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Un acide gras ouvre la voie à de nouvelles valorisations du latex d’hévéa

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Le latex est extrait en pratiquant des saignées sur le tronc de l’hévéa. Crédits : © Abhilash Jacob/Pixabay

Une étude internationale et transdisciplinaire sur le latex d’hévéa a révélé la présence d’acide furanique, un acide gras qui pourrait avoir des applications dans le domaine de la santé. Son extraction pourrait offrir une nouvelle source de revenus pour la filière. 

Déjà détecté dans des études précédentes, l’acide gras furanique pourrait représenter une nouvelle ressource pour les producteurs. Pour évaluer son potentiel, Laurent Vaysse, chercheur au Cirad de Montpellier à l'UR BioWooEB et correspondant de la filière Hévéa, et Erwann Durand, chercheur au Cirad de Montpellier à l’UMR Qualisud, ont travaillé en partenariat avec l'université Kasetsart en Thaïlande et l’Institut cambodgien de recherche sur le caoutchouc. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Journal of Bioresources and Bioproducts le 29 novembre 2024. 

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Le caoutchouc naturel se négocie autour de 2€ le kilo et procure des revenus vitaux à des millions de petites plantations familiales, qui représentent plus de 80% des cultivateurs d’hévéa (Hevea brasiliensis), la source naturelle de ce matériau aux nombreuses applications. L’acide gras furanique, abrégé en FuFa (pour Furan Fatty Acid), est un acide gras présent naturellement dans le latex d’hévéa. Pour découvrir quelles variétés produisent du FuFa, les chercheurs ont étudié un panel de 48 génotypes, ou clones, d’hévéa, représentant les variétés les plus souvent cultivées dans le monde. « Nous avons identifié chez nos partenaires au Cambodge un champ clonal à petite échelle afin de pouvoir comparer la performance des clones dans des conditions identiques », explique Laurent Vaysse. 

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Une molécule présente dans toutes les variétés étudiées 

Sur les 48 génotypes étudiés, tous contenaient l’acide gras furanique. Cette concentration peut représenter de 0,01% à 0,71% du latex selon l’arbre. « Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à dire que pour 1 kg de latex, la quantité de cet acide gras peut aller jusqu’à plus de 7 g, ce qui est relativement important pour une molécule à très haute valeur ajoutée potentielle », détaille Laurent Vaysse, cité dans le communiqué du Cirad du 18 février 2025. Certaines variétés se sont distinguées par des teneurs en FuFa plus élevées, notamment les « génotypes issus des programmes de sélection de l’IRCA (IRCA 323, Côte d’Ivoire), de Prang Besar (PB324 et PB235, Malaisie) et de l’Institut de Recherche sur le Caoutchouc du Vietnam (RRIV2 et RRIV4, Vietnam) », peut-on encore lire dans le communiqué. Pour Laurent Vaysse, « c'est bien d'avoir trouvé plusieurs génotypes haut producteurs de FuFA, et pouvoir choisir le clone le plus approprié en fonction des conditions environnementales locales. Par exemple, le PB235 est connu pour produire beaucoup de latex, mais il n’est pas adapté aux zones très venteuses. » Mais la teneur en FuFa n’est pas la seule donnée à prendre en compte. « Non seulement le latex doit être riche en acides gras, mais il faut aussi que le clone produise beaucoup de latex. C’est le croisement des deux qui détermine le potentiel de production », continue le chercheur. 

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Pour la suite, il reste à « déterminer la solution la plus adaptée pour extraire la molécule après la récolte tout en gardant la possibilité de valoriser le caoutchouc », explique quant à lui Erwann Durand. Son potentiel pour la santé continuera à être étudié par l’ICM (Institut du Cancer de Montpellier), l’université de Montpellier et l’INRAE. Laurent Vaysse rappelle « qu’on parle d’une molécule à très haute valeur ajoutée par rapport au caoutchouc. Dans l’optique d’une valorisation santé, un kilo coûterait plusieurs centaines de milliers d’euros. Il est important de penser à une covalorisation et de créer de la valeur ajoutée pour cette filière. » Pour le Cirad, l’objectif principal est de « faire profiter la filière de cette innovation » et offrir aux petits planteurs une nouvelle source de revenus