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UE/Mercosur : la contestation à l’accord s’organise

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À la veille d’un sommet du G20 à Rio de Janeiro (Brésil) qui pourrait s’avérer décisif pour l’avenir des pourparlers commerciaux entre l’UE et le Mercosur, l’opposition à l’accord s’organise. En France ou en Europe, une mobilisation a lieu en dépit de la volonté de Bruxelles de finaliser avant la fin de l’année.

« J’ai dit à la présidente que, dans les conditions actuelles, cet accord n’est pas acceptable par la France et il ne le sera pas », a déclaré avec fermeté le Premier ministre français Michel Barnier à l’issue de son entretien, le 13 novembre à Bruxelles, avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Et d’ajouter : « Je recommande qu’on ne passe pas outre la position d’un pays comme la France. » Sans surprise, ce discours fait écho à l’interview d’Annie Genevard, en charge de l’Agriculture au sein du même gouvernement, le 10 novembre qui promet que l’accord de libre-échange ne sera « pas signé » à l’occasion de la réunion G20, prévue les 18 et 19 novembre à Rio de Janeiro (Brésil).

Le « non » français

À ces propos gouvernementaux s’ajoute une tribune transpartisane de plus de 600 parlementaires français (députés, sénateurs, eurodéputés) publiée le 12 novembre dans Le Monde et adressée à la présidente von der Leyen. « Nous n’imaginons pas, Madame la Présidente, que vous puissiez prendre l’initiative d’un vote au Conseil et au Parlement (européen, N.D.L.R.) contre l’expression démocratique de la quasi-unanimité des parlementaires français », indiquent-ils face au risque d’une possible séparation du texte entre le volet commercial et politique. Une telle possibilité changerait, en effet, le mode de décision au sein du Conseil de l’UE – de l’unanimité à la majorité qualifiée – rendant la signature du traité de libre-échange moins compliquée.

Lire aussi : UE/Mercosur : les futurs commissaires jouent l’apaisement

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Si la France reste l’épicentre européen de la contestation à l’accord, elle cherche ses soutiens. Au Parlement européen qui aura à se prononcer sur la ratification d’un potentiel accord, les députés se saisissent aussi du sujet. À l’occasion de la réunion de la commission du Commerce international du 11 novembre qui s’est tenue à huis clos, les Belges Benoît Cassart (Renew) et Saskia Bricmont (Verts) ont exprimé de vives inquiétudes. Concernant la problématique des fonds de compensation pour les agriculteurs, Benoît Cassart, qui a questionné Bruxelles à ce sujet sans obtenir de réponse concrète, considère cette solution comme une totale hypocrisie qui revient à accepter une concurrence déloyale en achetant le silence des agriculteurs. Saskia Bricmont, elle, estime que l’exécutif européen n’a pas apporté de réponses aux préoccupations agricoles. Sur le réseau social X, la Française Manon Aubry (gauche radicale) s’est montrée plus véhémente en qualifiant cette réunion de « mascarade », reprochant à la Commission européenne son manque de transparence au détriment des agriculteurs. Du côté de l’exécutif européen, justement, après la volonté de rassurer des futurs commissaires à l’Agriculture et au Commerce, Kaja Kallas, candidate aux Affaires étrangères, a, elle, rappelé l’importance géopolitique de l’accord. « Si nous ne concluons pas d’accord commercial avec eux, ce vide sera comblé par la Chine », a-t-elle déclaré le 12 novembre lors de son audition au Parlement européen. Un argument souvent mis en avant par les partisans du traité commercial.

Le secteur agricole au diapason

Dans le milieu agricole, la contestation prend aussi de l’ampleur. En France, le syndicat majoritaire (FNSEA), par la voix de son président Arnaud Rousseau, a annoncé une mobilisation nationale à compter du 18 novembre afin de faire pression sur les pouvoirs publics. À Bruxelles, c’est la coordination européenne Via Campesina (accompagnée de plusieurs syndicats nationaux) qui a organisé, le 13 novembre, une manifestation devant les institutions européennes contre la volonté de Bruxelles de conclure lors du G20. Également opposées à la conclusion des pourparlers avec l’Amérique latine, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) militent, elles, dans des courriers du 11 novembre adressés à la présidence hongroise du Conseil de l’UE et à Ursula von der Leyen, pour davantage de cohérence dans la conduite de la politique commerciale de l’UE. En cas d’échec des discussions à Rio de Janeiro, une autre fenêtre de tir pourrait s’ouvrir lors du sommet des pays du Mercosur prévu en décembre en Uruguay et qui doit permettre au controversé président argentin de prendre la tête de l’organisation.