À l'occasion de leur assemblée générale commune, les interprofessions des volailles de chair se sont montrées optimistes au sujet de leur avenir, malgré les difficultés. Même si les importations de poulet continuent d'augmenter en 2014 (+1,3%), la croissance de la consommation française (+4,5%) profite pour la deuxième année consécutive à la production nationale. De son côté, le grand export a souffert de l'arrêt des restitutions, mais le groupe Doux renoue en 2015 avec la croissance de ses abattages.
Certes, 2014 ne sera pas l'année de la reconquête du marché intérieur, appelée des vœux de toute l'interprofession de la volaille depuis plusieurs mois. Certes l'arrêt des restitutions à l'export a largement grevé la production de poulet en 2014. Mais à l'heure du bilan, les différentes interprofessions volaille de chair, réunies à Angers le 22 avril, se sont montrées optimistes sur leur avenir. « Est-ce la fin du France poultry bashing ? Peut-être », estime le président de la Fédération des industriels de la volaille (FIA), Gilles Huttepain. Le redressement de Doux, l'augmentation des marges des éleveurs, le rapprochement de LDC et Sofiproteol et les récentes mesures du ministère de l'Agriculture en faveur de la modernisation des bâtiments (création du régime de déclaration), font dire aux opérateurs que la filière est sur de bons rails. « Nous voyons des entreprises qui se bougent, des éleveurs qui retrouvent une dynamique, lancent des projets », s'est réjoui le président de la Confédération française de l'aviculture CFA Jean-Michel Schaeffer. « Nous sommes sur une dynamique positive », confirme Gilles Huttepain. Les opérateurs n'ont toutefois pas manqué d'observer que les importations de poulet ont continué d'augmenter (+1,3% par rapport à 2013), particulièrement en provenance de Pologne (+ 13 000 tonnes équivalent carcasse ; voir encadré), d'Espagne (+ 3 000 tec) et d'Allemagne (+ 3 000 tec). Mais la progression des abattages français destinés à approvisionner le marché national est en hausse, remarquent-ils (+2,7%, soit près de 35000 tonnes) ; la production française profite, pour la deuxième année consécutive, de la consommation en hausse (+4,5%). Au bilan, la production française de poulet est globalement en baisse (-3%, soit 31 000 tec), liée à la diminution des exportations vers l'UE (-4,4%), mais surtout des exportations vers les pays tiers (-12,6%), autrement dit du grand export.
Doux redémarre
Pour le poulet grand export, 2014 fut un tournant. Les deux entreprises concernées, Tilly-Sabco et Doux ont dû trouver un nouveau modèle économique viable sans restitutions à l'exportation, et le bilan est contrasté. En cessation de paiement en septembre 2014, Tilly Sabco a sombré avant d'être repris par un trio formé des sociétés Olmix et MS Food et de la CCI de Morlaix, qui relance l'entreprise sur un modèle économique composé de viande halal, grand export et poulet nourri aux algues. L'autre spécialiste, Doux, s'en est mieux sorti, et prévoit une hausse de ses volumes de 6 à 8% en 2015, après avoir terminé l'année 2014 à +3%, a annoncé le président de son directoire Arnaud Marion. Le groupe se redresse à la faveur d'une parité euro-dollar plus favorable à l'export, 1,07 actuellement contre 1,37 sur l'année 2014. « Mais pas seulement », précise Arnaud Marion. Doux avance des efforts importants sur ses coûts de production ; il estime que, hors variations monétaires, l'écart de coût de production avec le Brésil est passé de 260 €/t en faveur du Brésil en janvier 2012 à 40€ en faveur de Doux aujourd'hui. « Nous avons la chance d'avoir une politique accommodante de la BCE, de quantitative easing depuis mars, et pour encore 18 mois », a expliqué Arnaud Marion, avant de plaider pour que l'on trouve des solutions pour affronter les variations des taux de change, avant que les vents favorables ne se retournent.
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« La volaille est la viande qui se développera le plus, et s'il ne devait en rester qu'une, ce serait la volaille », a lancé Christian Renault, consultant au cabinet de conseil AND International, le 22 avril devant les représentants des interprofessions des volailles de chair. « C'est la viande universelle, adaptée à la démographie et l'environnement ». Selon les chiffres présentés, la production mondiale s'accroît chaque année de l'équivalent d'une France, et s'étend partout dans le monde. « Chaque pays du monde pourrait produire sa volaille, à l'exception de zones extrêmes qui ne disposent pas suffisamment d'eau ou de céréales ». Les zones où la production s'est développée le plus fortement entre 2002 et 2012 sont la zone « Turquie + pays de l'ex-Communauté des États indépendants » (multipliée par trois), la zone « Inde - Pakistan » (doublement) et l'Amérique du sud (multipliée par 1,6).
La Pologne est devenue en 2014 le pays d'Europe où l'on abat le plus de volailles, a expliqué Christian Renault, consultant au cabinet de conseil AND International, le 22 avril. Le pays a doublé ses abattages entre 2004 et 2014. Durant la même période, la France a vu ses abattages légèrement décliner, la Grande-Bretagne se stabiliser, l'Allemagne et l'Espagne augmenter d'environ 50%. Les coûts de production du poulet vif sont de 1,35€ le kilo en Pologne, de 1,43€ le kilo en Allemagne, et de 1,46€ le kilo en France, qui se classe troisième dans le classement des coûts de production les plus élevés en Europe derrière l'Italie et la Grande-Bretagne.