Avec le soutien d’Interchanvre, l’association Santé France cannabis s’est constituée pour soutenir la création d’une filière française de production indoor de cannabis à usage médical. Le temps presse. Le marché des produits à base de chanvre pour la pharmacie se développe très vite dans le monde, mais la France dépend à 100 % de l’importation.
Alors que l’expérimentation de mise à disposition de médicaments à base de cannabis sativa a débuté en France en mars pour s’achever dans deux ans, Santé France cannabis, association créée le 10 mai, entend soutenir l’essor d’une filière française du cannabis à usage médical ; elle constate que « l’environnement légal pour la création d’une filière française tarde à être discuté », explique-t-elle dans un communiqué.
« Pour des raisons de cadre réglementaire, les porteurs de projets de cannabis médical français ne peuvent pas participer à l’expérimentation de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) », rappelle l’association. Pour l’expérimentation en cours, les fleurs de chanvre sont importées du Canada, d’Australie et d’Israël. La filière française est encore dans une phase de recherche et développement qu’elle espère achever d’ici 2023, ce qui correspondra à la fin de l’expérimentation, et probablement à la généralisation de la prescription attendue fin du premier trimestre 2023.
Au préalable, la filière a besoin d’une autorisation de la récolte de fleurs en France, pour laquelle le gouvernement doit faire paraître un texte au courant du premier semestre. Une autre filière attend également ce feu vert, celle du cannabidiol, ou CBD (relaxant non psychoactif).
Un long travail de définition
« Une grande partie du travail à faire est d’ordre réglementaire, pour définir les cahiers des charges de production, de transformation et de prescription de médicaments », précise le président de Santé France cannabis, Yves Christol, par ailleurs dirigeant de CanMed SAS, société de R & D sur le cannabis médical.
Si les cahiers des charges sont si complexes à élaborer, c’est parce que le dosage et la fonctionnalité des molécules n’admet aucun écart. Pour arriver à produire des médicaments à diffusion rapide ou lente dans les organismes des patients, il faut que le chanvre soit cultivé dans des conditions extrêmement précises.
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La fleur de chanvre doit être d’une pureté irréprochable : pas de moisissures altérant cannabinoïdes et terpènes, pas d’interférences moléculaires avec des pesticides. L’aspect agronomique à lui seul est tout nouveau pour une production agricole : la production de fleur de chanvre est réalisée sous atmosphère climatisée, sous lampes led, avec quatre à cinq récoltes par an. « En production “in door”, on recrée les conditions de température voulues et les cycles de jours, on irrigue au goutte-à-goutte et on fournit tous les éléments de fertilisation requis », ajoute Yves Christol.
Course contre la montre
À la technicité de la production, de la transformation et de la formulation, s’ajoute la complexité de la communication entre les métiers : des professionnels aussi différents que des agronomes et des pharmaciens doivent se coordonner, fait remarquer Yves Christol. L’étape de production de fleurs de chanvre ne commencera qu’une fois les étapes de R & D validées, c’est-à-dire pas avant le printemps 2023. Les professionnels veulent éviter que les délais s’allongent encore.
D’où l’association nouvellement constituée. Celle-ci est soutenue par InterChanvre, l’interprofession du chanvre. Elle rassemble des spécialistes du cannabis à usage médical, des développeurs et des fabricants pharmaceutiques. La filière naissante est impatiente de prendre son envol. Le potentiel est d’au moins 300 000 patients dans un premier temps, mais il peut être élargi à un million et demi de personnes, selon le président de Santé France cannabis.
Haute valeur ajoutée
« Le marché médical se compte non pas en tonnes, mais en kilos de fleurs de chanvre destinées au broyage ou à l’extraction, et les surfaces non pas en hectares mais en mètres carrés », explique Frantz Deschamps, secrétaire général de l’association et président de Stanipharm, entreprise de fabrication de médicaments. Une fois récoltée, la fleur peut être transformée de deux façons : elle est soit séchée, puis broyée ; soit on en tire des extraits qui sont destinés à être vaporisés pour l’inhalation par les patients, principalement à des fins antalgiques.
Malgré ces petits volumes, la filière du chanvre est intéressée par le cannabis à usage médical car c’est un segment de marché à haute valeur ajoutée et en croissance qui s’ajoute aux débouchés classiques du papier, du textile, des matériaux de construction et de l’alimentation (huile, protéines). Interval, coopérative située près de Dijon, est déjà sur les rangs pour produire de la fleur de chanvre dès que la production sera autorisée.