Abonné

Réforme Ultimes empoignades pour une Pac à la française

- - 5 min

La déclinaison française de la réforme de la Politique agricole commune doit être présentée le 17 décembre par le ministre de l’Agriculture Stéphane le Foll lors d’un Conseil supérieur d’orientation. Si les réunions s’enchaînent à un rythme effréné depuis plusieurs semaines, aucun consensus n’est trouvé et les oppositions se multiplient, entre syndicats agricoles comme entre productions. Les décisions techniques concernant la répartition des aides couplées pourront par exemple peser lourd dans les exploitations. Le second pilier est également au cœur des débats, quant à la définition du développement rural.

Les négociations concernant la déclinaison française de la Pac touchent à leur fin. Les dernières semaines ont été ponctuées par de multiples réunions au ministère de l’Agriculture sur l’attribution des aides couplées à la production (à l’inverse des aides découplées, donc sans lien avec ce qui est produit), qui représenteront 13% du premier pilier de la Pac, soit environ 980 millions d’euros. Jeudi 28 novembre, les syndicats agricoles ont été reçus par la direction générale des politiques agricoles, agroalimentaires et des territoires (DG Paat) pour une journée de concertation sur les aides couplées. Vendredi 6 décembre, une même rencontre s’attardera notamment sur le verdissement et sur la création du régime des paiements de base. Un ultime round se déroulera le 10 décembre. Le ministère de l’Agriculture va ensuite trancher et devrait vraisemblablement annoncer la répartition des aides couplées lors d’un Conseil supérieur d’orientation (CSO) le 17 décembre. Tout ne sera pas réglé pour autant, puisque des groupes de travail doivent être créés, notamment sur le plan de modernisation des exploitations agricoles financé par le second pilier, consacré au développement rural.
Lors des tables rondes organisées jusqu’ici, aucune simulation précise ni orientation n’ont été présentées aux partenaires agricoles, et les discussions piétinent. Celle du 28 novembre n’a « rien amené de nouveau », selon l’ensemble des participants : chacun reste sur ses positions, et le ministère cherche des avancées pour aboutir à une position consensuelle qui a peu de chance de voir le jour.
 
Deux visions de l’agriculture s’opposent
Car l’enjeu n’est pas négligeable et les divergences sont profondes et multiples. Entre visions politiques de l’agriculture, tout d’abord. D’un côté, la FNSEA, les Jeunes agriculteurs (JA) et l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) proposent, dans chaque filière, des planchers d’attribution des aides couplées pour privilégier les exploitations au delà d’une certaine taille, les plus productives. Quitte à laisser une bonne partie de leurs adhérents sur le bord de la route. Le syndicalisme majoritaire privilégie une approche économique de filière, appuyée par la contractualisation.
Dans l’autre camp, la Confédération paysanne et le Modef plaident pour que les aides soient davantage réparties, à tout le monde et surtout aux plus petits. Ainsi, ils proposent des plafonds au couplage « pour limiter les rentes ».
Le second pilier voit également la même opposition, entre ceux qui voient dans le « développement rural » un outil au service de la vie des campagnes, et les autres qui pensent qu’il faut s’en servir pour moderniser les exploitations au service de la compétitivité.
La Coordination rurale joue les arbitres, refusant de rentrer dans le débat entre gros et petits. Elle a proposé un coefficient d’activité sur l’exploitation pour bénéficier de l’aide couplée, mais l’option a été rejetée. Le syndicat continue de critiquer le principe des aides couplées, auquel il est totalement opposé. Selon lui, ce type d’aide livre les producteurs à l’agro-industrie : assurée d’avoir des matières premières à bas coûts, elle sera la réelle bénéficiaire de l’argent versé en baissant ses prix d’achats. La Coordination rurale ne mâche pas ses mots envers le syndicalisme majoritaire : « La FNSEA ne se cache plus d’être le syndicat de l’agroalimentaire », tance Bernard Lannes, président de la Coordination rurale. « Je leur souhaite bien du courage pour aller expliquer leurs décisions dans les filières », raille-t-il.
 
Dissensions dans le syndicalisme majoritaire
La FNSEA a aussi fort à faire avec des divergences internes. La Fédération nationale bovine (FNB) se prend le bec depuis plusieurs semaines avec la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) au sujet de l’enveloppe d’aides couplées destinées à chaque production. La FNB veut garder ses acquis, même ce qu’elle n’a pas utilisé l’année dernière, alors que les éleveurs laitiers trouvent inacceptable de bénéficier de 6 fois moins d’aides que leurs collègues. A plus petite échelle, la division céréaliers/éleveurs s’observe aussi dans l’attribution de l’enveloppe des 2% pour la production de protéines végétales, que se disputent les deux camps.
Et ce sont les plus jeunes qui veulent siffler la fin de la récréation. Les JA, qui estiment manquer d’écoute, veulent miser sur l’avenir et donc l’installation dans toutes les filières.
Alors que chaque protagoniste essaye de tirer la couverture à lui, le ministre devra trancher. Sans négliger l’aile gauche du monde agricole, qui se sent déjà trahie par les arbitrages rendus, ni le syndicalisme majoritaire, dont certaines composantes sont sur le pied de guerre. Avec, certainement, l’ambition de ne léser personne, mais le risque, hautement probable, de froisser tout le monde. 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

deuxième pilier
Suivi
Suivre