Abonné

Ukraine : l’UE face à l’expiration des restrictions aux importations de céréales

- - 7 min

Renforcer et élargir les voies de solidarité pour acheminer les céréales ukrainiennes vers les pays de destination et restreindre les importations dans les pays européens limitrophes de l’Ukraine : tels sont les axes de travail de la Commission européenne pour faciliter le marché, alors que les mesures d’interdiction d’importer les céréales ukrainiennes dans cinq pays de l’UE devaient expirer le 15 septembre.

La Commission européenne recherchait toujours, le 14 septembre, une solution consensuelle pour toutes les parties au sujet des modalités d’importation des céréales ukrainiennes. En effet, les interdictions des importations de céréales ukrainiennes (blé, maïs, colza et tournesol) sur le sol des cinq pays de l’UE (la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Slovaquie) les plus affectés par l’afflux de céréales ukrainiennes devaient expirer le 15 septembre à minuit. Ces mesures de sauvegarde permettent tout de même le transit via ces pays.

Le 13 septembre, s’est tenue la 9e réunion de la plateforme commune de coordination sur les exportations ukrainiennes. La Commission a informé les participants qu’aucune décision n’avait encore été prise à ce stade. Face à des représentants des cinq États membres concernés, de l’Ukraine, de la République de Moldavie, elle a présenté les dernières prévisions sur la situation du marché en matière de récoltes, de commerce et de prix. La plateforme a également discuté de la manière d’améliorer la capacité de stockage, de réduire le temps de passage aux frontières et des moyens de soutenir les transports. La deuxième partie de la réunion a porté sur les itinéraires alternatifs, en présence de représentants de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Grèce, de l’Italie et de la Croatie.

Des dissensions entre les pays limitrophes

Cette situation d’incertitude provoque des réactions différentes selon les pays concernés. Le gouvernement polonais a prévenu, le 12 septembre, que de toute façon il prolongerait unilatéralement l’interdiction d’importer des céréales ukrainiennes sur son territoire si la Commission européenne ne prorogeait pas les mesures de restriction en place. « Il s’agit d’une question fondamentale pour nous. Les intérêts de la campagne polonaise sont les plus importants », a indiqué le gouvernement de Pologne, où des élections auront lieu le mois prochain. La Hongrie et la Slovaquie attendent l’annonce de la Commission, mais ont également prévenu qu’elles feraient de même en cas d’expiration des restrictions. La Roumanie a, pour sa part, fait savoir qu’elle se conformerait au choix de l’exécutif européen. Se désolidarisant de ses voisins, la Bulgarie a, elle, décidé de ne pas prolonger l’interdiction d’importer des céréales au-delà du 15 septembre.

Les organisations agricoles roumaines ont prôné, dans une lettre adressée le 12 septembre aux autorités européennes, des mesures plus ambitieuses, sous la forme d’une « prolongation immédiate de l’interdiction d’importation au-delà du 15 septembre 2023 pour le blé, l’orge, le maïs, le tournesol, le colza et l’huile originaires d’Ukraine pour toute la durée de la guerre ». Les arguments avancés : la Roumanie a fait des sacrifices en facilitant l’importation et le transit au sein de l’UE. Résultat : « 45 % de nos agriculteurs n’ont pas pu payer leurs dettes pour les intrants et les prochaines échéances de septembre et octobre 2023 », expliquent les organisations roumaines. Elles estiment par ailleurs que l’obligation de doubler les quantités au titre du transit maritime mensuel pour les porter à 4 millions de tonnes « créera un chaos encore plus grand, un effondrement des prix et une faillite potentielle pour de nombreux agriculteurs roumains ».

L’Ukraine, de son côté, très hostile à l’égard de ces mesures européennes, a annoncé le même jour être prête à saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour exiger une compensation de la Pologne si celle-ci venait à décider de prolonger son interdiction.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

élections
Suivi
Suivre
Commission européenne
Suivi
Suivre

Voies de solidarité à renforcer

Le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, n’a pas ménagé ses efforts, le 12 septembre dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, pour tenter de prouver le bien-fondé des mesures de restrictions à l’importation de céréales ukrainiennes. Au cours de la période précédant l’instauration des mesures préventives, de mai 2022 à avril 2023, les volumes étaient de 34,8 Mt, soit 2,9 Mt par mois, a-t-il précisé. Au cours de la période qui a suivi l’introduction des mesures préventives, en mai, juin et juillet 2023, le volume des exportations a été de 9,6 millions de t, soit 3,2 Mt par mois. Janusz Wojciechowski a ajouté que l’Ukraine allait exporter, en 2023/2024, 54 millions de tonnes de céréales, des prévisions revues donc à la hausse. « Ces mesures préventives ont été efficaces. C’est le principal argument en faveur de la prolongation de ces mesures », a clamé le commissaire.

Lors du débat, en plénière, les eurodéputés des pays de l’est de l’Europe ont reproché à la Commission de ne pas avoir de réelle stratégie. Dacian Cioloș (centriste, roumain) a préconisé l’adoption de « véritables instruments de gestion de la crise ». Il a conseillé à la Commission de désigner un émissaire chargé de suivre les exportations ukrainiennes de céréales qui transitent par l’UE et d’agir pour réduire l’impact sur les marchés locaux des pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine.

Le commissaire a souligné que les coûts logistiques sur la voie du Danube ont diminué de 50 % entre juillet 2022 et mars 2023 et « nous espérons que ces efforts permettront d’avoir une capacité de 3 millions de tonnes par mois en septembre et jusqu’à 4 millions de tonnes par mois d’ici fin 2023 ». Il convient aussi, à ses yeux, de développer les voies qui amènent à la mer Baltique et à la mer Adriatique, même si les capacités sont plus limitées. L’Ukraine a exporté 100 000 t de blé et de maïs via le port croate de Rijeka depuis mai 2022. La Croatie espère devenir une nouvelle porte de sortie pour les céréales ukrainiennes. Le port de Rijeka, à quelque 70 kilomètres de la frontière italienne, peut faire transiter environ un million de tonnes de céréales par an, mais espère augmenter sa capacité dans les mois à venir.

Enfin, le commissaire a défendu, à nouveau, sa proposition controversée de versement d’indemnités aux Ukrainiens pour couvrir les coûts supplémentaires de transport des exportations via l’UE. Des coûts qui, selon les calculs de Kiev, se situent entre 20 et 40 euros par tonne.