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Prospectives Une agriculture mondiale à deux vitesses d’ici 2020

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Si le consommateur français et européen est de plus en plus attaché à la traçabilité des produits alimentaires qu’il consomme, notamment suite aux différentes crises sanitaires ou fraudes alimentaires, celui des pays en voie de développement a surtout une faim croissante de produits bon marché. Au nord, l’offre se segmente, au sud elle se massifie et s’oriente sur les commodités agricoles. Tel est le constat présenté lors d’une conférence organisée par Agritel le 26 février au Salon international du machinisme agricole (Sima).

Les priorités du consommateur français sont passées du « je consomme donc je suis » dans les années 2000 au « je consomme donc je pense » du consom’acteur de 2010, a expliqué Franck Coste, directeur général adjoint de la coopérative Vivescia. Il s’exprimait lors d’un colloque organisé par Agritel au Salon international du machinisme agricole (Sima) le 26 février.

Vers une segmentation de marché en Europe

« Dans les années 2000, le goût et l’apparence des produits alimentaires motivaient les actes d’achat des consommateurs, en 2010, le prix, le respect de l’environnement et l’origine des produits sont les leitmotive de consommateurs en proie à de nombreux doutes », selon Franck Coste. D’après lui, une perte de confiance généralisée des consommateurs vis-à-vis de leur environnement a amené les industriels à changer de discours. En Europe, l’accent est mis sur le traçabilité, les labels, la qualité ou l’aspect santé des produits alimentaires. « On est passé de l’achat de commodités (matières premières agricoles non différenciées), à des produits ayant un traitement spécifique », a souligné Franck Coste. Selon lui, « les consommateurs ont besoin de plus d’informations directes, de compréhension et de preuves au sujet de leurs alimentation ». « D’ici vingt à trente ans, les marchés des commodités céréalières vont se segmenter, se labelliser », a déclaré Franck Coste, indiquant que les coopératives devaient s’adapter pour répondre à ces attentes. Si les préoccupations environnementales des consommateurs européens soutiennent cette théorie, incitant Vivescia à développer son offre en produits tracés du champ à l’assiette via une intégration des outils de transformation, les bassins de consommation en croissance que sont l’Asie et l’Afrique, n’en sont pas là.

Les pays en développement demandent encore des commodités

« Le monde a faim et aura de plus en plus faim », a déclaré Charles Vilgrain, directeur général d’Agrogénération, en faisant référence à la croissance démographique des pays en voie de développement. Il a d’ailleurs fait le pari de fournir en commodités agricoles ces nouveaux consommateurs, dont la diète carnée est en forte progression, en allant produire des grandes cultures en Ukraine et en Argentine. Selon lui, avec la hausse de la demande mondiale en céréales, la mer Noire et l’Amérique du sud sont les zones où la progression des productions agricoles devrait être la plus forte dans les prochaines années. Selon lui, ces zones géographiques auront davantage vocation à alimenter les marchés dont la demande en commodités agricoles est croissante que l’Europe. En effet, surtout en Ukraine, le faible niveau d’investissement dans les exploitations agricoles laisse d’importantes marges de progression au niveau des rendements. Pour Charles Vilgrain, l’Argentine et l’Ukraine ont aussi d’importants avantages pédoclimatiques avec des sols fertiles et un climat plutôt stable. Ces pays offrent aussi la possibilité de réaliser des économies d’échelle en cultivant plusieurs milliers d’hectares sur une zone et ainsi d’optimiser l’utilisation du matériel agricole. Cependant, Charles Vilgrain a souligné les risques politiques de ces pays sur la possibilité pour des étrangers d’y exploiter la terre ou sur la fiscalité affectant les entrepreneurs, notamment les taxes fluctuantes à l’exportation de céréales en Argentine. Enfin, pour Michel Portier, directeur d’Agritel, dans ce contexte la France et l’Europe ont intérêt à alimenter leurs marchés intérieurs et de proximité, comme celui du Maghreb, plutôt que de se confronter aux concurrents de la mer Noire ou d’Amérique du sud sur d’autres marchés .

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