Les experts des Vingt-cinq au sein du Comité spécial agricole (CSA) sont pour la plupart défavorables à la possibilité envisagée par Bruxelles de remplacer, sur l’étiquetage des découpes de viande bovine destinées au consommateur final, les mentions de provenance nationales par une origine UE.
Réunis le 10 mai à Killarney (Irlande) à l’invitation de la présidence irlandaise de l’UE, les membres du CSA ont examiné le rapport de la Commission européenne sur le fonctionnement du système d’étiquetage et de traçabilité de la viande bovine mis en place en 2000 Voir N°2956 du 03/05/04. Ce document évoque notamment la possibilité d’indiquer une mention d’origine UE, à la place des origines nationales pour les établissements préparant des découpes de viande bovine destinées directement au consommateur final. Une large majorité de délégations (Allemagne, France, Royaume-Uni, Portugal, Suède, Autriche, Grèce, Finlande, Luxembourg, Slovénie, Lettonie et Chypre) se sont montrées soit opposées, soit très réservées à l’encontre de ce projet, soulignant la nécessité de maintenir une traçabilité « de la ferme à la fourchette » pour préserver la confiance des consommateurs, difficilement regagnée après la crise de la vache folle. La Belgique, l’Estonie et l’Espagne ont adopté quant à elles une attitude prudente, indiquant qu’une telle modification au système était prématurée.
D’autres pays (Pays-Bas, Danemark, Irlande, Italie, Pologne, Slovaquie et Lituanie) ont soutenu pour leur part l’idée de Bruxelles, estimant qu’une origine communautaire permettrait de relancer les échanges au sein du marché intérieur ou d’éviter les distorsions de concurrence entre États membres ou la renationalisation de la Pac.
Le représentant de la Commission a souligné quant à lui que l’étiquetage européen se généraliserait probablement à l’avenir dans d’autres secteurs (tels que les produits biologiques, les produits laitiers ou les fruits et légumes) et que les consommateurs seraient vraisemblablement favorables à un label de qualité commun.
Divergences sur l’étiquetage des produits mixtes ou servis en collectivités.
En revanche, Bruxelles n’estime pas opportun d’étendre les dispositions d’étiquetage de l’origine de la viande aux produits transformés à base de viande, aux produits d’assemblage ainsi qu’à la viande bovine cuisinée élaborée par le secteur de la restauration collective, privée et de la restauration rapide en raison des contraintes et du coût élevé d’un tel système, sans garanties supplémentaires pour la santé publique ou le niveau de consommation. Son point de vue est partagé par de nombreux États membres (Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Autriche, République tchèque, Slovaquie, Finlande, Lettonie, Slovénie et Luxembourg) qui jugent la mise en place d’un tel système prématurée, trop complexe notamment sur le plan administratif et trop coûteuse.
D’autres pays soutiennent soit une extension de l’étiquetage aux produits contenant du bœuf et d’autres ingrédients (cas du Portugal) ou aux produits préparés par les restaurants ou les collectivités publiques ou privées (comme la France, qui est le seul pays de l’UE où la viande bovine servie en collectivité est soumise à l’obligation de mention d’origine nationale, ou l’Irlande), ou à d’autres types de viande (Suède).
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La France et l’Italie pour une redéfinition des « veaux »
Par ailleurs, la France et l’Italie ont exprimé leur intérêt à ce que de nouvelles définitions des différentes catégories de bovins soient proposées à des fins d’étiquetage, soulignant qu’un animal portant le même code ne signifie pas forcément le même mode d’élevage d’un Etat membre à l’autre. Par exemple, dans ces deux pays, l’indication « veau » fait référence à un bovin élevé sous sa mère pendant six mois tandis qu’aux Pays-Bas, pays exportateur mais pas consommateur de veau, elle évoque un animal nourri au lait en poudre pendant neuf mois.
Enfin, la France et la Lettonie se sont montrées favorables à la possibilité envisagée par la Commission d’autoriser l’assemblage de viande bovine provenant de plusieurs ateliers de 1re découpe au sein d’un même lot de 2e découpe, tandis que la Grèce et la Slovénie y sont opposées.
Poursuite des discussions en juin
Un groupe de travail du Conseil des ministres des Vingt-cinq doit examiner à son tour le rapport de la Commission le 1er juin prochain, avant son renvoi en CSA le 7 juin en vue d’une discussion (c’est-à-dire sans conclusions formelles) lors du Conseil agricole de juin à Luxembourg. Une éventuelle proposition de la Commission aux 25 visant à modifier les dispositions sur l’étiquetage, n’est pas attendue avant l’automne.
La Commission envisage, en revanche, d’apporter les modifications techniques suivantes via la procédure du comité de gestion : permettre l’assemblage provenant de plusieurs ateliers de 1re découpe au sein d’un même lot de 2e découpe ; adopter des mesures simplifiées pour l’étiquetage des chutes de découpe et celui des produits de viande présentés à la vente non préemballés ; faciliter la reconnaissance mutuelle des agréments accordés par les autorités nationales ou régionales compétentes aux cahiers des charges par le système d’étiquetage facultatif de la viande.