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STRATÉGIE Tilly-Sabco : l'élevage des premiers poulets sans antibiotiques démarre

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L'activité a repris le 9 mars chez Tilly Sabco Bretagne, nouveau nom de la société de Guerlesquin (Finistère) après la liquidation de la précédente, Tilly Sabco, en septembre. Dans l'attente de la mise en œuvre du modèle économique basé sur la production de poulets élevés sans antibiotiques et nourris avec un aliment contenant des algues, l'effondrement de l'euro face au dollar redonne des ailes aux exportations européennes vers le Proche et le Moyen-Orient. Reste à régler quelques soucis administratifs relatifs à la collecte des algues.

Le trio d'actionnaires qui a repris les actifs de la société bretonne d'abattage de poulets (et 202 des 326 salariés) ne pouvait rêver pareil environnement économique, pour un redémarrage d'activité toujours incertain. Un euro à 1,09 dollar américain (cours du 24 mars) donne à des opérateurs comme Doux ou Tilly-Sabco Bretagne la capacité de vendre sans difficultés leurs poulets congelés hors d'Europe, et d'être compétitifs face aux concurrents brésiliens. Une formidable nouvelle pour Tilly-Sabco Bretagne et ses trois actionnaires, le négociant MS Foods, spécialisé dans la vente de poulets halal frais et surgelés, l'industriel des algues Olmix (Morbihan) via son fonds Breizh Algaé Invest et la chambre de commerce et d'industrie de Morlaix. Ils peuvent relancer l'activité de poulets surgelés vendus à l'exportation au Proche et Moyen-Orient, tout en construisant leur nouveau modèle économique fondé sur la production de poulets sans antibiotiques grâce aux algues. « 140 des 200 salariés ont repris le travail, explique Daniel Sauvaget, directeur opérationnel de Tilly Sabco Bretagne, ancien actionnaire et p.-d.g. de la société précédente. Ils se répartissent entre l'abattoir qui redémarre sur un rythme de 300 000 poulets par semaine et l'atelier de fabrication de saucisses de volailles. » Les autres salariés suivent des formations de remise à niveau.

UN CONTEXTE FAVORABLE AUX EXPORTATIONS

Le rythme d'abattage devrait rapidement monter à 500 000 poulets par semaine et viser 1 million de poulets par semaine d'ici la mi-2016. L'outil est dimensionné pour en abattre 1,6 million. Le directeur précise que la demande est actuellement supérieure à l'offre. Sur le marché mondial, « l'image qualitative du poulet Tilly-Sabco issu d'une souche rustique fait revenir d'anciens clients ». Le contexte actuel est actuellement favorable aux exportateurs qui paient en dollar. Un opérateur du poulet congelé comme Tilly-Sabco accède à des marchés qu'il n'atteignait qu'avec l'aide de restitutions à l'exportation, mises à zéro depuis juillet 2013 par la Commission européenne. Mais il ne s'agit là que d'une phase intermédiaire avant de la mise en œuvre du modèle visé par les nouveaux actionnaires, la production de poulets sans antibiotique nourri aux algues. Les algues et plus généralement les biotechnologies marines constituent le cœur de métier d'Olmix (75 millions d'euros de chiffre d'affaires, 400 collaborateurs) dont le fonds Breizh Algaé Invest a apporté un tiers du capital (500 000 euros), à parts égales avec les deux autres intervenants. Dans les prochains mois, Tilly-Sabco Bretagne va progressivement orienter une partie de ses poulets sur le marché halal, la spécialité de l'anglais MS Foods qui opère au Royaume Uni et en région parisienne, et développer son poulet garanti sans antibiotiques, grâce à une supplémentation en algues dans l'alimentation. « Nous prévoyons de réaliser d'ici la fin de l'année 20 % de notre production avec ce poulet sans antibiotiques pour que nous nous fassions la main, poursuit Daniel Sauvaget. Nous devons acquérir de l'expérience, tant en production que dans le commerce avant de monter en puissance sur 2016 et 2017. »

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DES QUESTIONS SUR LE COÛT DU PROTOCOLE

Pour réussir à faire émerger ce projet en rupture avec le modèle avicole traditionnel à l'exportation, Tilly-Sabco Bretagne a multiplié les réunions d'informations et de sensibilisation au nouveau modèle. « Les éleveurs sont enthousiastes, trop contents de redémarrer leur production », commente l'éleveur Jean-Paul Mazé, président du Groupement des producteurs de volailles des Monts d'Arrée, le fournisseur historique de Tilly-Sabco. Il vient de rentrer son premier lot de poulets qu'il va nourrir avec un aliment aux algues. Néanmoins, il n'est pas persuadé que la rémunération proposée soit suffisante. « Si on conduit le lot pendant une trentaine de jours sans antibiotiques dès le démarage, alors nous serons payés 5 % de plus à la tonne », dit-il. Pour cela, l'éleveur doit respecter un protocole précis. Pulvériser une solution fournie par Olmix pendant le vide sanitaire dans le bâtiment vide et nettoyé avant et après paillage ; introduire une solution d'Olmix dans l'eau de boisson des animaux pendant leur croissance. « Ces solutions sont fournies gratuitement pour les deux premiers lots mais il faudra les payer ensuite ». Jean-Paul Mazé craint que le coût du protocole corresponde à la plus-value offerte. Et regrette que « les éleveurs n'aient pas été placés dans le boucle des discussions, alors que nous sommes dans la galère depuis deux ans. » Lorsque les difficultés liées à la collecte des algues auront été résolues (1), et que les éleveurs adhèreront au projet, Tilly-Sabco estime qu'elle aura son mot à dire sur le marché. L'entreprise vise un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros la première année, 100 millions d'ici trois à cinq ans.

(1) Selon la Direction départementale des territoires et de la mer du Finistère, le dossier de la collecte des algues vertes par Olmix fait l'objet d'une instruction au sein de la direction régionale Nord-Atlantique et Manche-Ouest. Objectif : fixer un cadre réglementaire aujourd'hui inexistant pour leur exploitation.