Pour freiner l’afflux de volailles ukrainiennes dans l’UE, Bruxelles pourrait aussi activer une clause de sauvegarde, après les mesures prises pour les céréales. Et d’autres produits sont dans le viseur : les œufs et le sucre. En parallèle, la Commission poursuit ses travaux pour améliorer sur le long terme les Voies de solidarité afin de faciliter le transit des produits agricoles ukrainiens dans les pays de l’UE.
Après les céréales et les oléagineux, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a indiqué le 10 mai, devant les eurodéputés réunis en plénière, que la « Commission pourrait activer une clause de sauvegarde, dans le contexte de la guerre, en restaurant des droits de douane sur les importations de volailles ukrainiennes ». « Cela commence à être un problème sérieux au sein de l’UE. Et la même mesure pourrait aussi être mise en place pour les œufs, le sucre et d’autres produits agricoles », a-t-il indiqué.
Avant de préciser que l’activation d’un tel mécanisme s’inscrira dans le cadre du nouveau règlement visant à renouveler la suspension pour un an des droits de douane et des contingents tarifaires sur toutes les importations ukrainiennes. Les eurodéputés ont d’ailleurs formellement approuvé le 9 mai à une large majorité, cette disposition qui sera automatiquement reconduite le 5 juin.
Clause de sauvegarde et réserve agricole
Pour freiner l’afflux de céréales et d’oléagineux ukrainiens, la Commission avait adopté, le 2 mai, une clause de sauvegarde autorisant uniquement le transit de céréales et d’oléagineux ukrainiens sur le territoire des pays d’Europe de l’Est (Pologne, Bulgarie, Slovaquie, République tchèque, Roumanie) afin de freiner leurs importations, accusées de faire chuter les prix. Depuis avril 2022, les importations dans ces pays pour quatre produits sensibles (maïs, blé, colza et tournesol) sont passées à 10,75 M tonnes contre seulement 141 000 t importées en 2021. Au lieu de seulement transiter vers d’autres États membres (Espagne, Portugal, Italie) et pays tiers (Afrique du Nord, Moyen-Orient), 3,4 Mt de ces céréales sont restées en Pologne, 2,5 Mt en Roumanie, 2,3 Mt en Hongrie, 1,5 Mt en Bulgarie et 800 000 Mt en Slovaquie, selon les données de la Commission.
Pour compenser ces perturbations de marché, Bruxelles a en parallèle présenté le 3 mai un second paquet de 100 M€ issus de la réserve agricole. Ces pays peuvent compléter ce soutien de l’UE jusqu’à 200 % avec des fonds nationaux, ce qui représenterait une aide financière totale de 300 M€. Le Conseil devait voter la proposition de l’exécutif européen le 12 mai lors de la réunion du comité ad hoc pour l’organisation commune des marchés agricoles. Cette mesure vient s’ajouter à la mesure de soutien exceptionnelle de 56,3 M€ adoptée début avril, pour la Bulgarie, la Pologne et la Roumanie.
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Moderniser les Voies de solidarité
Pour plusieurs eurodéputés, ces perturbations sur les marchés des pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine sont le signe d’un échec des Voies de solidarité. Ce dispositif logistique a été mis en place en mai 2022 par l’UE pour aider l’Ukraine à exporter ses céréales via les voies fluviales, routières et ferroviaires suite au blocage des ports ukrainiens de la mer Noire.
Pour améliorer le transit de ces produits, l’eurodéputé Dacian Ciolos (Roumanie) au nom du groupe Renew, a ainsi suggéré de « définir des règles spécifiques pour les céréales en transit à destination des États membres qui en ont vraiment besoin, avec des certificats d’exportation ». Avant d’appeler « à une plus grande coopération entre la Commission européenne et les organisations internationales qui veulent acheter les céréales pour les distribuer dans le cadre d’une aide humanitaire ». Sur le moyen terme, l’eurodéputé a également souligné l’importance « d’améliorer les infrastructures de transport », tout en recommandant la mise en place d’un « groupe de travail ou d’un envoyé spécial de la Commission qui suit en permanence ce dossier afin de préparer et proposer des solutions rapides ».
En réponse, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a assuré que « la Commission en collaboration avec les États membres, allait poursuivre ses travaux à la fois sur la réduction des coûts logistiques globaux, la rationalisation des contrôles, une meilleure coordination du transit et l’amélioration des infrastructures et des équipements dans les ports, sur les terminaux de transbordement ou encore sur les points de passage frontaliers ».