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Un pesticide collant pour protéger les plantes des insectes ravageurs

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La plante carnivore drosera a inspiré les chercheurs pour leur innovation. Crédits : © Bergadder/Pixabay

Des chercheurs des Pays-Bas ont développé un revêtement collant à base d’huile pour piéger les insectes ravageurs des cultures. Cette solution innovante pourrait devenir une alternative aux insecticides actuels. 

Face aux efforts de réduction de l’utilisation des pesticides et au développement de tolérance à ces derniers par les insectes, les chercheurs se penchent sur des moyens alternatifs de lutter contre les insectes ravageurs. Une équipe de chercheurs du Groupe de sciences agrotechnologiques et alimentaires de l'université de Wageningue (Pays-Bas) s’est inspirée de la nature pour développer une colle contre les parasites, en collaboration avec l’Institut de Biologie de l’université de Leiden. « La plante carnivore droséra possède des poils dits glandulaires qui sécrètent une substance collante pour attraper les insectes », explique Thomas Kodger, professeur agrégé de chimie physique et de matière molle à l’université de Wageningue, dans le communiqué de son université daté du 14 mai 2024. « Nous voulions l’imiter pour protéger nos cultures de manière naturelle. » Leurs résultats ont été publiés le 13 mai 2024 dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).  

Perles aussi collantes qu'un ruban adhésif

Pour mettre au point leur colle, les chercheurs ont transformé l’huile de riz végétale en une substance jaune et collante « en soufflant de l’air dessus et en la broyant en petites particules à l’aide d’un mélangeur de laboratoire ». Le résultat se présente sous la forme de perles d'environ un millimètre de diamètre, aussi collantes que du ruban adhésif. La taille correspond à celle d’un insecte nuisible commun : les thrips (Frankliniella occidentalis), un important ravageur des cultures, en particulier des arbres fruitiers et des plantes potagères. Le mélange pulvérisé sur les plantes s’est révélé « efficace pour immobiliser le ravageur cible », expliquent les chercheurs. L’immobilisation empêche ces petits arthropodes d’abimer les cultures par transfert de virus. Même si les chercheurs se sont principalement concentrés sur les thrips, leur colle peut aussi agir contre d'autres ravageurs, comme la mouche des fruits Suzuki (Drosophila suzukii), qui menace la culture des cerises. De plus, les gouttes restent suffisamment petites pour ne pas menacer les insectes bénéfiques aux cultures, tels que les pollinisateurs.

Lire aussi : Des chercheurs développent des nanoparticules pour une administration ciblée de pesticides

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Drosophila suzukii
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Contrairement aux pesticides traditionnels, Thomas Kroger pense qu’il est « peu probable que les insectes développent une résistance à cet adhésif ». « Augmenter la taille de leur corps reste l'une des rares méthodes pour échapper à ce piège collant. Ce n’est pas aussi simple que de développer une tolérance à une substance chimique. Si cela se produit, cela prendra plusieurs générations et ne se produira que si la colle anti-insectes est utilisée à grande échelle. » À l’avenir, les agriculteurs pourraient pulvériser ce pesticide collant sur leurs cultures avant que les fruits ne se développent. Comme la substance reste sur les feuilles trois mois après application et ne peut pas être lavée par la pluie, les chercheurs pensent que c’est suffisamment long pour lutter contre les ravageurs jusqu'à la récolte. 

Il leur reste cependant à évaluer les conséquences environnementales d’une pulvérisation à grande échelle. Dans les années à venir, l’équipe du projet va essayer de déterminer la rapidité avec laquelle leur huile se dégrade dans le sol. « Nous préférons ne pas déverser de grandes quantités d'huile de cuisson dans les champs », glisse Thomas Kodger. D'ici la fin de cette année, les scientifiques prévoient déjà de lancer une entreprise afin de développer et commercialiser cette innovation.