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Un compromis proposé aux agriculteurs sur le lac de Caussade

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Les élus du Lot-et-Garonne et les autorités publiques ont proposé le 10 mars un compromis sur le lac de Caussade, qui permettrait aux agriculteurs d’utiliser cette retenue d’eau illégale comme source d’irrigation cet été, prélude au dépôt d’un nouveau dossier d’autorisation après la période sèche.

Ces « propositions » ont été élaborées lors d’une réunion à Paris des élus du département et de la préfète Béatrice Lagarde autour de la secrétaire d’État à la transition écologique Emmanuelle Wargon. Elles devaient être présentées aux agriculteurs les jours suivants, a expliqué Mme Lagarde lors d’une conférence de presse téléphonique. Les associations de protection de l’environnement sont également conviées.

La CR satisfaite, FNE mécontente

« Ça nous va parce que le lac ne sera pas vidangé comme les autorités voulaient le faire », a déclaré à l’AFP Pascal Béteille, président de la Coordination rurale 47 à l’origine d’un rassemblement le 9 mars autour de l’ouvrage. France Nature environnement (FNE), opposé à cette retenue, « ne voit pas là un compromis » : « Les agriculteurs ont l’eau, ils ont fait un truc illégal […] et derrière ils ouvrent la voie à une régularisation », a dit à l’AFP le vice-président Jean-David Abel. Ne pas vidanger le lac, « c’est un premier recul par rapport à la sécurité […] avec 70 habitations en aval ».

Sujet de discorde depuis deux ans, le lac de Caussade a été creusé par des agriculteurs locaux, avec le soutien de la chambre d’agriculture présidée par la CR, pour réguler le débit du Tolzac, un affluent direct de la Garonne, et irriguer les 350 ha de 40 exploitations. Autorisé, puis interdit, critiqué par les écologistes, le projet de 920 000 m3 est défendu bec et ongles par les agriculteurs qui disent jouer la survie de leurs exploitations menacées par les sécheresses récurrentes.

Un « processus de concertation » avait été mis en place en juin : la chambre d’agriculture devait faire effectuer un audit sur ce barrage, en laissant entre-temps les vannes ouvertes, puis présenter un nouveau dossier d’autorisation tenant compte des observations de l’audit. Mais fin février, la préfète du Lot-et-Garonne a constaté que le lac continuait de se remplir et que l’audit avait conclu que l’ouvrage n’avait « pas été réalisé dans les règles de l’art », avec un risque de rupture « avéré ». Elle avait donné huit jours aux agriculteurs pour faire baisser le niveau, menaçant d’une intervention des forces de l’ordre pour vidanger de force le barrage. Quelque 500 agriculteurs, élus locaux et habitants s’étaient rassemblés le 9 mars pour en bloquer les accès.

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Mise sous surveillance

Le compromis proposé le 10 mars passe par plusieurs étapes : agriculteurs et autorités vont devoir s’entendre sur un niveau du lac (dont la profondeur a dépassé les 5 m) compatible avec la sécurité et les besoins d’irrigation, un niveau qui sera placé sous surveillance. « À la moindre alerte, les services de l’État interviendront », a dit Mme Lagarde. Puis vers octobre, il sera procédé à « une vidange complète » qui permettra de voir quels travaux de consolidation sont nécessaires, avant le dépôt d’un nouveau dossier d’autorisation. Cette fois-ci, les élus du département se sont impliqués dans le processus. « C’est le meilleur chemin pour sortir tous la tête haute », a commenté Michel Lauzzana, député LREM.

Les défenseurs du lac de Caussade, qui s’opposaient à une vidange, ne semblent guère plus disposés à faire baisser la réserve. Interrogé par Agra Presse, le président de l’ASA (association syndicale autorisée) qui gère l’ouvrage, Patrick Franken signale que « le lac est rempli à près de 80 %. On va le stabiliser à ce niveau. » Se disant « assez satisfait » des propositions sur la table, il accepte un contrôle de la sécurité de l’ouvrage par un bureau agréé. L’ASA avait pris les devants avec un géomètre qui a déjà installé des balises pour s’assurer de la stabilité de la construction.

« Le lac est rempli à près de 80 %. On va le stabiliser à ce niveau »