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Céréales Tour de plaine 2011 : état correct des grandes cultures sortie hiver

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A la sortie de l’hiver, le marché des céréales rentre dans la traditionnelle période du « weather market », soit de l’évolution des cours en fonction du climat. L’état des cultures au moment de leur reprise de végétation est souvent déterminant pour la formation des facteurs de rendement. Ainsi, de l’Aquitaine au Nord-Pas-de-Calais, en passant par le Centre, la Champagne ou les Pays de la Loire, les responsables grandes cultures des coopératives de ces régions ont fait le point sur l’état des plaines à la sortie de l’hiver.

«Une météo clémente depuis la sortie de l’hiver a permis une bonne reprise de végétation des grandes cultures, mais engendré une forte pression parasitaire », a indiqué Philippe Halle, responsable agronomique chez Cap Seine, coopérative dont le bassin d’approvisionnement va du Vexin à la Picardie jusqu’au Pays de Caux. C’est le sentiment général qui se dégage dans l’ensemble des zones de grandes cultures en France. De fortes amplitudes thermiques depuis la fin de l’hiver, avec des périodes chaudes ont, par endroit, soutenu le parasitisme, alors que les cultures avaient bien passé l’hiver. De plus, un manque de pluie dans certaines régions pourrait être pénalisant pour la reprise de croissance sortie hiver.

Quelques excès d’eau rapportés sur la moitié nord

« Dans le Pas de Calais, les cultures sont dans un très bon état, et les problèmes de stress hydrique inexistants en raison d’un climat humide et de sols limoneux », indique Marc Dupayage, responsable agronomique d’Uneal. Dans cette région, le blé et les escourgeons seraient en très bon état, le colza aussi. Cependant, des vols de méligèthes, charançons parasites du colza, sont signalés. Avec le redoux, la pression parasitaire s’accroît sur toutes les cultures. Dans le Pas-de-Calais, les surfaces en blé et colza progresseraient, mais celles d’orges baisseraient légèrement. Chez Cap Seine, Philippe Halle indique « qu’il n’y a pas d’inquiétudes à avoir pour le moment sur les rendements car la situation est saine ». L’état des cultures est très bon en colza et en avance sur le stade. En revanche, les blés et escourgeons sont plus hétérogènes, en raison d’une implantation tardive suivie de neige par endroit. Les surfaces en blé d’hiver progresseraient de 3 à 4%, celles de colza de 3%, mais celles en orge baisseraient de 10% suite aux mauvaises conditions de marché de la campagne 2009/2010.

Une bonne avancée des cultures dans l’est

En Champagne, Jean-Luc Jonet, directeur terrain chez Champagne Céréales, fait état de blés et d’escourgeons en bon état, avec cependant quelques gels mécaniques ayant entraîné des déchaussements et des sectionnements de racines en terres crayeuses exposées au froid. Dans les terres fortes et hydromorphes, des excès d’eau ont entraîné des retards d’une dizaine de jours sur les cultures d’hiver. Du côté du colza, le volume de végétation à la sortie de l’hiver est plus limité qu’à l’habitude en raison d’un automne froid et sec. La mouche du choux attaque ces cultures et éclaircit les parcelles. Chez Champagne Céréales, les surfaces en blé progresseraient de 1 à 2%, celles de colza de 5%, en revanche celles d’orges baisseraient de 8%. Dans l’Aube, Philippe Michonneau, responsable agronomique de la Scara, indique que le blé est en bon état. Des symptômes d’oïdium sur les buttes de craie, constituant des vallons un peu plus venteux, apparaissent sur blés et escourgeons. Selon Philippe Michonneau, « le piétin verse reste à surveiller, et quelques problèmes de rouille sont observés par endroit avec le redoux ». De plus, de faibles précipitations sur les parcelles pourraient faire entrer les cultures en stress hydrique avec la reprise de croissance. En colza, le développement est régulier.

Dans le Centre, la pression parasitaire est forte…

« Le blé est dans un très bon état, mais un retard d’une semaine lié au froid est remarqué. Il est cependant rattrapé avec les hausses de température actuelles », explique Dominique Romelot, du service développement d’Axereal pour la zone sud du Centre. Les blés durs sont satisfaisants et n’ont pas souffert du gel. Dans cette région, les escourgeons, brassicoles pour la très grande part des surfaces, présentent assez fréquemment des symptômes de mosaïque dans les sols argilo-calcaires caillouteux en raison de rotations courtes. Le problème s’amplifie depuis 3 à 4 ans. « La résistance des variétés actuelles à la souche initiale de mosaïque Y1 semble contournée dans les secteurs à forte pression. Les pertes d’épis peuvent aller de 10 à 20% dans les zones touchées. Si avec le redoux et la croissance des orges, les effets s’estompent, les rendements à terme restent affectés », indique Dominique Romelot. Il ajoute que le colza bénéficie d’un bon développement végétatif suite à une implantation adéquate. Cependant, des dégâts liés aux charançons sur le bourgeon terminal, mal maîtrisé à l’automne, apparaissent. Les charançons de la tige en sortie d’hiver ont été également assez difficiles à contrôler en raison de conditions climatiques défavorables ne permettant pas toujours de traiter au bon moment. Enfin, la hernie, un parasite racinaire qui affecte le pivot de la plante et sa croissance, connaît un développement limité aux sols humides et acides.

…Dans le Puy de Dôme aussi

Dans le Puy de Dôme, Philippe Combes, responsable expérimentation grandes cultures chez Limagrain, constate que « le colza a bénéficié d’une bonne implantation à l’automne, sans dégâts à l’hivernage, avec de l’eau et des éléments fertilisants disponibles ». Cependant, un climat chaud depuis la reprise de végétation a entraîné un fort seuil parasitaire, en méligèthes notamment. « Dans la région, le blé et l’orge ont eu un temps d’implantation long, du 15 octobre au 15 décembre, entraînant des écarts de stade », indique Philippe Combes. L’état est correct avec quelques parcelles ayant souffert d’un gel mécanique, ce qui a réduit le potentiel des cultures céréalières d’automne. « Actuellement, de bonnes conditions météo pour la fertilisation et le désherbage aux stades tallages et épi 1cm sont observées, mais les parcelles ne sont pas sales », signale Philippe Combes.

L’Ouest souffre d’un temps sec à la sortie de l’hiver

« Le blé tendre a bénéficié d’une bonne implantation, malgré des excès d’eau en novembre et en décembre, surtout dans les sols de bocage hydromorphes », indique Jean-Luc Lespinas, responsable agronomique de la Cavac. Il poursuit : « Un mois de février sec a engendré un manque d’eau et donc d’assimilation de l’azote. Cependant, les pluies récentes ont permis une reprise de la croissance ». Il signale que l’avancée des cultures est irrégulière dans les sols hydromorphes, mais que la sole de céréales est belle. La montée en puissance des taupins sur cultures d’hiver et de printemps, en raison de la non-disponibilité de traitements en plein, est rapportée par Jean-Luc Lespinas. Selon lui, « si les traitements localisés protègent les plantes, ils ne détruisent pas les populations de taupins ». De plus, on observe le développement de taupins à cycle court, de 18 mois, qui auparavant se situaient plus au sud, mais qui aujourd’hui remontent vers le nord et l’ouest. Les cultures d’orges d’hiver bénéficient des mêmes conditions que celles de blé.
Pour le colza, le développement est conforme à l’habitude avec des dates de semis adéquates. Cependant, quelques soucis d’altises et de méligèthes, parasites foliaires, sont remarqués, avec en plus un temps sec qui ne favorise pas le redémarrage des cultures.

Dans le Sud-Ouest, les cultures d’hiver repartent bien

Du côté de la coopérative Euralis, basée dans le Sud-Ouest, les techniciens font état de cultures d’orges qui seraient dans des états de bon à très bon, de même pour le blé tendre ou le blé dur. En revanche, les cultures de colza seraient plutôt hétérogènes, avec des états décrits comme allant de médiocre à bon. Chez Maïsadour, le blé tendre, qui est la céréale à paille majeure de la région, est jugé dans un état plutôt très satisfaisant à ce jour avec une faible pression des adventices. Le groupe Maïsadour s’occupe de 5 000 à 6 000ha de céréales à paille, dont les surfaces sont stables à haussières sur le territoire de collecte de la coopérative allant de l’Aquitaine au Gers.

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