement de la R&D doit y contribuer.
En viande de volaille également (177 000 tonnes), Terrena veut impulser une politique de plus grande élaboration à ses produits, en cru comme en cuit. 9 M EUR sont consacrés à cette orientation. Le groupe annonce le lancement de nouveaux produits dans les prochains mois. Toutefois, cette stratégie risque d’être ralentie par les difficultés structurelles de son pôle « Gastronome ».
En effet, le résultat d’exploitation du pôle s’inscrit en négatif à 13,5 M EUR, au même niveau qu’en 2004. Mais près de la moitié (6 millions) est imputable à la chute des ventes sur le dernier trimestre de l’exercice, consécutive à la crise de la grippe aviaire.
Un important plan de restructuration a été mis en œuvre en 2005 qui a vu Gastronome supprimer 545 emplois. Le pôle volailler de Terrena reste le premier employeur du groupe (3620 sur 11 380 salariés). La nouvelle équipe de direction du « Gastronome » nommée en juillet 2005 a désormais pour objectif de « répondre aux nouveaux modes de consommation ».
Valoriser le savoir-faire de Terrena en végétal
En lait, Terrena a budgété 7 millions d’euros d’investissements dont 4 M en fromagerie. Par ailleurs, le groupe partage avec Eurial Poitouraine un projet d’usine de production de mozzarella (30 000 tonnes par an) en Loire-Atlantique.
Le groupe songe même à élaborer les céréales panifiables dont elle récolte près de 1,7 million de tonnes par an. « Si nous voulons continuer d’être fournisseurs des meuneries artisanales et industrielles, nous n’écartons pas l’idée d’aller vers plus d’élaboration», laisse entendre le président Hubert Garaud.
Dans son projet à moyen terme, Terrena veut aussi s’inscrire dans la production agricole à des fins non alimentaires, en particulier les cultures énergétiques. « Nous produisons 95 000 tonnes de colza dont le tiers correspond à la filière biocarburant», poursuit M. Garaud. Il estime possible d’aller vers les 70 000 tonnes de colza à cette seule fin.
Parallèlement, Terrena effectue des recherches pour se tenir prêt au développement de nouveaux produits issus de la biomasse et de la chimie verte. Il veut ainsi conforter son savoir-faire en production végétale, aux côtés d’un puissant pôle viande.