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Prix mondiaux des grains Un scénario baissier mis à mal

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Après une année 2012 de surchauffe des prix, les céréaliers du monde entier ont décidé de semer à tour de bras. C’est donc un scénario baissier qui a pris le relais. Le marché s’est focalisé sur la perspective d’une récolte record en 2013, estimée à 1 906 millions de tonnes par le Conseil international des céréales (CIC). Mais la persistance d’une météo très défavorable dans nombre de bassins de production a fini par ébranler la confiance des opérateurs. De récentes tensions apparaissent sur les prix. Ils partent d’un niveau élevé, supérieur à celui de la précédente campagne, d’une bonne vingtaine d’euros la tonne pour le blé rendu Rouen. Et si un décrochage des cours existe pour la récolte à venir, reste à savoir jusqu’où le scénario de baisse peut aller. D’un côté, les maïsiculteurs s’inquiètent de pouvoir couvrir leurs coûts de production. De l’autre, les utilisateurs de grains comptent sur un allègement de leurs factures d’achat.

Les yeux rivés sur la météo. Malgré les promesses d’une récolte céréalière record dans le monde en 2013, les opérateurs montrent davantage de fébrilité. C’est le « weather market », période de volatilité accrue sur les marchés. « Il y a encore une semaine, l’optimisme était de mise, raconte François Luguenot, responsable de l’analyse des marchés chez InVivo. Tous les acteurs avaient les yeux de Chimène pour les prévisions d’offre, jugée abondante. Une pointe d’inquiétude s’exprime depuis quelques jours. » Le scénario de baisse des cours est mis à mal. Un rapport du Conseil international des céréales (CIC), publié le 25 avril, vient pourtant le conforter. La production mondiale de maïs doit progresser à 939 millions de tonnes (Mt) pour la campagne 2013/2014, soit 10 % de plus par rapport à la précédente. En blé, la hausse attendue est plus modérée (+4 %), pour une récolte attendue à 680 Mt. Mais, pour atteindre ces chiffres, « une course contre la montre est engagée dans les grands pays céréaliers, puisque la fenêtre idéale pour les derniers travaux d’ensemencement va du 20 avril au 10 mai, sous peine d’un affaiblissement des rendements », avertit Pierre-Antoine Allard, consultant chez Agritel. Sur la plupart de ces zones pour l’instant, la météo joue les prolongations hivernales et rechigne encore à dispenser l’ensoleillement et la chaleur nécessaires à une avancée satisfaisante des semis.

Des marchés à l’affût de la moindre alerte

« L’opinion baissière des opérateurs en blé, maïs, soja était fondée, mais prématurée, poursuit François Luguenot. Aujourd’hui, leur attention se porte sur les facteurs de risque. La crainte vient plus des Etats-Unis sur le maïs, de la mer Noire concernant le blé, que de l’Europe. » Dans la Corn Belt, grande région céréalière américaine, les semis de printemps n’ont pas encore débuté dans certains États. Le retard national s’accentue, particulièrement en maïs avec fin avril à peine 5 % des surfaces habituelles, d’après les tableaux fournis le 29 avril par les autorités de l’USDA. Une météo restant froide et pluvieuse explique cette mauvaise performance, à rapprocher des 49 % de semis effectués l’an passé à la même date, ou 31 % en moyenne quinquennale (2008-2012), d’après ce rapport hebdomadaire. La situation est tout aussi mauvaise pour le blé de printemps, avec seulement 12 % des surfaces habituelles semées aux Etats-Unis contre 70 % fin avril 2012.
Autour de la mer Noire, c’est au contraire une vague de chaleur qui alimente des craintes de stress hydrique pour les cultures. Résultat, les spéculateurs reviennent sur les marchés agricoles. « Après avoir beaucoup vendu suivant le pari d’une reconstitution des stocks mondiaux, les fonds sont incités à racheter leurs positions à la moindre alerte », note Alexandre Marie, responsable de l’analyse des marchés chez Vivescia.

Le maïs proche de son coût de production

Cette situation des marchés appelle une vigilance accrue des céréaliers. L’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) s’interroge : « Où s’arrêtera la tendance baissière ? » Dans son dernier bulletin, l’association met en exergue le fort recul des prix du maïs depuis l’automne dernier. Au point que le décrochage entre ancienne et nouvelle récolte (sur Euronext au 29 avril : 216 euros/t échéance juin 2013 contre 190,50 euros/t échéance novembre 2013) conduit à un prix payé au producteur autour de 175 euros/t. Alors que l’étude maïs 2020, menée par l’AGPM, Arvalis et Unigrains, précisait que le coût complet de production d’une tonne de maïs grain s’établissait entre 150 et 170 euros/t en moyenne, et ce, sur un panel de 11 fermes type françaises. L’AGPM souligne que le bilan maïs européen pourrait s’alourdir significativement en fin de campagne dans l’hypothèse d’une productivité au rendez-vous. Conséquence, les exportations hors UE joueraient un rôle clé pour l’équilibre du marché. C’est ce que semblent d’ailleurs refléter les cotations en nouvelle récolte. Pour rafler des marchés sur les pays tiers, les pays de la mer Noire, Roumanie et Bulgarie notamment, proposent des offres hyper compétitives, signe d’une volonté de lancer les hostilités. « Le maïs ukrainien est très offensif vers l’Europe du Sud, souligne Philippe Clavé, directeur Céréales de Maïsadour. Par rapport à l’origine française, il est 11 euros/t moins cher sur des livraisons en juin dans les ports au Portugal. »

Un potentiel de rebond des cours limité

Le retard de semis de maïs aux Etats-Unis peut-il bousculer le scénario ? « Pour l’instant, rien de dramatique, estime François Luguenot. Les farmers peuvent emblaver rapidement une surface considérable, grâce à une forte mécanisation. » Reste qu’à force de décaler le calendrier, le potentiel de récolte s’amoindrit. Le 15 mai est souvent considéré comme une date butoir. « Nous sommes désormais dans la dernière ligne droite de la fenêtre optimale des semis de maïs », relève Inter-Courtage dans une note. Même si « la fameuse date du 15 mai peut être nuancée, les pertes de rendement sont d’ores et déjà attendues. » Une situation qui pourrait conduire des agriculteurs américains à semer du soja plutôt que du maïs. Le potentiel de rebond des prix céréaliers apparaît toutefois limité. « On se trouve dans un scénario baissier qui arrange les gouvernements, avance Damien Vercambre, chez Inter-Courtage. Vu la crise économique, mieux vaut avoir des matières premières pas trop chères. » Les stocks mondiaux, souvent extrêmement bas, apportent un bémol. Cela augmente les risques de volatilité. « Depuis quelques années, le marché s’habitue à fonctionner avec des stocks mondiaux plus faibles », observe Philippe Clavé.

Vers une détente des prix pour les oléagineux

Côté oléagineux, « des perspectives baissières à long terme » sont mises en avant dans la dernière lettre Offre & Demande Agricole (ODA). Le marché du soja, qui entraîne le colza dans son sillage, reste influencé à court terme par les difficultés logistiques du Brésil sur l’export et le retard de la récolte argentine pour cause de météo. D’où une fermeté des prix, qui freine certains achats. Mais l’importance de la production sud-américaine finira par faire pression sur les cours. À moins que l’épidémie de grippe aviaire en Chine ne fasse chuter la demande.

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