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Une meilleure valorisation du marc de pomme grâce aux solvants eutectiques naturels

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Marc de pomme séché Crédits : © Marc Lahaye

Des chercheurs de l’INRAE ont découvert que les solvants eutectiques permettaient d’extraire une part plus importante de la pectine présente dans le marc de pomme, élargissant ainsi le champ de valorisations de ce coproduit.  

La pectine extraite du marc de pomme, un coproduit de l’industrie agroalimentaire, est largement utilisée en agroalimentaire pour ses propriétés gélifiantes et épaississantes. Le directeur de recherche de l’INRAE (1) Marc Lahaye a mené des travaux pour l’extraire de manière optimale en développant des méthodes d’extraction plus respectueuses de l’environnement. Son équipe a choisi d’utiliser les solvants eutectiques naturels profonds (Natural Deep Eutectic Solvents, aussi appelés NADES). Connus depuis le début des années 2000, ils présentent de multiples avantages. « Les molécules impliquées sont naturelles, de faible coût, renouvelables, non-toxiques, recyclables et biodégradables », énumère la page web de l’INRAE consacrée à ce projet.

Des gains d’extraction « non négligeables »

Les chercheurs ont ainsi découvert que les solvants eutectiques permettent d’extraire une part plus importante de la pectine présente dans le marc de pomme. De plus, selon Marc Lahaye, les techniques d’extraction classiques « induisent des dégradations chimiques non négligeables sur les pectines ». Cela rend les extractions séquentielles avec différents solvants eutectiques « plus efficaces pour l’extraction de pectines ». En laboratoire, l’équipe de recherche a quantifié un gain d’extraction « non négligeable », avec « environ 70% des acides uroniques [constituants de la pectine, ndlr] extraits du marc de pomme avec les solvants NADES contre seulement 20 à 30% avec les solvants traditionnels ».

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Cependant, Marc Lahaye pense que des applications pratiques de cette méthode sont « encore loin », notamment car cela nécessite un bouleversement des pratiques des industriels. Pour rendre cette approche « plus attrayante économiquement », il faut maximiser l’utilisation des coproduits. « Nous voulons retirer le plus de matières nobles du marc de pommes avant d’aller vers du compostage ou de la minéralisation pour faire de l’engrais. L’idée est de valoriser un déchet agricole à travers ses différents constituants en utilisant ces solvants NADES. » C’est la prochaine étape pour la recherche. « Une fois qu’on a extrait les pectines du marc de pommes, on peut réutiliser le résidu pour extraire d’autres molécules, comme des hémicelluloses ou de la cellulose. » Avec à la clé d’autres applications : « Nous travaillons pour savoir si nous pouvons utiliser des fragments d’hémicellulose et de cellulose comme éliciteurs de réponse à des bioagresseurs pour une utilisation en agriculture », conclut le directeur de recherche.

 

  1. Le projet a été mené à Nantes dans le cadre du programme de l’Unité Mixte Technologique Nova2Cidre porté par l’Institut Français des Productions Cidricoles (IFPC), en coopération entre les unités BIA (Biopolymères Interactions Assemblages) et IRHS (Institut de Recherche en Horticulture et Semences) de l’INRAE.