Le 30 octobre 2008, toutes les régions viticoles, même les plus petites, participaient à la journée de mobilisation nationale, répondant à l'appel de l'association Vin & Société et de l'AGPV, l'Assemblée générale de la production viticole. De la Bourgogne au Bordelais, du Languedoc-Roussillon à la Champagne, la profession viticole a manifesté le 30 octobre « pour défendre, avec fierté et responsabilité, son droit à exister », selon les propos de Vin & Société. A l'origine de cette opération d'envergure nationale, un ras-le-bol de la profession vitivinicole face à la « multiplication des interdits » et la « censure ».
Les organisateurs n'avançaient aucun chiffre quant au nombre de participants attendus partout en France dans les régions viticoles. Cette action du 30 octobre ne devait pas être une opération de masse. Elle voulait sensibiliser l'opinion publique et interpeller les élus sur les dangers qui pèsent sur la filière viticole par des opérations symboliques. Ne pas « tomber dans le panneau des censeurs », indiquait avec humour le communiqué de l'association Vin & Société du 28 octobre 2008. Deux sortes d'actions étaient prévues selon les régions, de la manifestation de rue classique, avec distribution de tracts, aux opérations de recouvrement des panneaux de communes viticoles et rassemblements en présence de la presse et des élus.
Des noms de communes taxés de publicité
« Demain, en parlant de “Bordeaux”, il faudra tourner la tête et vérifier que nous ne sommes pas surveillés, au risque que nos propos soient requalifiés en publicité », caricature Xavier de Volontat, président de l'AGPV pour expliquer le choix du recouvrement des panneaux. En Bourgogne, les viticulteurs ont récemment utilisé ce procédé lors d'une manifestation et ils ne devaient pas le reprendre le 30 octobre. Mais « pour illustrer concrètement les difficultés de communication de la filière », la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB) cite, entre autres exemples, les menaces qui planent sur la vente de charité des vins des Hospices de Beaune : « En parler sans référence au message sanitaire pourrait être jugé illégal », préviennent-ils.
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« La viticulture misère s'est installée »
Pour le Val de Loire, région d'origine de Roselyne Bachelot, cette manifestation s'inscrivait tout de même dans une action de masse. Le 28 octobre, Sylvain Micol, directeur de la Fédération viticole d'Anjou - Saumur, précisait : « Notre dernière manifestation remonte au 8 décembre 2004 ». À cette date, dans plusieurs régions, les viticulteurs étaient dans la rue pour alerter les pouvoirs publics sur la crise rencontrée par les viticulteurs, ce que Xavier de Volontat définit comme le début de la « viticulture misère. On ne s'est pas trompé sur la suite, et malgré les aides mises en place, la misère s'est installée ». « Traditionnellement, dans notre région, nous essayons de gérer les problèmes de manière paisible, sans recours à la manifestation de masse, reprend Sylvain Micol. C'est que la situation est grave pour que nous nous mobilisions ». Dans le Val de Loire, les vignerons devaient mettre les panneaux des communes viticoles en berne, et se rassembler devant la préfecture d'Angers, pour interpeller l'opinion et les pouvoirs publics sur ces « sujets qui fâchent » et qui les empêchent « d'exercer sereinement » leur métier.
Une mobilisation de masse en deuxième phase
« Si nous ne pouvons plus communiquer, faire déguster ou vendre nos produits, nous allons vers la mort assurée », s'indignait Sylvain Micol. Selon Pascal Bobillet-Monnot, directeur de la Cnaoc (Confédération nationale des producteurs de vins d'appellations d’origine contrôlée), après la mobilisation nationale et symbolique de la profession du 30 octobre, « la deuxième phase appellera les vignerons à la mobilisation de masse dans la rue » si leurs revendications n'ont pas été entendues par les parlementaires et que les projets de lois visés sont adoptés dans leurs moutures actuelles. Et Xavier de Volontat, précise que la profession saurait « sortir les gros outils », avec la maîtrise nécessaire, bien sûr, au maintien de l'ordre public.