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Vin Un groupe de travail pour adapter la loi Evin

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Le Premier ministre a annoncé aux représentants viticoles venus le rencontrer en délégation le 25 février une possibilité d’ouverture vers un aménagement de la loi Evin qui réglemente notamment la publicité et la promotion des alcools. Il s’agirait d’éviter de mettre le vin en première ligne dans la lutte contre l’alcoolisme, sachant qu’il n’en est pas l’unique cause et qu’il se rattache plutôt à l’agriculture haut-de-gamme et à la gastronomie.

Cinq parlementaires représentant les régions viticoles (Champagne : Philippe Martin, député UMP; Bourgogne : Alain Suguenot, député UMP et maire de Beaune, Côte d’Or ; Loire : Serge Poignant, député UMP; Bordeaux : Gérard César, sénateur UMP; Languedoc : Paul-Henri Cugnenc, député UMP.) et quatre représentants du milieu viticole (Xavier Carreau, président de l’association Vin et Société; Pierre Aguilas, président de l’association générale de la production viticole; Christine Tarby, vice-présidente de Vin et Société; Delphine Blanc, directrice de Vin et Société.) ont rencontré Jean-Pierre Raffarin et Hervé Gaymard le 25 février, après avoir sollicité un rendez-vous auprès d’eux pour « les interpeller sur la place du vin dans la société ».

« Il n’est pas question de remettre en cause la loi Evin mais de voir comment ne pas tomber dans la diabolisation du vin qui fait partie du patrimoine culturel français », a commenté le ministre de l’Agriculture, à l’issue de l’entrevue. Jean-Pierre Raffarin a confié aux professionnels du vin, aux responsables de la sécurité routière, de la santé, la mission de réflechir à une politique de modération de la consommation d’alcool qui n’accentuerait pas la baisse de consommation de vin. Leur copie devra être rendue le 15 juin. Sans attendre la suite de ces rendez-vous, la filière vin avait programmé une campagne de communication en presse écrite qui a commencé le 25 février 2004 sur le thème : « L’interdit est-il l’avenir du vin en France ?».

Publicité pour les vins : la profession sous le choc des condamnations

D’ici le 15 juin, un débat rassemblant 50 à 100 parlementaires se tiendra le 3 mars pour jeter les bases d’une politique de modération qui jetterait moins l’anathème sur le vin. Les professionnels ont en effet été mis en émoi par une décision du tribunal de grande instance de Paris, en décembre dernier, contre la campagne de communication du Bureau interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB). « Cette décision donne une interprétation extrêmement restrictive de la loi Évin et empêche désormais de communiquer sur la qualité et les spécificité de leurs vins », explique l’association Vin et société.

Alain Suguenot, député UMP et maire de Beaune (Côte-d’Or) a insisté sur un élément « très important» de cet entretien : l’égalité de traitement entre la communication collective et la communication privée que mènent des compagnies productrices d’alcools forts, qui disposent de moyens autrement plus puissants que des milliers de viticulteurs atomisés. « Le Premier ministre nous a confié la mission d’enquêter sur les moyens de traiter de la même manière la communication privée et la communication collective, qui est maltraitée ». « Le groupe de travail aura pour mission d’adapter un texte qui date de 1991 et qui est insuffisant, car les textes ne visent pas les alcools forts promus par les moyens de communication», a ajouté M. Suguenot.

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« Cette campagne de modération, nous voulons la mener avec le Premier ministre. Nous ne voulons pas être considérés de la même façon que des planteurs de pavot. La viticulture appartient à notre patrimoine. Je vous parle en tant que viticulteur, défenseur de la filière, et en tant que médecin », a déclaré pour sa part Paul-Henri Cugnenc, député UMP dans l’Hérault, à la presse, à Matignon. Pour lui, la profession du vin a obtenu « une lueur», avec l’annonce d’une adaptation de la loi Évin. « Je trouve insupportable que l’on fasse l’amalgame entre le vin et les produits toxiques. Le gouvernement ne doit pas confondre politique de santé publique et politique d’ayatollahs», a-t-il conclu.

Promotion aux États-Unis : « pas question de rester les bras ballants »

L’adaptation de la loi Évin est le principal des trois volets traités lors de la rencontre. Les deux autres concernent le renforcement de la présence française à l’exportation aux États-Unis, par des appuis aux professionnels exportateurs d’une part, et la poursuite de l’amélioration du vignoble français d’autre part. Le renforcement de l’appui à l’exportation consistera par exemple en une assistance technique aux exportateurs qui commercialisent du vin français aux États-Unis : « Les lois sur le bio-terrorisme, par exemple, font barrage aux vins étrangers. Nous mettrons à la disposition des professionnels des avocats », a précisé le ministre. En outre, son ministère téléguidera des actions de promotion avec celui de François Loos (Commerce Extérieur), pour la promotion aux États-Unis.

Interrogé sur les difficultés pour les vins français de percer en raison de la compétitivité du dollar et des différences de vues entre Paris et Washington sur l’intervention américaine en Irak, Hervé Gaymard a répondu : « Faut-il pour autant rester les bras ballants? Nous continuons les pourparlers avec les États-Unis, face au juridisme dont ils viennent de faire preuve en stoppant leurs importations de foies gras français. Nous avons des arguments, parce qu’ils ont cent fois plus d’intoxications alimentaires que dans l’UE ». De plus, « avec François Loos, et en liaison avec la Commission européenne, nous prendrons des mesures pour plaider notre cause», a assuré Hervé Gaymard.

Celui-ci a rappelé que « le vin appartient à notre culture » et qu’il participe pour moitié à l’excédent commercial agro-alimentaire français. Il a rappelé également que les exportations françaises de vin vers les États-Unis se dégradent et que la surproduction s’est accrue de 17% ces dernières années.