Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) a publié le 6 avril à Bruxelles la synthèse de ses travaux consacrés à l’impact du réchauffement climatique sur la planète. Alors que le continent africain, et de manière générale les pays du sud, peuvent s’attendre à être particulièrement touchés, l’émisphère nord s’en sortirait un peu mieux (1). Détail par continent.
Afrique : un des continents les plus vulnérables
- Selon le GIEC, l’Afrique est un des continents les plus vulnérables à la variabilité et aux changements climatiques à cause de multiples pressions et de sa faible capacité d’adaptation.
- A l’échéance 2020, les projections indiquent que 75 à 250 millions de personnes seront exposées à une augmentation du stress hydrique liée aux changements climatiques. Si ce changement est couplé à une demande d’eau accrue, il affectera négativement les moyens d’existence et aggravera les problèmes liés à l’eau.
- La production agricole, y compris l’accès à la nourriture, dans de nombreux pays et régions africaines sont sévèrement compromises par les changements et la variabilité climatiques. On s’attend à des réductions des surfaces propres à l’agriculture, de la longueur des périodes de végétation et du potentiel de production particulièrement en marge des zones semi-arides et arides. Ceci aurait un effet négatif supplémentaire sur la sécurité alimentaire et aggraverait la malnutrition dans le continent. Dans certains pays, les rendements des productions non-irriguées pourraient être réduits de plus de 50 % en 2020.
Asie : des problèmes d’eau douce pour un milliard de personnes
- Au cours de ce siècle, la fonte des glaciers dans l’Himalaya sera à l’origine d’une augmentation des inondations, des avalanches de roche provenant de pentes déstabilisées, et affectera les ressources en eau dans les deux à trois décennies. Par la suite les débits des cours d’eau diminueront au fur et à mesure que les glaciers reculent.
- La disponibilité d’eau douce en Asie centrale, du Sud, de l’Est, et du Sud-ouest, particulièrement dans les grands bassins, est décroissante et pourrait affecter défavorablement plus d’un milliard de personnes dans les années 2050.
- Les rendements des cultures pourraient augmenter jusqu’à 20 % dans l’Est et le Sud-ouest de l’Asie, alors qu’elles pourraient décroître jusqu’à 30 % en Asie Centrale et du Sud, d’ici à la moitié du 21e siècle. Dans l’ensemble et en considérant l’influence de la croissance rapide de la population et de l’urbanisation, on prévoit que le risque de famine reste très élevé dans plusieurs pays en développement.
Europe : le nord s’en sort mieux que le sud
- Presque toutes les régions d’Europe seront affectées négativement : augmentation des risques d’inondation éclair dans l’intérieur des terres ; inondations côtières plus fréquentes ; augmentation de l’érosion ; retrait des glaciers ; réduction de la couverture neigeuse ; extinctions d’espèces. La grande majorité des organismes et écosystèmes aura des difficultés à s’adapter.
- En Europe du sud : hautes températures et sécheresse ; réduction de la disponibilité en eau et de la productivité des cultures ; fréquence accrue de feux de forêt.
- En Europe centrale et orientale : diminution des précipitations en été, avec une augmentation du stress hydrique ; vagues de chaleur ; déclin de la productivité forestière et augmentation de la fréquence des feux de tourbières.
- Europe du Nord : les projections montrent certains avantages comme une demande réduite de chauffage, ainsi que des productions agricoles et une croissance des forêts accrues. Néanmoins, à mesure que les changements climatiques continuent, leurs impacts négatifs inondations en hiver, dégradation d’écosystèmes, déstabilisation des sols) l’emporteront probablement sur les bénéfices, estime le GIEC.
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Amérique latine : la forêt tropicale menacée
- D’ici au milieu du siècle, les projections prévoient un remplacement progressif de la forêt tropicale par la savane en Amazonie orientale. La végétation semi-aride tendra à être remplacée par une végétation de terre aride. Il y a un risque de perte significative de biodiversité par extinction d’espèces dans beaucoup de régions de l’Amérique latine tropicale.
- Dans les régions sèches, les changements climatiques devraient mener à la salinisation et à la désertification de surfaces agricoles. La productivité de certaines cultures diminuera et la productivité du cheptel déclinera.
- Dans les zones tempérées, on s’attend à l’augmentation de rendement des cultures de soja.
- Les modifications dans la répartition des précipitations et la disparition des glaciers affecteront significativement la disponibilité de l’eau pour la consommation humaine, l’agriculture et la production d’énergie.
Amérique du nord : vagues de chaleur et tempêtes plus intenses
- Un changement climatique modéré, pendant les premières décennies du siècle, donne une projection pour les rendements des cultures non irriguées montrant une augmentation de 5 à 20 %, mais avec une variabilité importante entre les régions. On s’attend à des difficultés importantes pour les cultures dans les zones les plus chaudes.
- L’Amérique du Nord devrait connaître des dommages locaux sévères et des ruptures des écosystèmes, des systèmes sociaux et culturels à cause des modifications liées au changement climatique des événements météorologiques extrêmes, comme les cyclones, des tempêtes sévères, des inondations, des sécheresse, des vagues de chaleur et des feux de forêts.
- Les perturbations dues aux parasites, aux maladies et aux incendies devraient avoir des conséquences sur les forêts, avec un allongement important de la période d’incendie et une augmentation des surfaces brûlées.
- Un certain nombre de villes devraient faire face à un accroissement du nombre, de l’intensité et de la durée des vagues de chaleur.
Enfin, à l’échelle de la planète, entre 20 et 30 % des espèces végétales et animales risquent de disparaître si la hausse de la température mondiale dépasse 1,5 à 2,5 °C au cours du siècle, estiment les experts.
(1) Cet article reprend une partie du rapport publié le 6 avril à Bruxelles par le GIEC, tel que traduit par les délégations de la Belgique et de la France. Cette version provisoire est disponible à l’adresse suivante : www.effet-de-serre.gouv.fr/actualites. La version anglophone du rapport est téléchargeable sur le site : www.ipcc.ch