L'OCDE et la FAO prévoient, pour les 10 ans à venir, un « retour à la normale » des marchés agricoles mondiaux après plusieurs années de grande volatilité. Les prix, selon leurs Perspectives agricoles 2015-2024, publiées le 1er juillet, devraient être en recul, mais rester supérieurs à ceux constatés avant 2007. Les prix de la viande et des produits laitiers devraient continuer à augmenter, tirés par la demande grandissante en protéines animales, tandis que ceux des céréales et produits végétaux devraient sensiblement diminuer.
La production agricole mondiale devrait continuer à augmenter, après une hausse de 18% ces 8 dernières années (+380M de tonnes) et les prix devraient être en recul, et moins volatils que précédemment, ont indiqué le 1er juillet au siège de l'OCDE à Paris, le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurrìa, et le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva, lors de la présentation des Perspectives agricoles 2015-2024. La demande sera faiblement tirée par une consommation de produits de base par habitant qui est désormais proche de la saturation dans de nombreux pays émergents et par une reprise plutôt morose de l'économie mondiale. L'augmentation du niveau de vie dans les pays développés va néanmoins inciter les consommateurs à modifier leur alimentation et conduire à une hausse de la demande en protéines animales. Si l'offre suivra, il n'en demeure pas moins que le lait et la viande devraient voir leurs cours se maintenir assez haut.
Une analyse qui, selon les deux organisations, doit être prise avec précaution, un « choc » (économique ou environnemental) pouvant toujours survenir et fausser les prévisions. « Il y a une forte probabilité d'au moins un choc sévère sur les marchés internationaux au cours des dix prochaines années », prévient le rapport.
Des prix plus bas pour les céréales
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Les prix des productions végétales devraient être davantage en recul et même inférieurs à ceux des productions animales (voir graphique). Les évolutions technologiques de ces dernières années permettent un rendement tel que la demande ne suit plus. C'est particulièrement le cas pour les céréales. La production mondiale devrait augmenter du fait de l'amélioration des rendements en Europe, Amérique du Nord et Asie, et de l'accroissement de la surface agricole en Amérique du Sud. Pour Angel Gurrìa, il faut utiliser les excédents alimentaires pour produire des biocarburants. L'intérêt serait double : envi-ronnemental, mais également économique, avec une diminution des stocks qui rétablirait un meilleur équilibre entre offre et demande. Le problème est qu'actuellement la baisse du prix du pétrole brut, qui a chuté de près de 50% entre juillet 2014 et février 2015 pèse sur la rentabilité des biocarburants.
José Graziano da Silva a insisté sur la concentration accrue de la production alimentaire. « Une quinzaine de pays produisent les trois quarts de l'alimentation planétaire », a-t-il indiqué. Les pays exportateurs sont et resteront peu nombreux, avec les Etats-Unis, l'Union Européenne et le Brésil en tête, tandis que ceux qui importent continueront à être plus nombreux et plus dispersés encore. Angel Gurrìa a dénoncé les pays qui souhaitent « être autosuffisants parce que ça fait bien ». Le risque, explique-t-il, est de limiter les échanges internationaux qui sont vertueux pour la planète. Il poursuit son analyse en dénonçant l'interventionnisme de certains Etats et les politiques d'aides, telles que la PAC, qui conduisent à des distorsions de concurrence sur le marché mondial. « Il faut laisser les prix s'exprimer », a-t-il conclu.
Après la Chine en 2014, c'est l'agriculture brésilienne que les Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO ont étudiée en détail en 2015. « Poids lourd de l'économie mondiale », le Brésil est le deuxième exportateur agricole mondial, avec un excédent de 78,6 Mrd USD en 2013, et premier producteur de soja (depuis 2013, où il a dépassé les Etats-Unis), de sucre, jus d'orange et café. Les Perspectives agricoles, publiées le 1er juillet, estiment que le Brésil restera un acteur majeur des échanges mondiaux, avec un accroissement continu du secteur des cultures « grâce à l'amélioration des rendements et à l'expansion des terres agricoles ». Le soja devrait rester le principal produit agricole et l'exportation la plus lucrative du pays : la moitié de la production nationale sera consacrée à l'export. La production et les exportations de viandes bovines, porcines et de volailles devraient aussi s'accroitre fortement dans la décennie à venir.