Les prix des grains ont enregistré de forts mouvements de hausse, comme à Chicago où le blé s'est retrouvé au plus haut depuis près de six mois. Une tendance liée aux excès de la météo, aussi bien en Europe de l'Ouest qu'en Amérique du Nord.
« En cette période de weather market, la volatilité fait son grand retour » sur les marchés du grain, relève dans une note la société de conseil Agritel. Un phénomène nourri par des conditions météorologiques extrêmes et inverses des deux côtés de l'Atlantique : la canicule en Europe, les inondations aux Etats-Unis.
Euronext connaît un véritable coup de chaud. Le prix du blé a franchi le seuil psychologique des 200 euros/tonne – pour atteindre jusqu'à 208,25 euros/tonne en cours de séance le 1er juillet – contre moins de 180 euros la tonne à mi-juin. Même tendance à Chicago, où les cours de la céréale ont « bondi de près de 18 % en seulement quatre jours d'échanges, soit sa plus forte hausse en si peu de temps depuis presque cinq ans », ont souligné les experts de Commerzbank. La volatilité est telle que la bourse américaine a décidé d'augmenter les dépôts de garantie sur plusieurs contrats, notamment pour le blé. D'exceptionnelles précipitations aux Etats-Unis ont favorisé le rebond des prix du maïs, du soja et surtout du blé, avec des craintes sur la qualité de la récolte. Il a trop plu sur une large zone dans le centre du pays. C'est au contraire un temps sec au Canada qui tire les cours du colza à la hausse. Au déficit hydrique s'ajoute en France un fort épisode de canicule, qui ampute les rendements, dans le cas du blé tendre entre autres, mais aussi altère la qualité, de l'orge de printemps en particulier, et fait craindre le pire pour le maïs, à l'approche de la phase critique de floraison.
Gare à El Niño
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Courtier chez Plantureux et Associés et fin observateur du marché, Edward de Saint-Denis relativise encore la menace pour le blé : « On attendait une récolte record autour de 38 millions de tonnes, elle sera plus vraisemblablement entre 37 et 37,5 millions de tonnes ». « On va perdre quelques pour cent, en poids et volume, avec ponctuellement quelques problèmes de teneur en protéines mais rien de très affolant, veut-il croire. Ça reste une bonne récolte. » Une autre menace se profile avec El Niño. Le phénomène climatique, aujourd'hui classé d'intensité modérée dans le Pacifique, pourrait mener potentiellement à « une considérable volatilité des prix » sur les marchés mondiaux agricoles, selon une étude de la Rabobank le 26 juin.
Le rebond des prix ne compensera pas le décrochage des rendements céréaliers avec la canicule, a estimé le 26 juin Agritel, qui prédit une troisième campagne difficile. « Les températures de plus de 30° en France sont une menace pour les rendements et la qualité de la production », déclare le DG Michel Portier, cité dans un communiqué. « Les marchés anticipent d'ores et déjà les dégâts : les cours du blé ont progressé de 5 % depuis le début de la semaine. » Selon Agritel, « les indicateurs restent au rouge » pour les céréaliers, qui subiront une campagne difficile pour la troisième année de suite. « Leur revenu 2015 pourrait demeurer comme en 2014 voisin des niveaux du salaire minimum », considère Michel Portier. « Le sursaut sur les marchés ne compensera pas la baisse des rendements français », prévient le communiqué. Une situation avantageuse pour les concurrents de la mer Noire, « qui bénéficient de bonnes conditions climatiques ».