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Un calendrier d’actions publiques en faveur du matériau biosourcé dans la construction

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Le ministère de la Transition écologique a annoncé au premier congrès international du chanvre le 5 février un calendrier d’actions publiques en faveur des matériaux biosourcés pour la construction, qu’il encouragera. Le chanvre en tant que matériau intéresse de plus en plus les architectes, tandis que sa graine connaît du succès dans l’alimentation en raison de ses apports nutritionnels. Et sa culture intéresse les agriculteurs car elle ne demande quasiment pas d’intrants.

Paul Delsuc, directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN) au ministère de la Transition écologique, a annoncé au premier congrès international du chanvre le 5 février à Noisy le Grand (Seine Saint Denis) un calendrier de mesures réglementaires et d’appuis en faveur des matériaux biosourcés pour la construction, que son ministère encouragera. Une réglementation environnementale est en chantier pour 2020, pour le secteur du bâtiment, dans le sillage de la loi Elan (portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique). L’article 181 inscrit l’exigence, dans les bâtiments neufs, du recours à des matériaux issus de ressources renouvelables.

La réglementation environnementale pour 2020 réserve une place de choix aux biosourcés

« La réglementation environnementale pour 2020 réserve une place de choix aux biosourcés » dans le secteur du bâtiment, pour mettre au point la prise en compte du stockage du carbone dans les bâtiments, a précisé le directeur de la DGALN. « L’analyse du cycle de vie du chanvre peut jouer en faveur du dossier du chanvre dans la construction », a-t-il ajouté. Le chanvre est l’un des axes du programme Pacte (Programme d’action pour la qualité de la construction et de la transition énergétique).

De plus, le label des bâtiments biosourcés pour les bâtiments neufs « sera rénové », pour qu’il soit plus visible tandis qu’un label spécifique pour la rénovation sera mis à l’étude en 2019. En outre, le ministère « apportera son soutien, via la DGALN » aux essais de maisons de démonstration. Un groupe de recherche du CNRS « matériaux de construction biosourcés » est en cours de montage, a ajouté Paul Delsuc. Le soutien de l’État aux matériaux biosourcés dans la construction est d’environ 350 000 € par an, dont 100 000 pour la démonstration du comportement hygrothermique des bétons de chanvre et de la caractérisation de la chènevotte (la partie ligneuse de la tige qui n’est pas la fibre) en vrac. Et dont aussi 150 000 € de soutien aux plans d’action des associations que sont l’AICB (Association des industriels de la construction biosourcée) et le CF2B (Collectif des filières biosourcées du bâtiment). La caractérisation du comportement des biomatériaux au feu, au bruit et à l’humidité nécessite quant à elle 80 000 € par an, a détaillé Paul Delsuc. La longueur des validations pour la résistance au feu commence à provoquer l’impatience des utilisateurs (voir encadré).

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Méconnaissance, habitude, craintes

Les freins à l’utilisation des matériaux biosourcés dans la commande publique tardent à être levés. « Méconnaissance, habitude, craintes », a énuméré Jean Claude Daniel, président de l’association Construire en chanvre et ancien député (1997-2002, Haute-Marne, apparenté socialiste), dans sa présentation. « L’utilisation du chanvre dans le bâtiment ne progressera pas sans la formation des artisans », a-t-il prévenu. Pourtant, le chanvre est un matériau compostable en fin de vie, qui a « un très bon comportement au feu », avec l’avantage de ne pas émettre de composés organiques volatils (COV) et de réguler l’humidité ambiante. Les besoins en chanvre pour la rénovation pourraient devenir importants, si les freins étaient levés : le projet de loi de finance 2019 a prévu 14 Mrd € pour la rénovation énergétique des bâtiments, avec pour objectif de diviser par deux le nombre de « passoires » énergétiques d’ici 2022 (soit 400 000 bâtiments par an dans le parc privé), a poursuivi Jean Claude Daniel. Guillaume Gontard, sénateur, attaché au groupe communiste Républicain, citoyen et écologiste, a indiqué qu’un chantier nécessaire est la simplification de la mise en œuvre des marchés publics dans le secteur du bâtiment.

« Aujourd’hui encore, les artisans sont très loin de ces nouveaux matériaux »