L’alimentation sera au cœur de l’action de son ministère, a promis Bruno Le Maire en présentant ses voeux. Elle occupera le titre 1er de la loi de modernisation que vient d’adopter le gouvernement et qui se traduira par un programme triennal en faveur d’une meilleure nutrition, en particulier dans les cantines. La loi visera aussi la défense du revenu agricole via la contractualisation et le renforcement des interprofessions, quitte, selon le ministre, à faire évoluer le droit européen de la concurrence. Les PME agroalimentaires ne seront pas non plus oubliées : elles pourraient émarger à une partie des fonds tirés du grand emprunt.
Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a confirmé le 21 janvier la prochaine mise en place d’un programme national pour l’alimentation à partir duquel sera mieux comprise la nécessité de défendre résolument le secteur agricole, en grande difficulté en France, mais qui n’est pas forcément considéré comme un objectif prioritaire au niveau européen. S’exprimant lors de la cérémonie des vœux avec la presse, le ministre a affirmé sa volonté de « donner un sens politique à l’agriculture en mettant l’alimentation au cœur de notre action ». Il s’agit bien de rappeler que la finalité première de l’agriculture, c’est l’alimentation de tous les Français et des Européens.
Ce programme triennal, déjà annoncé lors de l’installation du Conseil national de l’alimentation(1), figure sous forme de grandes orientations en bonne place (au titre 1er) dans la prochaine loi de modernisation de l’agriculture (LMA) dont la discussion commencera après les élections régionales. Le ministre n’a pas précisé la date de lancement de ce programme mais on sait qu’il a saisi le CNA, qui regroupe des acteurs de la chaîne alimentaire du producteur au consommateur, lui demandant de constituer quatre groupes de travail pour lui remettre des propositions fin mai.
Le levier de la restauration collective
D’ores et déjà Bruno Le Maire précise que son action rejoint un enjeu géopolitique mondial (le milliard de malnutris), un enjeu de sécurité pour l’Europe et un enjeu social étant donné la montée de l’obésité chez les jeunes et dans les classes défavorisées.
Le premier axe de ce programme, c’est d’améliorer l’information et l’éducation des Français, parmi lesquels on décompte 6,5 millions d’obèses et 14,5 millions d’adultes en surpoids. Pour ce faire, le ministre souhaite faire « évoluer l’étiquetage » des produits alimentaires et fixer des « règles nutritionnelles » pour la restauration scolaire et universitaire. Il s’agit de leur donner force de la loi alors que ce sont aujourd’hui de simples recommandations issues d’une circulaire de 2001 que le ministre estime « peu connues et non respectées ».
Le programme vise aussi à promouvoir le modèle alimentaire français et à répondre à ses détracteurs qui brandissent les interdits les uns après les autres (sur le lait, la viande, …). « Si on écoutait tous les adversaires de nos régimes alimentaires, nous ne mangerions plus que quelques feuilles et racines », a ironisé Bruno Le Maire qui dit « aimer la bonne bouffe et manger de tout, de la viande, du poisson, des fromages… ».
Pour sensibiliser le public, il va inaugurer l’exposition « Bon appétit » qui s’ouvre à la Cité des Sciences et le stand du ministère au prochain Salon de l’agriculture sera consacré à l’alimentation, à un moment où sera lancé un site internet sur le sujet (alimentation.gouv.fr). De même, Bruno Le Maire veut étendre les journées du patrimoine à la gastronomie et organiser pour la Journée de l’Europe (9 mai) des manifestations spécifiques pour valoriser l’agriculture et l’art culinaire français. A la rentrée 2010, les pouvoirs publics comptent tripler l’ampleur de l’opération «un fruit pour la récré» en visant 1 million d’enfants (contre 350 000 aujourd’hui).
Circuits courts, bio, chasse au gaspi
Le ministre insiste par ailleurs sur la nécessité de faire évoluer la chaîne alimentaire, et ceci de trois façons : promouvoir les circuits courts, notamment dans la restauration collective, favoriser l’alimentation bio avec un objectif de 20 % d’aliments bio dans les collectivités du secteur public en 2012, et lutter contre les gaspillages (15 à 30 % de la production) par exemple en valorisant les invendus sur les MIN et les criées.
Modifier le droit européen de la concurrence
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L’alimentation étant remise au cœur du projet agricole français, il faut aussi, selon Bruno Le Maire, permettre aux producteurs de vivre de leurs revenus car « il n’est pas acceptable qu’ils soient la variable d’ajustement de la filière ». L’objectif de la loi d’orientation est ici de stabiliser le revenu par la contractualisation, par un système d’assurances plus performant, de renforcer l’Observatoire des prix et des marges « afin que le Parlement puisse tirer les conséquences pratiques des résultats de ses travaux », et de mieux répartir la valeur ajoutée au sein des filières en donnant plus de pouvoir aux interprofessions (quitte à modifier le droit européen de la concurrence).
Sur ce point le ministre a affirmé : « Quand les règles ne sont plus adaptées, l’option n’est pas de s’en satisfaire, ni non plus de s’en affranchir, mais il faut en changer », ce dont il se fait fort de convaincre nos partenaires.
Autre objectif, mieux prendre en compte l’impact économique des contraintes environnementales : le ministre proposera « avec Jean-Louis Borloo » que pour toute mesure nouvelle dans l’esprit du Grenelle une étude d’impact évalue son bénéfice réel pour la société mais aussi son impact économique pour la filière et que cette mesure soit mise en place « au même niveau chez nos voisins européens » afin d’éviter les distorsions de concurrence.
De l’argent du grand emprunt pour les PME agroalimentaires
Des mesures sont également annoncées pour préserver le capital agricole français et donc limiter la perte de terres agricoles (dispositions fiscales en faveur du foncier, observatoire national) et pour encourager la recherche appliquée et l’innovation : ainsi les fonds levés lors du grand emprunt permettront d’agir dans plusieurs directions, la recherche sur les liens entre alimentation et santé, le soutien aux biotechnologies, aux nouveaux types de propulsion des navires de pêche et aussi aux projets innovants des 10 000 PME de l’industrie agroalimentaire. « Il s’agit ici, a insisté le ministre, d’éviter que nos IAA, qui étaient à la première place en Europe en 2004 et ne sont plus qu’à la troisième en 2009, ne continuent à régresser à ce rythme ».
Europe : inversement de tendance
Plus disert encore sur le « pilier européen », le ministre se félicite d’avoir réussi en six mois à renverser la perspective puisque « l’Europe agricole était partie vers la libéralisation totale des marchés et que nous sommes revenus vers la régulation avec l’Appel de Paris du 10 décembre » après avoir rallié un à un nos partenaires sur le dossier du lait.
Le travail diplomatique sera poursuivi avec Londres puis avec le comité des ministres de l’agriculture de l’OCDE réuni à Paris lors du prochain Salon de l’agriculture.
Pour conclure, le ministre français estime pouvoir tirer argument de la régulation des marchés financiers et de la lutte contre le changement climatique pour convaincre de ce que la régulation en matière agricole est bien « le troisième grand enjeu mondial » aujourd’hui. Sachant que la volatilité est « insupportable pour les agriculteurs européens et encore plus pour ceux des pays en développement », et que les plus grands pays comme les USA, la Chine ou le Brésil augmentent leurs dépenses agricoles, il faut refuser toute renationalisation de la PAC et que l’Europe ait une Pac forte, avec un budget conséquent.
1. Cf Agra alimentation n° 2087 du 03.11.09 page Une