Née il y a six ans, Interapi progresse tout doucement vers l’organisation de l’économie de la filière. Elle doit composer avec l’absence de plusieurs acteurs de l’amont et l’aval.
Créée en janvier 2018, l’interprofession des produits de la ruche (Interapi) vise à organiser l’économie de la filière. « Ces vingt dernières années, tout tournait beaucoup autour du combat environnemental contre les pesticides, résume le président d’Interapi Eric Lelong. Je ne dis pas que le sujet environnemental est passé, non, il faut être vigilant. Mais ce n’est pas ça qui fait vivre les exploitations apicoles, c’est la vente des produits de la ruche (miel, pollen, gelée, propolis, produits d’élevage, pollinisation…) L’apiculture est un écosystème qui a besoin d’une économie pour vivre ».
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Le premier travail important lancé par Interapi concerne la production. L’idée était de créer des estimations de récolte de miel moins « au doigt mouillé » que celles de l’Unaf et arrivant plus tôt dans la saison que les statistiques tardives du cabinet de consultants Agrex Consulting pour FranceAgrimer, explique un proche du dossier. Le chantier a été confié à Ada France, tête de réseau des associations pour le développement de l’apiculture (ADA) – équivalent des chambres d’agriculture. Les premières estimations datent d’il y a deux ans. « On est satisfaits dans la mesure où, ces deux dernières années, nos chiffres ont été confirmés par l’étude Agrex qui a beaucoup plus de répondants », indique la directrice d’Ada France Eoldie Colombo.
Lutte contre la fraude
Autre chantier sur lequel tout le monde est à peu près d’accord : lutter contre les miels frauduleux et améliorer l’étiquetage. Il faut dire que 46 % des miels importés dans l’UE ne seraient pas conformes aux exigences européennes, notamment avec des ajouts illégaux de sirops de sucre, selon un récent rapport de la Commission européenne. Sur ce dossier, les positions des uns et des autres divergent sur les détails. La FNSEA veut l’étiquetage « des pourcentages exacts » de chaque origine dans les mélanges de miels pour permettre une « traçabilité documentaire » des stocks des conditionneurs et ainsi éviter les fraudes, explique Eric Lelong sous sa casquette de président de la commission du syndicat majoritaire. Le SPMF estime qu’afficher les pourcentages est « une mesure démagogique pour empêcher les conditionneurs de vendre du miel ». « Le problème, c’est que la pression de la grande distribution a obligé les conditionneurs dans tous les pays à faire du miel d’assemblage. C’est une hérésie totale. Il faut revenir intégralement aux miels d’origine au lieu de miels d’assemblage qui ne sont qu’un banal édulcorant sans intérêt ni caractère », poursuit son président Joël Schiro. Quant à la Conf', soutenue par la FFAP, elle veut créer un prix minimum d’entrée sur le miel importé.
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L’interprofession veut aussi avancer sur d’autres sujets : créer des indicateurs de prix, des indicateurs de stocks et un « label miel de France ». Mais les travaux patinent un peu. Il faut dire que le collège amont a connu quelques tourments avec le départ de l’Unaf et du SNA en 2022, mécontents de leur « représentativité bafouée ». La CR a annoncé son départ en juin pour un différend sur la contribution financière de l’amont et de l’aval. Le SPMF ne participe plus aux réunions depuis au moins un an. « On nous a exclus de l’interprofession. Je ne reçois pas les convocations, nos votes ne sont pas pris en compte… », s’étrangle Joël Schiro. À Interapi, on explique que les statuts ne permettent pas de siéger au CA quand on est en retraite, et qu’il a été décidé que les comptes-rendus ne sont pas nominatifs mais « de consensus ».
Mais le principal problème est sans doute le manque de dialogue entre l’amont et l’aval, avec l’absence de plusieurs gros conditionneurs dont Famille Michaud. Alors que certains voyaient poindre depuis quelques temps la crise des méventes de miel, médiatisée en fin d’année, la prise de conscience du problème est toute récente, regrette Elodie Colombo. « Pour l’instant on n’a pas de plan de bataille, on n’en est qu’au constat. On est en train de réaliser qu’en fait, dans d’autres pays à côté de chez nous – en Italie et en Espagne – ils ont le même problème depuis plusieurs années, et maintenant ça nous tombe dessus ».