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Exportation Ubifrance adapte son appui aux entreprises

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Contre les tentations d’attentisme voire de repli des entreprises sur les marchés nationaux, la politique de soutien des exportations est une impérieuse nécessité. Dans l’agroalimentaire, l’enjeu est d’importance pour l’économie française car il n’est pas concevable de se priver des recettes tirées du solde positif des échanges tant de produits agricoles que surtout des produits des industries alimentaires. Cet excédent, encore supérieur à 9 milliards d’euros l’an passé, est hélas en train de s’éroder peu à peu depuis quelques mois et tout donne à penser que le reste de l’année 2009 sera éprouvant pour les exportateurs. C’est pour redresser la barre sans tarder que se mobilise notamment Ubifrance, l’agence pour le développement international des entreprises, qui vient d’être complètement réorganisée : son plan d’action 2009-2011 vise à élargir les marchés des PME qui exportent déjà et à susciter des vocations de primo-exportateurs. Et surtout à les aider à adapter leur offre au mieux par rapport aux nouvelles attentes des consommateurs des pays-cibles. D’autres mesures ont été prises en parallèle pour abaisser le coût de l’assurance prospection, de la présence sur les salons internationaux ou de l’emploi des VIE dont le nombre est encore trop rare dans l’agroalimentaire.

L’accompagnement des entreprises à l’exportation est en pleine mutation du côté d’Ubifrance. La transformation de cet organisme héritier du CFCE (1) et du CFME (2) en « agence française pour le développement international des entreprises » change la donne, et pour ses équipes chargées de l’agroalimentaire, la mutation est en cours depuis près d’un an. Ce département « Agrotech » est constitué d’une cellule parisienne qui anime une partie du réseau des missions économiques à l’étranger. Sous la direction de Benoît Tarche, elle est composée de trois sous-ensembles (équipements, produits alimentaires, vins et spiritueux) et d’un bureau d’appui (études, statistiques, événements, réseau).
Avant la réforme des structures d’appui à l’exportation, les fonctions étaient confondues, les mêmes personnels rattachés à la DGTPE (ex-DREE) ou au ministère de l’Agriculture étaient chargés des fonctions régaliennes et de l’accompagnement des entreprises. Désormais, avec le transfert petit à petit d’un millier d’agents à Ubifrance, le réseau agro disposera de 160 personnes pour animer les zones prioritaires (17 pays cibles avec davantage de présence dans les pays émergents). Cette organisation sectorielle est renforcée à trois niveaux : à l’international par une convention de coordination passée avec le ministère de l’Agriculture et avec la DGTPE, au niveau national avec le ministère de l’Agriculture, les organisations professionnelles et Oseo, et au niveau régional entre les 6 inter-régions d’Ubifrance, les directions régionales du commerce extérieur, les CCI, les comités de promotion et les ARIA.

Doublement de certains moyens financiers
A cette réforme de structures qui vise à faire gagner « l’équipe de France à l’export », selon l’expression en vigueur, correspond une nouvelle philosophie qui ressort des orientations affichées par Ubifrance pour la période 2009-2011. Il s’agit d’abord d’accompagner les entreprises déjà exportatrices en les guidant sur un plus grand nombre de marchés et en leur offrant davantage d’accompagnements ; le deuxième objectif est aussi d’identifier de nouveaux talents susceptibles de devenir primo-exportateurs.
Les moyens financiers de l’Agence ont été rehaussés en conséquence, ils sont même plus que doublés cette année, permettant à son département agroalimentaire de consacrer 24 M EUR (contre 10 M en 2008) afin de rendre beaucoup plus accessible pour une PME sa présence comme exposant sur un salon à l’étranger. Le coût d’un stand ou d’une convention a ainsi été réduit de 40 à 60 %, ce qui permet d’emmener davantage d’entreprises, comme cela s’est vérifié au dernier salon à Interagro en Ukraine pour les constructeurs français de machines agricoles ou à la French Food Connection aux Etats-Unis.

Une veille plus prospective
Parallèlement, Ubifrance a rendu plus opérationnel qu’avant son rôle de veille sur les opportunités des différents marchés. Tous les mois sa publication « Veille agroalimentaire » continue d’assurer le suivi statistique détaillé des exportations par familles de produits et par pays. Mais au début de 2009 est paru un numéro « spécial 12 mois » qui complète les classiques rétrospectives par une analyse approfondie des comportements des consommateurs dans les différentes zones géographiques, ceci afin de détecter de façon très précise les opportunités que recèle chaque marché étudié. « Nous ne pouvions plus nous contenter de servir de rétroviseur sur la connaissance du passé, explique Benoît Tarche, nous avons donc bâti un nouvel outil plus prospectif, qui donne un ensemble de recommandations utiles pour les opérateurs ».
Ce premier « book » (3) porte sur 14 pays et bénéficie de l’expertise des missions économiques. Une deuxième version élargie à d’autres pays doit paraître au cours de ce mois de juillet ; elle sera mise à la disposition des partenaires professionnels et régionaux d’Ubifrance.
En complément, un concept nouveau est mis au point, destiné à montrer comment l’offre française peut s’adapter à la demande de tel ou tel pays : première application prévue en septembre, ce sera sur le marché britannique, puis ce sera au tour de la Belgique, et d’autres seront mis en chantier ensuite, toujours pour mieux cerner les lignes de forces qui portent les opportunités commerciales à saisir en 2009 et au-delà.

Les derniers chiffres obligent à réagir
Si l’agroalimentaire, en 2008, a sauvé l’honneur pour le commerce extérieur français, avec un excédent de 9,2 milliards d’euros, il ne faut pas se cacher que les exportations de produits agricoles et de produits des IAA ont beaucoup souffert dès le deuxième semestre et que la tendance actuelle reste inquiétante pour 2009.
Dès l’an dernier, la France a cédé à l’Allemagne la place de n°3 des exportateurs mondiaux derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas, mais a conservé celle de n°1 pour les produits alimentaires transformés. Dans un contexte mondial de contraction des achats extérieurs de produits alimentaires, les IAA se sont encore bien défendues l’an passé, avec des ventes en hausse de 4,4 %, dont + 7 % pour les produits laitiers, mais les vins et spiritueux ont senti le vent tourner (-1,6 % en valeur, mais -10,5 % en volume pour les vins et -2,2 % pour les spiritueux).
Cette année, la crise produit ses méfaits et la dépression de nos exportations s’aggrave sur les premiers mois. L’excédent de la balance du secteur agricole et alimentaire du premier trimestre est en repli de 45 % par rapport à la même période de 2008 pour s’établir à 1,2 milliard d’euros, soit 10,9 % de la valeur des exportations au lieu de 17,8 % un an plus tôt. Les importations ne baissant dans le même temps que de 3,4 %, ce sont bien les exportations qui souffrent : leur recul est de plus de 10 % à 10,8 Mds EUR, plus marqué pour les produits transformés (-12,7 %) que pour les produits bruts (-6,7 %).

Dégradation des différents soldes
Nos exportations de produits des IAA fléchissent vers l’UE à 27, car nos partenaires traditionnels et privilégiés tels que l’Allemagne ou le Royaume-Uni subissent très durement les effets de la crise, mais baissent également à destination de nos nouveaux marchés solvables parmi les NEM (Nouveaux Etats membres) mais aussi, la Russie, les Etats-Unis et le Japon. Hors UE, nos ventes se développent vers l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie ; Egypte), la Chine (+10,2 %) et Hong- Kong (+10,8 %). Globalement, les soldes par secteurs agroalimentaires se dégradent, malgré une sensible amélioration de certains déficits (tabacs, tourteaux de soja ou légumes frais). Les excédents dégagés par les principaux secteurs français (vins et spiritueux et oléagineux principalement) ont fortement diminué, avec un ralentissement de l’ordre de 19,8 % en valeur par rapport aux 3 premiers mois 2008.
Alors qu’elles pèsent 67,6 % des exportations agroalimentaires, celles des IAA reculent au premier trimestre de 1 milliard d’euros en un an. Et ce sont les principaux postes en valeur, ceux qui sont destinés avant tout au marché européen, qui se contractent : -25 % pour les fromages et caséines, -24 % pour les huiles et corps gras, -23 % pour les vins et boissons.

Des marchés sous pression
Les raisons de ces contre-performances sont très directement liées à la crise. Dans la plupart des pays étudiés, Ubifrance a décelé quelques constantes qui rappellent d’ailleurs ce qui se passe en France :
– les GMS font pression sur les prix en développant les promotions et leurs MDD, – la crise profite au hard discount, les gammes sont revues à la baisse, la restauration commerciale souffre et c’est au bénéfice du fast food ;
– malgré quelques frémissements annonciateurs d’une reprise peut-être début 2010, la situation va rester mauvaise en 2009 et les conséquences de cette période de dépression seront durables : le paysage de la distribution va changer, beaucoup de fournisseurs secondaires seront balayés et ne retrouveront plus leurs positions, ce qui fait de la crise une chance pour les marques fortes, selon Mintel.
Dans ce contexte, « il peut donc être judicieux pour une entreprise, estime Benoît Tarche, de maintenir ses efforts sur un marché, même au prix de certains sacrifices, pour être présent quand la demande repartira plutôt que de se laisser écarter car les places perdues seront difficiles à reconquérir »
(1) Centre français du commerce extérieur
(2) Centre français des manifestations à l’étranger
(3) « Exportez-vous en 2009, bilan d’activités 2008, analyses et recommandations d‘actions pour 2009 »

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