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Tutiac mise sur les vins « zéro résidu de pesticides »

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Tutiac, coopérative viticole du nord de la Gironde, fait ses premiers pas dans les vins zéro résidu de pesticides (ZRP), une nouvelle certification dont le cahier des charges a été mis au point avec le Collectif des Nouveaux Champs. La coopérative lance ces nouveaux vins sous sa marque, mais fournit aussi en vrac Agromousquetaires, qui propose des références de vins ZRP sous la MDD Expert-Club destinée au groupement des Mousquetaires.

Après le bio et la Haute valeur environnementale (HVE), le zéro résidu de pesticides est-il la bonne formule pour rapprocher les intérêts des viticulteurs et des consommateurs ? En tout cas, certains veulent le croire. Ainsi, le 20 septembre, les vignerons de Tutiac (au nord de la Gironde, sur la rive droite du fleuve) et Agromousquetaires (pôle agroalimentaire du groupement des Mousquetaires fournissant prioritairement Intermarché) ont présenté leur démarche censée favoriser l’émergence de ce nouveau label dans les rayons des grandes surfaces du groupement des Mousquetaires.

« Nous avons lancé dans les magasins du groupement des Mousquetaires depuis le mois de juin 2021 trois références de vins labellisés ZRP sous notre marque Expert-Club : un AOP Bordeaux rouge, un AOP Bordeaux rosé et un AOP Côtes de Bourg rouge », annonce Pierre Scohy, directeur des opérations de la filière vin d’Agromousquetaires. Les volumes de vrac sont vinifiés par Tutiac puis expédiés à l’usine d’embouteillage d’Agromousquetaires de la Fiée des Lois, dans les Deux-Sèvres. C’est là que sont produites les bouteilles de la MDD Expert-Club destinées aux Intermarché.

Le groupement de commerçants indépendants place beaucoup d’espoir dans le succès du label ZRP. « Nous avons lancé, dès 2017, les premières tomates ZRP Mon Marché Plaisir. Depuis, convaincus par cette promesse, nous n’avons cessé d’élargir le nombre de références ZRP sous nos marques propres : Mon Marché Plaisir, Saint-Eloi, Paquito et maintenant Expert-Club. Nous totalisons plus de trente références labellisées ZRP sur quatre rayons différents : les légumes surgelés, les jus de fruits, les fruits & légumes ainsi que les vins », souligne Vincent Bronsard, président d’Intermarché et de Netto.

Le ZRP a le mérite de la clarté

« Les vins qui ne sont que conventionnels ont du mal à se vendre aujourd’hui, et si on veut attirer les clients, il faut leur proposer plus que le seul rapport qualité-prix, explique Pierre Scohy. Or, le ZRP a le mérite de la clarté : le client comprend tout de suite l’engagement. » Alors que d’autres labels ne sont pas immédiatement compréhensibles par le client, à l’image de Haute valeur environnementale (HVE) ou Agriconfiance, développé par les coopératives. Le label ZRP tire sa force de la promesse qu’il représente, un engagement clair et précis et qui touche le consommateur, rassuré de savoir que ce qu’il consomme est indemne de substances pouvant avoir un effet néfaste sur sa santé. Chaque cuve est testée avant de quitter le site de vinification de Marcillac, et en cas de présence de pesticide, le lot est automatiquement reclassé en vin conventionnel, donc sans label ZRP.

« C’est un engagement de moyens mais aussi et surtout de résultat », insiste Eric Hénaux, directeur général de Tutiac. La cave coopérative a été à l’initiative de la rédaction du cahier des charges ZRP pour la filière viticole avec le Collectif des Nouveaux champs qui a commencé son travail avec les fruits et les légumes.

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L’accueil par les clients d’Intermarché semble plutôt positif avec « 75 000 bouteilles déjà vendues en trois mois, sur un objectif que nous nous sommes fixé de 140 000 bouteilles une année », détaille Pierre Scohy. Se refusant pour l’instant à annoncer quoi que ce soit pour la suite du partenariat entre Tutiac et Agromousquetaires, il indique : « Si tout se passe bien, nous pourrions renouveler le partenariat, augmenter les volumes et envisager même de nouveaux formats comme le bag-in-box. »

Dans les vignobles, la démarche ZRP a séduit Stéphane Héraut, viticulteur et président de la coopérative Tutiac. « Cultiver en ZRP nous apporte un bénéfice financier en vendant notre récolte environ 25 % plus cher qu’en conventionnel, mais aussi de la souplesse car, en dernier recours face à une année compliquée, nous pouvons utiliser certains produits pour sauver notre récolte », explique-t-il. Même si cela se traduit alors par le déclassement de la récolte en conventionnel sans label. Selon lui, le cahier des charges ZRP présente des points communs avec celui du bio, mais sans l’obligation d’une période de conversion de trois ans et du risque de perte de récolte. En intégrant les rendements moindres en année normale et les risques de perte après un événement climatique exceptionnel, l’écart de coût de production peut atteindre 30 à 40 % entre le bio et le conventionnel, affirme la coopérative.

Suspension des nouvelles conversions au bio

Les vignerons de Tutiac se sont engagés dans la production de raisins biologiques, qui couvrent aujourd’hui 650 hectares, soit 12 % du vignoble. Un choix fait par des vignerons sensibles à la question de la biodiversité et de la santé de ceux qui travaillent au quotidien dans les vignes. Mais aujourd’hui, la coopérative préfère suspendre les nouvelles conversions d’adhérents. « Il faut pouvoir valoriser tout le vin produit selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, c’est pourquoi nous avons décidé récemment de suspendre les nouvelles conversions », explique Eric Hénaux. « On s’y remettra dès qu’on aura plus de visibilité sur le marché des vins biologiques », poursuit-il. Et même si aucun déclassement n’a concerné les vins bio de la coopérative, ses dirigeants préfèrent rester prudents face à des consommateurs qui ne seraient pas forcément prêts à débourser pour des vins biologiques bien plus onéreux à produire que des vins conventionnels sous les cahiers des charges HVE ou ZRP.

Pour le moment, Tutiac veut cultiver son avance dans les vins ZRP, persuadé qu’il y aura une prime au premier arrivé sur ce marché. Et que les autres vignerons vont suivre ce label. « Avec presque tout notre vignoble certifié HVE, nous avançons pour avoir de plus en plus de surfaces converties en ZRP », explique Eric Hénaux. Une conversion qui va de pair avec la stratégie de valorisation des vins de la coopérative entamée depuis ces dernières années.

À côté des quatre-vingts châteaux détenus par des adhérents, l’accent est surtout mis désormais sur les marques créées par la coopérative entre 2017 et 2019 : Tutiac pour les GMS, Tout pour les CHR et Lion and the Lily pour les marchés anglais et nord-américain. Une nouveauté pour la coopérative qui vend encore la moitié de ses volumes en vrac et la moitié en bouteilles, essentiellement pour des MDD. Les marques ont représenté environ 12 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les 90 millions d’euros de chiffre d’affaires enregistrés fin 2020. Tutiac mise aussi beaucoup sur les rosés, un marché en constante hausse, dont les volumes produits par la coopérative ont atteint 40 000 hl en 2020 (contre 4500 hl en 2008).

« C’est un engagement de moyen mais aussi et surtout de résultat »

« Les vins qui ne sont que conventionnels ont du mal à se vendre aujourd’hui »