Les négociateurs de la Commission de Bruxelles, qui vont entamer sous peu une nouvelle session de pourparlers avec leurs partenaires du Mercosur, sont « prêts à échanger des offres révisées » d’accès au marché. Pour la viande bovine, « nous devons trouver avec nos partenaires une solution durable » pour l’UE, assurent-ils. Les organisations agricoles, elles, mettent en avant le risque que représente la situation sanitaire du secteur de la viande au Brésil et demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire.
La négociatrice en chef de l’UE pour un accord de libre-échange avec le Mercosur, Sandra Gallina, a confirmé le 22 novembre, devant la commission du commerce international du Parlement européen, que les pourparlers entre les deux parties reprendront le 29 novembre à Bruxelles. « Sur l’accès au marché, nous sommes prêts à échanger des offres révisées le 4 décembre », a-t-elle précisé. Pour les produits sensibles, « (la proposition) que nous mettrons sur la table sera définie, convenue à un certain moment, car nous devons veiller à la dynamique de la négociation », a-t-elle ajouté. « Les contingents tarifaires d’importation sont extrêmement importants pour nous ».
La veille, les acteurs européens du secteur du sucre – betteraviers (Cibe), producteurs (CEFS), organisations et coopératives agricoles (Copa-Cogeca), syndicats (Effat) –, redoutant une offre de contingent d’importation de l’UE pour ce produit, avaient averti qu’ils « ne paieront pas pour les interêts offensifs d’autres secteurs industriels ou pour ceux du régime brésilien sucre-éthanol soutenu par l’État ».
Pour la viande bovine, « nous devons trouver avec nos partenaires une solution durable pour nous », a encore indiqué la représentante de la Commission de Bruxelles. « C’est une sensibilité qui peut mettre l’accord en danger ».
Faisant le point sur les pourparlers menés jusqu’à maintenant avec le bloc sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), elle a notamment parlé de « très bons progrès » sur le chapitre sanitaire et phytosanitaire.
Commission d’enquête parlementaire
Ce sont justement les « déficiences dans le système de sécurité alimentaire » au Brésil qu’invoquent les organisations agricoles de l’UE pour dénoncer l’intention prêtée à Bruxelles d’offrir au Mercosur un contingent tarifaire d’importation de viande bovine encore plus important que celui de 70 000 tonnes déjà envisagé. Dans une lettre adressée le 22 novembre au président de la commission de l’agriculture du Parlement européen, Czeslaw Adam Siekierski, elles demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la situation dans ce pays (1). Une requête confortée, insistent-elles, par la décision de la Russie, annoncée le 20 novembre, de suspendre à partir du 1er décembre les importations de bœuf et de porc brésilien après la découverte dans cette viande de plusieurs substances interdites (ractopamine et autres hormones de croissance).
Dans sa lettre, le Copa-Cogeca explique que la commission d’enquête aurait pour objectifs d’« évaluer précisément les résultats, conclusions et recommandations » des missions d’audit de la direction générale de la santé de la Commission de Bruxelles au Brésil dès leur retour, « d’en analyser tous les éléments d’information pertinents et de faire des recommandations sur les points qui devront être examinés plus en détail ».
Le Brésil en question
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Dans une question écrite, l’eurodéputé Éric Andrieu (S & D, France) vient de demander à la Commission de Bruxelles si elle peut confirmer que, dans son « ultime offre » au Mercosur en matière d’accès au marché, elle envisage effectivement « de porter à 100 000 t le contingent d’importation de bœuf » (2).
« Apres les récents scandales de viandes avariées au Brésil impliquant les autorités publiques, et d’épandage massif de pesticides en Argentine, la Commission peut-elle garantir que les normes de sécurité alimentaire, de qualité et de traçabilité des produits importés du Mercosur répondront aux critères actuellement en vigueur dans l’UE ? », demande également le député européen.
(1) et (2) Voir n° 3619 du 20/11/17
Vu d’Argentine : « ça passe ou ça casse »
À quelques jours de l’ouverture d’un nouveau cycle de pourparlers entre l’UE et le Mercosur, les experts interrogés à Buenos Aires par Agra font état de la volonté inédite d’aboutir des négociateurs de l’UE et du Mercosur, désireux de profiter d’une d’opportunité qui ne se présentera pas avant longtemps. « Cette fois, ça passe ou ça casse », résume une analyste du secteur privé.
La stratégie du président argentin, Mauricio Macri, est de faire toutes les concessions possibles de la part du Mercosur, non seulement au niveau de l’accès aux marchés (contingents, tarifs douaniers, etc.) mais aussi au niveau des conditions des investissements directs étrangers et de la propriété intellectuelle. Son objectif est d’annoncer, comme point d’exergue de la réunion des ministres de l’OMC, qui aura lieu à Buenos Aires, du 10 au 13 décembre, la signature d’un accord UE-Mercosur « au moins politique, commercialement ambitieux, tout en laissant les détails techniques à plus tard », estime Nelson Illesca, de l’Institut des négociations agricoles internationales, organisme rattaché à la Bourse aux céréales de Buenos Aires.
Dans le secteur de la viande bovine, le Mercosur réclame un quota d’importation tarifaire dans l’UE de 390 000 tonnes. « Un niveau intermédiaire de 150 000 t représenterait moins de quatre steaks hachés par an par habitant ramené à la population totale de l’UE », relativise Raúl Roccatagliatta, économiste de la Société rurale argentine. La même dynamique s’observe pour d’autres produits : 40 000 t de riz proposées par l’UE, 400 000 t revendiquées par le Mercosur, par exemple. « Les 700 000 t de maïs grain sont importants pour les Argentins, les 600 000 t d’éthanol offerts par l’UE le sont davantage pour les Brésiliens », rajoute cette source.
Les indications géographiques sont un autre sujet de discorde. Si les noms de Roquefort et de Champagne sont désormais respectés en Argentine, il n’en va pas de même pour le Chablis et vins de la Rioja, par exemple, qui sont présents à l’étalage et plus difficiles à contrôler lorsqu’une province d’Argentine s’appelle la Rioja. Il en va de même pour le fromage Parmesan fabriqué par les descendants d’immigrés italiens installés en Argentine il y a plus d’un siècle.