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Une nouvelle étude confirme le changement indirect d’affectation des sols

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Une nouvelle évaluation commandée par la Commission européenne confirme l’impact du changement indirect d’affectation des sols sur les émissions de gaz à effet de serre des biocarburants : l’éthanol est une fois de plus épargné au détriment du biodiesel. C’est principalement l’huile de palme, à l’origine de déforestations en Asie du Sud-Est, qui alourdit le bilan. L’UE envisage de tenir compte de ces émissions dans les critères de durabilité des biocarburants à l’avenir.

La direction générale de l’énergie de la Commission européenne vient de publier les résultats d’une évaluation complémentaire du changement indirect d’affectation des sols (ILUC) lié à la production de biocarburants qui confirme que ce phénomène est principalement important dans la production de biodiesel et beaucoup moins pour le bioéthanol.

Dans ses conclusions, l’étude Globiom (pour Global Biosphere Management Model) menée par l’IIASA (Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués) et le consultant Ecofys, estime que l’éthanol de maïs est le biocarburant ayant le plus faible facteur de changement d’affectation des sols (14 g de CO2/MJ) suivi par la betterave (15 g/MJ), la canne à sucre (17 g/MJ) et le blé (34 g/MJ). Le biodiesel présente des facteurs bien plus élevés avec pour le tournesol 63 g/MJ, pour le colza 65 g/MJ, pour le soja 150 g/MJ et pour l’huile de palme 231 g/MJ. Les biocarburants avancés issus de cultures à courte rotation ou de cultures pérennes présentent, eux, des facteurs négatifs (respectivement -29 g/MJ et -12 g/MJ). En moyenne, le mix énergétique des biocarburants dans l’UE en 2020 affiche un facteur ILUC de 97 g/MJ.

La variation totale de l’utilisation des terres causée par la demande en biocarburant de l’UE 2020 est évaluée à 8,8 millions d’hectares (Mha), dont 8 Mha sont des terres nouvellement cultivées et les 0.8Mha restants des plantations à courte rotation sur des terres agricoles existantes. Quelque 2,9 Mha seraient convertis en Europe, réduisant l’abandon des terres et 2,1 Mha en Asie du Sud sous la pression de l’expansion des plantations de palmier à huile, dont la moitié se fait au détriment de la forêt tropicale et de tourbières. Au total, ces 8,8 Mha représentent environ 0,6 % de la surface cultivée mondiale.

Des efforts pour arrêter la déforestation et le drainage des tourbières pourraient réduire de moitié l’impact du changement d’affectation des sols dans l’UE, montrent ces travaux.

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Les industriels du bioéthanol satisfaits, ceux du biodiesel critiques

Les producteurs européens de biodiesel (EBB, Fediol, EOA) dénoncent le manque de transparence de la nouvelle étude et le peu de fiabilité de la méthode utilisée. À l’inverse, les producteurs européens de bioéthanol se félicitent de ces résultats qui doivent être utilisés « comme un guide pour identifier le type de biocarburants qui devraient être promus en Europe après 2020 ». La Confédération européenne de la production de maïs (CEPM) se félicite également de ces résultats mais souligne que « cette étude confirme l’incertitude de l’évaluation du changement d’affectation des sols, et l’incapacité à en identifier la part issue d’effets indirects ».

Les nouvelles règles qui entreront en vigueur en 2017 dans l’UE prévoient le plafonnement à 7 % des biocarburants de première génération dans les transports afin de tenir compte des émissions de gaz à effet de serre liées à l’ILUC (1). Les facteurs ILUC seront dans un premier temps seulement déclarés par les fournisseurs d’énergie et la Commission, mais une clause de révision prévoit que Bruxelles pourra envisager l’introduction effective de ces facteurs dans les critères de durabilité des biocarburants après 2021.

(1) Voir n° 3493 du 20/04/2015