CIWF organisait sa troisième journée de mobilisation mondiale contre les transports longue distance d’animaux. À Paris, l’antenne française de l’association welfariste a saisi l’occasion pour dénoncer des manquements de l’Hexagone aux recommandations sur le bien-être animal. CIWF France espère obtenir de Stéphane Travert un rendez-vous pour débattre des conditions de vie des bêtes exportées hors de l’Union européenne.
Le 14 juin, à l’appel de l’ONG internationale Compassion in World Farming (CIWF), quelque 35 pays ont participé à la troisième journée de mobilisation contre les transports longue distance d’animaux. « Il se passe des choses en Inde, en Espagne, en Amérique du Sud… » se félicite Claire Hincelin, responsable communication de CIWF France. À Paris, l’association s’est déplacée place Igor Stravinsky, près de Beaubourg, afin de sensibiliser les passant aux conditions de vie des animaux exportés hors de l’Union européenne. Mais ce qu’elle veut en priorité, c’est déverrouiller les portes de la rue de Varenne. « Impossible de rencontrer le ministre de l’Agriculture, qui reste sourd aux demandes des citoyens et des associations, dénonce Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France. Pendant ce temps-là, il négocie les exportations vers la Turquie. » Après cette journée de mobilisation, CIWF France espère rencontrer Stéphane Travert, afin de lui remettre une pétition comptabilisant à ce jour près de 108 000 signatures.
La Commission européenne constate un dysfonctionnement
L’association welfariste, qui ne milite pas pour un monde sans viande, mais pour l’amélioration des conditions d’élevage, rappelle qu’en matière de transport d’animaux, la France figure parmi les mauvais élèves. Ça n’est d’ailleurs pas elle qui le dit, mais la Commission européenne, qui publiait le 4 avril les résultats d’un audit de sa Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire. Le rapport, d’une vingtaine de pages, évalue l’adéquation et l’efficacité des mesures en vigueur en France, et soulève des « non-conformités supérieures à la moyenne européenne » et de « graves lacunes dans les contrôles de la protection des animaux durant les transports vers l’export hors UE ». Ainsi commence sa conclusion : « Les mesures en vigueur n’offrent pas de garanties satisfaisantes quant au déroulement sans heurts des exportations d’animaux vivants, ainsi qu’à la planification et au déroulement adéquats de ces voyages conformément aux exigences en matière de bien-être des animaux pour épargner aux animaux toute douleur, souffrance ou blessure inutile. »
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Des propositions refoulées plusieurs fois
CIWF dénonce une « règlementation systématiquement violée, des contrôles insuffisants et l’absence de sanctions ». Le 7 février 2017, le député Philippe Noguès (sans étiquette) avait soumis une proposition de loi sur le transport animal, dans laquelle il citait une série d’enquêtes de CIWF sur les infractions lors des transports de jeunes bovins français et de femelles gestantes vers la Turquie, ou de veaux exportés vers l’Espagne et l’Italie. Il complétait avec un rapport de l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) sur la transportabilité des animaux, réalisé en avril 2015, selon lequel la situation en France est « particulièrement insatisfaisante », avec « des centaines d’animaux non aptes au transport arrivant dans les abattoirs accompagnés de certificats délivrés par des praticiens privés attestant leur aptitude ». Si à l’époque, l’article n’est pas passé, il a toutefois servi à la réflexion des amendements en faveur du bien-être animal présentés à l’Assemblée nationale au projet de loi issu des États généraux de l’alimentation. En vain, car ils ont tous été rejetés en première lecture. « Des États généraux de l’alimentation, il ne reste plus rien pour le bien-être des animaux », regrette Claire Hincelin.
« Le ministre de l’Agriculture reste sourd aux demandes des citoyens et des associations. Pendant ce temps-là, il négocie les exportations vers la Turquie »