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Congrès des Jeunes agriculteurs Un dernier discours chahuté pour Michel Barnier

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La colère des jeunes agriculteurs n’a pas permis à Michel Barnier de faire une belle sortie pour sa dernière intervention à un congrès en tant que ministre de l’Agriculture. Le 11 juin à Saint-Flour dans le Cantal, les 600 congressistes présents attendaient le ministre de pied ferme, alors que la veille son nom avait été régulièrement sifflé lors du huis-clos. Son assurance de faire « fonctionner l’observatoire des prix et des marges » n’a pas suffi à calmer les esprits.

On ne peut pas gagner à tous les coups. Michel Barnier, animateur de la campagne UMP pour les élections européennes qui a mené son parti à une belle victoire le 7 juin dernier, a été malmené lors de son dernier discours en tant que ministre de l’Agriculture. Le député européen nouvellement élu intervenait lors du congrès des Jeunes Agriculteurs (JA), le 11 juin, à Saint-Flour dans le Cantal.

La boucle est bouclée

Tout avait pourtant bien commencé pour le ministre et le syndicalisme jeune. Quelques jours après sa nomination il y a deux ans, sa première intervention en tant que ministre de l’Agriculture, s’était déroulée au congrès des JA à Epinal, a-t-il rappelé, le 11 juin, à Saint-Flour. « Deux ans après ce discours phare (…), nous sommes inquiets car cette priorité (à l’installation : ndlr) est fortement malmenée », a prévenu, le 11 juin, William Villeneuve dans son discours de clôture. Réponse du ministre dans un registre très affectif.

« Je souhaite que vous ayez la même confiance avec les autres ministres de l’Agriculture qui me succéderont », a lancé celui qui devait quitter son poste dans les « tout prochains jours ». « Cette confiance, je vous l’ai indiquée dès le premier jour, à Epinal », a-t-il ajouté.

Deux ans après son premier discours devant le même public, des sifflets et les invectives ont émaillé l’intervention du ministe ce 11 juin. Plusieurs rappels à l’ordre de William Villeneuve, installé en tribune, ont été nécessaires pour calmer les quelque 600 agriculteurs présents. En cause : l’accord sur le prix du lait obtenu le 3 juin. Un ministre qui ne s’est pas laissé démonter par l’ambiance houleuse de la salle et a justifié son bilan.

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Un « moindre mal »

« Cet accord sur le prix du lait est un moindre mal même si j’entends les réserves et les désaccords », a martelé le ministre réfutant les accusations de « prise en otage de l’interprofession parce qu’il fallait coûte que coûte conclure avant les Européennes ». « Ce n’est pas ma façon de faire de la politique : je ne mélange pas les genres », a expliqué le ministre. Mais la suspicion demeure à l’encontre du politique mais aussi quant à la volonté de la FNSEA d’ « aider » l’UMP juste avant l’échéance des Européennes (Cf article page ?). « Le gouvernement n’a pas dicté l’accord », a-t-il martelé, rappelant les 30 millions d’euros mobilisés pour alléger les charges des éleveurs. Et, le ministre de poser la question : « Que se serait-il passé s’il n’y avait pas eu d’accord ? ». Sa réponse : « Vous auriez vécu la même situation qu’en mai. Des entreprises auraient fixé seules les prix ».

Faire fonctionner l’observatoire

Un accord violemment contesté par les Jeunes agriculteurs, même s’il a été signé par la branche laitière de la FNSEA. Le syndicat jeune n’en démord pas : « Un accord qui ne rémunère pas les producteurs n’est pas un bon accord ». Quant à l’aide de l’Etat, « c’est comme si on finançait la vente à perte », s’est insurgé William Villeneuve dans son intervention. Les actions syndicales lancées par la FNSEA contre les grandes surfaces n’ont pas calmé les esprits. Ni l’annonce du ministre sur « l’accord trouvé sur la transparence sur le prix du porc » obtenu dans le cadre de l’observatoire des prix et des marges. « Si les distributeurs ne jouent pas le jeu, il a été décidé que les inspecteurs du ministère des Finances cherchent l’information qui ne serait pas donnée spontanément par les distributeurs », a précisé le ministre. Il a promis que les « travaux allaient s’engager sur les produits laitiers » dans le cadre de l’observatoire.

Priorité aux jeunes

Quant aux accusations de « saupoudrage » formulées par William Villeneuve au chapitre du bilan de santé de la Pac, le ministre s’est dit « étonné ». Michel Barnier a fait le catalogue des mesures prises pour « ne pas déstabiliser ceux qui viennent de s’installer ou qui vont s’installer ». « Nous allons mobiliser tous les leviers à notre disposition », a-t-il assuré, citant différentes mesures. Il s’agit de « prendre la meilleure des années de la période de référence 2005-2008 pour calculer les dotations ; de doter les agriculteurs installés après la période de référence (2009) à partir de la réserve ; d’élaborer un programme spécifique pour les agriculteurs qui vont s’installer en 2010 lui-même alimenté par la réserve ». « L’installation au cours de ces deux années fut ma priorité. Cette politique, ensemble, nous l’avons consolidée et renouvelée », a conclu Michel Barnier, « fier » d’avoir été « votre ministre pendant deux ans ». Le ministre a quitté Saint-Flour avec un fromage d’AOC d’Auvergne de 40 Kg. Il aurait préféré partir avec quelques applaudissements.