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Crise de la filière volaille Un plan de soutien de 52 millions d’euros

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Dominique de Villepin a pris les devants. Alors que l’essentiel du plan de sauvegarde de la filière avicole devait être dévoilé durant le Salon de l’agriculture éventuellement par Jacques Chirac en l’inaugurant, le Premier ministre n’a pas attendu. Quelques instants après la suspicion du virus dans un élevage de 11 000 dindes dans l’Ain, il a annoncé la mise en œuvre d’un budget de 52 millions d’euros pour venir en aide à la filière avicole. Les pertes globales, dues à l’effondrement de la consommation en raison des menaces de grippe aviaire, sont proches de 41 millions d’euros par mois selon les professionnels.

Le plan de soutien à la filière volaille devait d’abord être annoncé aux professionnels le mercredi 22 février. Pour permettre à Dominique de Villepin d’aller sur une exploitation avicole, la rencontre a été décalée au jeudi. Une rencontre qui s’est bornée, finalement, à estimer les pertes de la filière. L’annonce du plan de soutien devait être réservée au Salon de l’agriculture, le temps de faire travailler les services du ministère des Finances, le temps aussi d’en référer à Bruxelles. Pourtant, dans la soirée du 23 février, le Premier ministre annonçait avoir décidé de mettre en œuvre un plan de 52 millions d’euros. Un budget qui s’ajoute aux 11 millions déjà annoncés (2,5 millions pour la communication, 5 millions pour les élevages et 3,5 millions pour financer du chômage partiel). « Cette décision est un premier signe positif » estimaient aussitôt la FNSEA et la Confédération française de l’aviculture (CFA). Mais cela ne doit pas « dédouaner les autorités européennes de leurs responsabilités financières », poursuivaient les syndicats, déçus par l’inaction de Bruxelles.

Le chef du gouvernement a précisé que 2 millions d’euros seraient consacrés à des campagnes d’information « pour encourager la consommation des volailles », 20 millions d’euros seraient consacrés à l’aide aux éleveurs et 30 millions d’euros à l’aide aux entreprises de la filière. Dominique de Villepin a sans doute voulu réagir rapidement à l’annonce de la présence soupçonnée du virus dans un élevage de 11 000 dindes dans le département de l’Ain. La confirmation de ce virus était attendue pour le vendredi 24 février.

40,8 millions d’euros de pertes par mois

Les besoins de la filière agricole sont considérables. Selon les calculs des professionnels, les pertes actuelles de la filière, sous le coup d’un effondrement de la consommation de volailles, sont évaluées à 40,8 millions d’euros par mois. La répartition est la suivante : 6 millions d’euros de pertes chez les éleveurs ; 5 millions chez les accouveurs ; 3,8 millions chez les producteurs d’aliments du bétail ; 26 millions d’euros chez les industriels. Depuis début novembre 2005, date à laquelle la consommation a commencé à baisser, ces pertes sont évaluées à 130 millions d’euros.

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Face à cela, un accord entre professionnels et pouvoirs publics semblait se dessiner le 23 février au matin sur la nature des mesures à prendre. Un groupe de travail devait en préciser les grandes lignes le 24 février. Il s’agit d’abord d’une puissante campagne d’information démontrant à quel point la consommation actuelle de viande de volailles est sans danger. C’est ce à quoi serviront les 2 millions d’euros annoncés par Dominique de Villepin. Ensuite, des indemnisations pour l’allongement des périodes de vide sanitaire dans les élevages pourraient être décidées. De même que des prises en charges d’intérêt ou des décalages de cotisations sociales, voire des aides à la trésorerie pour les jeunes investisseurs. Les 20 millions d’euros envisagés par le plan du 23 février devraient être consacrés à cet usage. Quant aux 30 millions d’euros orientés vers les entreprises, ils serviront aussi, selon certaines sources, à dégager le marché et à réguler et coordonner l’offre, une pratique peu courante dans ce secteur qui n’est pas parvenu à créer une interprofession.

Les volailles au salon

Dominique Bussereau veut aussi revenir à la charge auprès de l’Union européenne pour qu’elle augmente les subventions à l’exportation. « Je trouve choquant que l’Europe tergiverse autant », a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre du 23 février. Opinion partagée par Jean-Michel Lemétayer. Mais à Bruxelles, il faudra aussi demander le feu vert pour les aides à la filière. La France a en effet atteint le plafond des aides qu’il est possible d’accorder sans autorisation de Bruxelles. De fait, le travail continue pour mettre en place un mécanisme de soutien à la profession. Il devait se poursuivre

durant le Salon de l’agriculture. Dès son ouverture, le président de la République, Jacques Chirac, aura sans doute cherché à prononcer des mots assez forts pour rassurer une filière très mal en point et un monde agricole inquiet. Si les volailles étaient interdites cette année de salon, le dossier grippe aviaire s’annonçait, lui, ultra-présent.