Un rapport demandé par le Premier ministre et présenté récemment au ministère de l’Agriculture pourrait relancer, s’il en est encore temps, des initiatives sur le terrain de la politique alimentaire et de la nutrition. Au bénéfice en tout cas d’une offre recentrée autant que possible sur les produits frais en l’état, ce qui relancerait des « circuits courts » porteurs d’un nouveau partage de la valeur ajoutée plus favorable aux producteurs. Maintes propositions du député Favennec ne sont pas totalement inédites, mais toutes réunies elles donneraient en tout cas du pain sur la planche à plusieurs ministres de l’Agriculture successifs. A condition toutefois que le souci d’une bonne nutrition des Français échappe à l’activisme un peu trop exclusif des industriels d’une part et … du ministère de la Santé de l’autre.
Comment redonner à l’agriculture « la place stratégique que sa fonction pourrait lui permettre d’exercer dans la chaîne alimentaire », c’est ce qu’a recherché le député de la Mayenne chargé par le Premier ministre de lui faire des propositions en tant que parlementaire en mission auprès du ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau. Yannick Favennec, dont le rapport vient d’être publié Filières de production et qualité nutritionnelle des aliments», rapport de la mission parlementaire conduite par Yannick Favennec,60 pages, dont certaines illustrées de photos du député de la Mayenne «sur le terrain»., dit avoir réfléchi depuis février dernier à « la contribution et à l’implication des filières agricoles et aquacoles dans la qualité nutritionnelle des aliments ». Cette thématique a été choisie, explique-t-il, pour compléter la politique de la qualité alimentaire conduite par le ministère et elle a ceci de singulier qu’elle privilégie très nettement l’offre de produits bruts comme vecteur d’une meilleure nutrition des Français.
Rééquilibrer l’offre
Certes, le rapporteur évite de forcer la note en précisant qu’« il ne s’agit pas d’opposer les produits bruts aux produits transformés, mais simplement de rééquilibrer l’offre (…), tout cela dans un souci de santé publique ».
Frappé de l’importance prise par les préoccupations de santé et de nutrition, le député en mission n’en a pas moins constaté que les agriculteurs « ne sentaient pas nécessaire leur implication dans l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments ». La raison ? En partie parce que celle-ci, tant pour les produits frais que pour les produits transformés, ne souffre pas de défauts majeurs, si l’on en croit l’AFSSA qui attribue plutôt les problèmes nutritionnels actuels (obésité, etc) à la déstructuration des repas.
Yannick Favennec s’inquiète en revanche de la tendance à « médicaliser l’acte alimentaire », ce qui est « source de comportements addictifs dangereux » dans un contexte de complexité et d’abondance de l’offre, voire de saturation, et alors que les nouveaux modes de vie génèrent ce fléau grandissant de l’obésité. Dès lors, le député estime que c’est aux producteurs d’agir et de nous ramener aux produits frais et bruts : ils sont « la base incontournable, selon lui, d’une alimentation saine ». Or, les agriculteurs, les « grands oubliés de ce combat » de santé publique, doivent être accompagnés par les pouvoirs publics pour faire face aux mutations qui s’opèrent. Le but désigné par le rapporteur c’est que, « sans déséquilibrer les filières », ils produisent davantage de denrées de qualité, tant au plan nutritionnel que sensoriel en s’appuyant sur le savoir-faire des terroirs. Et qu’ils se chargent eux-mêmes de promouvoir ce qu’il appelle l’ « Equilibre attitude ».
La mission Favennec a donc cherché à identifier des « clés » susceptibles de redonner de l’influence aux agriculteurs. Ainsi il faut que les producteurs – rémunérés le plus possible à la qualité – travaillent à une « plus juste qualité nutritionnelle, restaurent le goût, rendent plus accessibles leurs produits et communiquent mieux sur leurs qualités ». Au-delà, si l’on veut « améliorer l’offre dans son ensemble et mieux cibler les personnes défavorisées », il faudra « impliquer aussi tous les acteurs de la chaîne alimentaire en passant par les IAA et les distributeurs, mais aussi en établissant un véritable partenariat avec les medias ».
Faire participer le monde agricole au pilotage du PNNS
Que l’argumentation puisse ou non convaincre (car elle semble un peu décalée au vu des chiffres INSEE sur la part en baisse constante des aliments bruts dans nos assiettes), on retiendra de ce rapport plusieurs propositions quand même intéressantes pour toute la filière agroalimentaire.
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En tête figure une idée-force : « L’alimentation ne doit plus être l’affaire exclusive du ministère de la Santé ». C’est pourquoi le rapport – qui ne ménage pas ses critiques à l’encontre d’une partie du programme national nutrition-santé (PNNS) et juge inopportun d’apposer son logo sur des aliments donnés – propose que des représentants du monde agricole entrent dans son comité de pilotage, comité qui devrait même, selon Yannick Favennec, être directement rattaché au Premier ministre.
D’autre part, les produits agricoles ont beau être aujourd’hui de qualité satisfaisante, il reste quand même des marges de progrès (à travers la génétique animale et végétale, ou l’alimentation animale). De la recherche agronomique, le rapporteur attend donc un coup de pouce pour mieux conserver les caractéristiques nutritionnelles pendant les phases de première transformation et de mise en marché. Le rapport souligne en ce sens l’intérêt des outils existants qui permettent de développer les partenariats et le dialogue entre les chercheurs et les professionnels, notamment les pôles de compétitivité, pôles d’excellence rurale, groupements d’intérêt scientifique…
Eduquer et responsabiliser les consommateurs
De plus, la mission préconise une évolution de l’étiquetage nutritionnel afin de le rendre plus clair et plus lisible pour le consommateur. Cette amélioration doit permettre une meilleure information sur les aliments et encourager ainsi une alimentation variée et équilibrée. L’accessibilité des produits agricoles doit également être renforcée auprès de tous les publics, notamment les plus modestes. Yannick Favennec propose ici l’installation de distributeurs de fruits et légumes et de boissons à base de fruits, de lait et d’eau dans les écoles afin de promouvoir leur consommation auprès des jeunes. Au-delà, pour que tous les collégiens et lycéens soient sensibilisés à la qualité nutritionnelle, on pourrait étendre à l’ensemble du territoire l’opération menée en Provence, par exemple, où le Conseil régional finance, à hauteur d’un euro, un repas bio une fois par mois dans les lycées. Dans le même esprit, le député de la Mayenne défend l’idée de faire entrer les produits du terroir en restauration scolaire et hospitalière, mais cela supposerait, précise le rapport, de lever certains interdits inscrits aujourd’hui dans le code des marchés publics.
Un plan de travail ouvert… d’ici mai
Au total, le rapport prône des actions concertées entre les pouvoirs publics et les opérateurs économiques dans le cadre de la politique de la qualité alimentaire menée par le ministère de l’Agriculture. Il évoque la création (déjà maintes fois annoncée) d’un Observatoire de la qualité des aliments – il est promis pour avant les élections et a été inscrit, assure Yannick Favennec, au budget 2007 – et recommande la mise en œuvre d’une expertise socio-économique (telle que prônée par le CNA) pour éclairer le décideur public en complément des analyses des risques sanitaires que fait l’Afssa. Le rapprochement entre les producteurs et les consommateurs est également un enjeu fort, estime le rapport : les initiatives allant dans ce sens doivent être renforcées, que ce soit en termes de rencontres ou de communication.
Un plan de travail pour mettre en œuvre les propositions du rapport Favennec est actuellement en cours d’élaboration par les services du ministère, en lien avec les autres administrations et institutions concernées, a indiqué à la presse le député de Mayenne.
D’ores et déjà, des travaux sont lancés pour renforcer les outils de la politique de qualité alimentaire. Un diagnostic préalable à la création de l’Observatoire a notamment été confié à l’Inra en collaboration avec l’Afssa. Le ministère souhaite par ailleurs faire bénéficier l’ensemble des intervenants du domaine éducatif et social de l’expérience de l’enseignement du fait alimentaire dans ses établissements d’enseignement agricole. Un partenariat avec l’Institut national de la consommation (INC) est également envisagé afin de sensibiliser les consommateurs au lien entre alimentation et production agricole. Des rencontres entre les représentants des filières agricoles et aquacoles et des institutions agissant dans le domaine alimentaire (recherche, PNNS…) sont régulièrement organisées. Enfin, les démarches des producteurs pour rencontrer les consommateurs vont bénéficier du soutien du ministère telle la démarche « Forme en ferme ».