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Logistique du froid Un réservoir d’économies pour les IAA

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150 ans après l’invention de la première machine frigorifique au monde, 70% de la production alimentaire en France passe par la chaîne du froid. Le marché européen du transport et de la logistique sous température dirigée représente aujourd’hui deux milliards de tonnes. Un demi-million de camions équipés d’un système embarqué de production de froid circule dans le monde, dont 20% en France. La logistique du froid se développe en parallèle des tendances de consommation : l’engouement des produits frais, l’essor des produits biologiques, du e-commerce et de la restauration hors-domicile particulièrement donnent naissance à de nouvelles problématiques. Les contraintes économiques, liées à la hausse de l’énergie, et les pressions environnementales vont entraîner un changement dans les pratiques actuelles. Si les acteurs de la logistique du froid développent de nouveaux métiers pour répondre aux exigences des industriels et des distributeurs, les IAA doivent se regrouper pour massifier les flux auprès d’un acteur logistique. C’est en tout cas le constat qui ressort d’une étude menée par le cabinet Newton Vaureal Consulting pour Oblog et STEF-TFE. L’enjeu est de taille : les coûts logistiques représentent 6 à 15% du prix de vente d’un produit.

La logistique du froid change de visage : les acteurs se concentrent, les flux se multiplient du fait du développement du marché des produits frais, les contraintes de temps, de coûts et environnementales se font plus pressantes. « Les PME agroalimentaires avaient intérêt hier à s’associer pour massifier leurs flux, demain elles y seront obligées », indique Thierry Courtiol, partenaire chez Newton Vaureal Consulting, qui a mené une étude auprès d’une cinquantaine d’acteurs européens de la filière du froid pour Oblog et STEF-TFE, à l’occasion de leur première université européenne du froid. Les acteurs de la logistique des produits frais devront être capable, à terme, de massifier des flux éclatés, sur l’ensemble de la chaîne, « car les gaspillages actuels ne seront plus tolérés demain sous la montée des pressions économiques et environnementales. Cela passera par une transformation en profondeur des schémas, opérations, processus et systèmes d’information de l’ensemble du dispositif logistique des produits frais agroalimentaires,… avec de nouvelles règles du jeu entre les acteurs de la chaîne, industriels, prestataires et distributeurs ».

Le frais multiplié par 2 en 10 ans

En 10 ans, le nombre de références de produits frais a plus que doublé, entraînant l’éclatement des flux logistiques et des contraintes plus importantes en terme de DLC. « Auparavant, les produits Loué étaient livrés deux à trois fois par semaine, maintenant ils sont livrés tous les six jours en A pour C. De plus, les produits à faible rotation posent les mêmes contraintes logistiques que les autres produits », précise Thierry Courtiol. Accompagné de l’essor de nouveaux marchés, tels que le e-commerce, les produits biologiques et la restauration hors domicile, cette tendance a complexifié le métier de la logistique ces dix dernières années. A tel point que, « beaucoup de camions ne sont pas pleins. On transporte aujourd’hui beaucoup de vide et de bois », affirme Thierry Courtiol. La distance moyenne parcourue par un kilo de produits frais est estimée à 140 kilomètres, portant à 60 millions de tonnes par kilomètre le poids des produits frais transportés en Europe. En outre, le transport multiplie par 2,5 le poids du produit lui-même. Ainsi, dans l’Europe à 27, ce sont 430 millions de tonnes de produits qui ont été transportés, pour une consommation de 72 millions de tonnes. L’atomicité du secteur agroalimentaire français multiplie les flux de marchandises dans l’Hexagone. Rappelons qu’il existe 10 562 entreprises en France, dont plus de 70 % sont des PME de moins de 20 salariés réalisant 5% du chiffre d’affaires total du secteur (145 Mds EUR en 2006).

6 à 15 % du prix de vente

Au delà de l’enjeu environnemental évident, il existe un «gisement d’économies» pour les IAA. Le coût logistique représente entre 6 et 15% du prix de vente du produit. « La réduction globale du coût logistique pourrait se faire par une meilleure intégration des différents maillons de la chaîne. La structure de coût va être rendue de plus en plus transparente, il y a un véritable gisement d’économies logistiques », indique Thierry Courtiol. En pleine réforme de la loi Galland, il propose notamment que les frais logistiques soient retirés des conditions générales de vente. « Les coûts logistiques peuvent faire l’objet d’une optimisation conjointe entre industriels et distributeurs sur la base d’une meilleure transparence des coûts à travers des systèmes de comptabilité analytique ou de tableaux de bord de performance adaptés ». La transformation de la filière passerait également par la levée de verrous juridiques qui contrecarrent sa modernisation et sa rationalisation.

Des schémas plus intégrés

« Gagner durablement la bataille de la massification en temps réel des flux de froid passe par de meilleures prévisions sur toute la chaîne », souligne un acteur interrogé par le cabinet d’étude. En effet, certains industriels mettent en exergue le manque d’information de la part des distributeurs, notamment dans le cas de la mise en place de promotion. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication seront un puissant levier d’optimisation du pilotage des flux pour une meilleure utilisation des moyens logistiques. « Le froid est une logistique de l’urgence. Les schémas logistiques devraient être plus intégrés et les acteurs devraient collaborés davantage. Les nouvelles technologies nous le permettent désormais », note Thierry Courtiol. Après avoir longtemps travaillé avec Cap Gemini, STEF-TFE a finalement décidé de développer son propre logiciel de gestion des flux d’information, baptisé « Trafic Management System ». Le groupe l’implante petit à petit à l’ensemble de ses activités : sa filiale Tradimar sera équipée d’ici à la fin de l’année 2008, et ses filiales étrangères à partir de 2009.

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« Au vu des marges très faibles, la mise en place de la RFID, l’automatisation des entrepôts et le transport tri-températures ne sont pas une priorité », selon Thierry Courtiol. En revanche, une meilleure gestion des flux d’information au cœur de l’entreprise et entre les différents maillons de la chaîne de l’amont à l’aval reste un enjeu majeur. Jusqu’à présent exécutant, le prestataire logistique deviendrait partenaire, ayant un rôle à jouer dans ces changements à venir. Ce dernier assurerait un rôle charnière entre le distributeur et le fournisseur. « Pour que le prestataire logistique puisse être organisateur et pilote de flux pour ses clients, il faut revoir le cadre juridique de gouvernance afin de permettre au prestataire de passer d’un statut de mandataire à celui de commissionnaire », indique un acteur. En fait, il s’agit de l’émergence d’un nouveau métier, celui de pilote de flux. Ouvert vers l’extérieur, il permet le partage d’information entre le distributeur et le fournisseur pour sécuriser la qualité, le coût et la quantité du transport. L’intégration du pilotage vertical de flux dans l’agroalimentaire fera partie des initiatives qui se développeront à terme.

Concentration des acteurs du transport

Même si les différents pays européens présentent des modes d’action et des schémas différents, certains acteurs estiment que l’Europe du froid est en train de se construire. « La forte disparité des coûts de stockage entre les différents pays européens nous amène de plus en plus à concevoir nos schémas d’entreposage au niveau européen », indique un intervenant lors de l’enquête. Certains acteurs pensent que la logistique du froid est en passe de franchir un nouveau cap, où ils pourront harmoniser leurs outils et leurs schémas logistiques d’un pays à un autre, d’une gamme de produits à une autre. « Désormais, notre limite de sourcing, c’est la planète : on peut acheter tous les produits toute l’année n’importe quand grâce à la mondialisation », note un acteur.

Tout comme dans l’industrie, les mouvements de concentration se poursuivent entre les prestataires logistiques. Le groupe néerlandais Ebrex a repris, au début de l’année, le réseau Nexia mis en redressement judiciaire Cf Agra alimentation n°2007 du 07/02/2008 page 38. En 2006, STEF-TFE a acquis le groupe Cryologistic (ex-Frigoscandia France) et l’italien Cavalieri, doublant ses activités dans le grand froid. La société de transports ARC a été reprise par le groupe suisse Küehne + Nagel. Plus récemment, le groupe français Norbert Dentressangle a réalisé l’acquisition du britannique Christian Salvesen (un CA de 457 M de livres dans la logistique alimentaire) afin de se diversifier dans la logistique du froid.