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Volaille/ Résultats Une année record pour Doux

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Résultat opérationnel courant à 52,3 millions d’euros, Ebitda à 112 millions d’euros, chiffre d’affaires en hausse de 13,3 %... Doux vient de connaître une année exceptionnelle, après un exercice 2007 plus compliqué. Le premier producteur européen de volaille doit sa réussite à de nombreux facteurs, notamment sa présence internationale, ses multiples innovations, et la réorganisation de son outil industriel. Difficile toutefois de savoir de quoi l’avenir de ce groupe qui détient des outils de production en France, en Allemagne, et au Brésil sera fait. Les mois prochains nous diront quel rôle jouera Doux dans la concentration du secteur de la volaille et s’il doit craindre la fin des restitutions aux exportations de la PAC, dont il est le premier bénéficiaire avec 62 millions d’euros.

Le groupe Doux, premier producteur européen de volaille, vient de connaître une excellente année 2008. Son résultat opérationnel courant s’est établi à 52,3 millions d’euros, contre une perte de 7 M EUR en 2007. Son Ebitda a quant a lui doublé depuis cinq ans et s’est établi à 112 millions d’euros. Doux doit ses bons résultats à plusieurs facteurs, notamment l’augmentation de son chiffre d’affaires, qui a atteint 1,7 milliard d’euros, soit une hausse de 13,3 % par rapport à 2007. Cette progression est due en grande partie à la hausse de 3,5 % des volumes, qui ont atteint 1 million de tonnes. En trois ans, le chiffre d’affaires de Doux a progressé de 27 %. Le grand export a une part importante dans la réussite du groupe : les ventes sur ce marché se sont établies à 836 millions d’euros contre 581 millions d’euros en 2007, soit une hausse de 41,5 % !

Profiter de la hausse de la consommation mondiale

Doux exporte vers le Moyen-Orient (430 M EUR), vers la Russie (121 M EUR), et l’Amérique (76 M EUR), hors marché intérieur brésilien où le groupe réalise 107 millions d’euros (+6 %) avec son outil de production basé là-bas. Au Brésil, Doux a bénéficié du succès de la redéfinition de sa marque LeBon (qui remplace la marque Doux pour des raisons de prononciation), et de l’extension de son offre vers de nouveaux segments de marché, comme notamment des offres de pizza et de mortadelles. « Nous bénéficions de la forte pression démographique mondiale et de la hausse de la consommation de volailles », se félicite Guy Odri, directeur général délégué du groupe Doux. La consommation de viande a notamment progressé en Russie et en Amérique latine grâce à la croissance des revenus. Globalement, les échanges internationaux on atteint 11 % de la production mondiale, qui a progressé de 4 % l’année dernière, avec une prépondérance des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Doux est aujourd’hui le seul acteur majeur de la volaille à avoir des capacités de production et de transformation sur deux continents. En Europe, le groupe détient des usines en France et en Allemagne. En Amérique, il a une unité de production au Brésil. Globalement, le groupe commercialise ses produits dans 130 pays sur les cinq continents.

Des facteurs limitants

En France, la situation est moins brillante mais le groupe se tient bien : son chiffre d’affaires y a progressé de 0,5 % et a atteint 565 millions d’euros (soit 34 % du chiffre d’affaires global du groupe). Hors France, le chiffre d’affaires de Doux dans l’Union européenne s’est établi à 213 millions d’euros. La consommation de volailles et de produits élaborés a reculé de 3,3 % (- 3,7 % pour la viande en général) en France, ce qui pose des difficultés à Doux, d’autant plus que les consommateurs se reportent de plus en plus vers les MDD et les premiers prix. Par ailleurs, Doux subit un facteur limitant : l’accès au vif, dont les coûts augmentent. Pour pousser les jeunes éleveurs à se lancer dans la volaille, à reprendre des exploitations de retraités, Doux leur propose un petit plus lors de leurs débuts (pendant environ cinq ans), ce qui représente un investissement global de 2 millions d’euros pour le groupe.

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Réorganisation industrielle

Malgré le ralentissement de la croissance des ventes du groupe Doux à partir de la fin de l’année dernière, Guy Odri reste très confiant. « La viande de volaille a beaucoup d’atouts. Elle est facilement transformable, peu chère, a de nombreuses qualités nutritionnelles et sa consommation n’est limitée par aucune barrière religieuse », souligne-t-il, avant d’assurer : « Dans 10 ans, la volaille sera la viande la plus consommée ». Doux a également bénéficié de sa réorganisation industrielle : le groupe a concentré son outil industriel en fermant deux sites à la fin de l’année dernière à Locminé (56) et Le Châtelet (18), dont les effets positifs sur les résultats ne se feront pleinement sentir qu’en 2009. « Nous avons fermé des sites pour réduire nos coûts et augmenter notre compétitivité. Notre production n’a pas baissé », tient à préciser Guy Odri. Le groupe a également cédé l’année dernière son activité canard en France, qui n’était pas rentable, et sa filiale espagnole dont la rentabilité avait baissé à cause de la dégradation du marché espagnol. Au sujet de possibles cessions d’actifs en 2009 en France, Guy Odri affirme : « Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Nous avons déjà bien massifié notre production et il n’y a pas de sites que nous ayons en particulier envie de restructurer. Mais je n’hésiterai pas une seconde à restructurer une affaire qui perd de l’argent ».

Poursuivre les innovations

En 2009, Le groupe va continuer à s’étendre à l’export et compte notamment prendre des positions en Irak et en Iran. En Arabie saoudite, Doux détient déjà 45 % de parts de marché (contre 25 % en 2007) et 50 % de parts de marché aux Emirats arabes unis. A l’export, le groupe compte notamment sur l’efficacité de sa communication basée sur les qualités françaises de ses produits. Doux va lancer de nouveaux produits à l’étranger, notamment une gamme de produits élaborés (nuggets, escalope panée, burger de poulet) au Moyen-Orient et une nouvelle offre de produits de volailles panés et de pâtés au Brésil. Globalement, les produits élaborés représentent 30 % du chiffre d’affaires du groupe. En France, le groupe innove également, en lançant la gamme « Idées du Jardin » (des panés aux légumes à destination des enfants).

Un avenir incertain

A l’avenir, Doux pourrait pâtir de la fin des restitutions à l’exportation de l’Union européenne. « Nous sommes vigilants sur ce sujet, mais je ne sais pas quand cela arrivera », affirme Guy Odri, en précisant que ces restitutions sont « epsilonesques par rapport aux autres aides de la Pac », et qu’elles ne constituent pas des aides, mais une compensation aux écarts de change euro/dollar et aux distorsions de concurrence. Avec 62 millions d’euros reçus de l’Union européenne, Doux est à la tête du classement des plus grands bénéficiaires de la Pac « Exporter est un vrai métier, nous ne faisons pas cela pour recevoir des aides. Notre présence dans 130 pays est le fruit de beaucoup de travail et d’une longue expérience », insiste Guy Odri. En France, l’avenir est également incertain. Le secteur français de la volaille est en phase de concentration, avec notamment l’annonce de la négociation exclusive entre LDC et Arrivé. « Je m’interroge sur l’espérance de vie des petites structures. Plusieurs concentrations sont en cours », affirme Guy Odri, avant d’ajouter : « J’ai beaucoup de respect pour la stratégie de LDC, mais je ne suis pas sûr que la grande distribution apprécie la concentration du secteur au sein d’une seule main (…) Nous ne sommes pas à vendre, mais sur un marché tout s’achète et tout se vend ».