Les pluies ont interrompu la récolte de grains, finalement moins précoce que prévu. Elles génèrent surtout des craintes sur le plan qualitatif. L'arrivée d'un nouvel épisode pluvieux risque encore de modifier la donne, notamment pour le blé tendre. En orge d'hiver et colza, rendements et qualité sont souvent au rendez-vous.
«ON a démarré avec deux semaines d'avance, signale Philippe Lefebvre, directeur de la collecte pour le Groupe Dauphinoise, en Rhône-Alpes. Finalement, le calendrier de récolte est revenu à la normale, après l'interruption liée à la pluie. » L'enthousiasme est quelque peu retombé : « C'était super jusqu'à début juillet. » Une certaine hétérogénéité des rendements apparaît au bout du compte. « Le blé tendre a souffert des mauvaises conditions en novembre et décembre. On craignait 10 à 15 q/ha de moins. » Mais un printemps favorable a rattrapé la situation. Le rendement semble évoluer entre 60 et 65 q/ha, soit 5 q/ha en dessous de la moyenne pluriannuelle. En contrepartie, le taux de protéines est satisfaisant, à 12 %.
« On s'attendait à une moisson plus précoce », raconte aussi en Alsace le DG du Comptoir agricole, Denis Fend, déçu de n'avoir rentré que 15 % de sa collecte de blé tendre avant l'épisode pluvieux jusque mi-juillet. Toutefois les rendements réservent « de bonnes surprises ». Oublié le pessimisme lié au coup de chaud début juin. « La moyenne entre 70 à 80 q/ha est meilleure que prévu. » Un bon poids spécifique (PS) est noté, entre 77 et 78 kg/hl.
Du « jamais vu » en termes de germinationAvec le retour des pluies, l'inquiétude est palpable. La coopérative du Bas-Rhin signale « un peu » de blé germé, qui pourrait tout de même atteindre 10 à 15 % des volumes par endroit, en sols légers. « Il a suffit d'une semaine de précipitations sur du blé pas super mûr pour que la qualité parte de travers, note Denis Fend. C'est du jamais vu. »
Dijon Céréales décrit « une moisson délicate à gérer », avec la crainte de nouvelles pluies préjudiciables à la qualité des blés. « Le retour intense des pluies depuis la fin juin aura un impact sur les qualités technologiques des blés (poids spécifiques, temps de chute d'Hagberg) et sur celle de la qualité oléicole des colzas », selon un communiqué le 16 juillet. Toutefois, la coopérative ne prévoit « pas de répercussion majeure sur les rendements et le taux de protéines des blés ». La récolte « doit se dérouler de façon très intense cette semaine, avant un nouveau risque annoncé de perturbations » le week-end, avec comme objectif de « faire rentrer à temps les blés ou les colzas présentant encore de bonnes qualités », souligne-t-elle. À propos des rendements, Dijon Céréales se borne à signaler que la sécheresse du printemps les a « obérés notamment sur les terres superficielles de plateaux ».
ODA (Offre et demande agricole) évoque d'autres « remontées de terrain signalant la présence de blés et colzas germés, surtout situés au sud de la Seine et dans l'Est de la France ». Une vision plus claire sur la qualité des blés est attendue après le nouvel épisode de pluie.
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En Vendée, la Cavac parle d'un blé tendre entre 50 et 90 q/ha sur les 10 % récoltés. « Le rendement devrait être moyen à bon, avec un taux de protéines satisfaisant, à 11,5 % sur les premières coupes », avance le directeur Céréales Christophe Vinet. Dans la Vienne, la Coopérative agricole de La Tricherie observe d'« assez bons rendements » hors des zones grêlées, entre 70 et 75 q/ha. « Les PS ont l'air plutôt corrects en panifiable, très justes en biscuitier, détaille le codirecteur Baptiste Breton. C'est très satisfaisant en protéines, à 12 % contre 11,4 % l'an dernier. » Par ailleurs, de « gros moyens » sont engagés pour rentrer la moisson au plus vite. Un taux d'humidité de 16 % est autorisé, au lieu de 14,5 %, « pour gagner 1 à 2 heures ».
Agrial commence tout juste à moissonner le blé tendre au sud de son territoire, en Indre-et-Loire. « On a l'espoir d'un meilleur taux de protéines, déclare Philippe Vincent, directeur Céréales. C'est un discours fort de la coopérative, avec un accompagnement des agriculteurs pendant toute la campagne. »
De bonnes récoltes en orge d'hiver et colzaTout au nord, Advitam démarre la récolte du colza, visiblement « prometteur », selon Maurice Caillaud, directeur Céréales. Le chantier est avancé à plus de 60 % vers le nord-est, chez Vivescia. « Des rendements corrects sont enregistrés, régulièrement supérieurs à 45 q/ha en Champagne », indique Jean-Olivier Lhuissier. Plus au centre, Axéréal parle de « très bons rendements », de 35 à 40 q/ha. La Cavac aussi, avec une récolte de colza qui s'achève sur une performance « exceptionnelle » de 40 q/ha, soit 20 % au-dessus de la moyenne. Et d'une qualité souvent « très bonne » : 9 à 11 % d'humidité, 47 à 48 % en taux d'huile, détaille Christophe Vinet.
En orge d'hiver, la coopérative vendéenne est satisfaite des rendements, autour de 80 q/ha et « très homogènes ». La qualité est au rendez-vous pour les brassicoles, entre 69 et 70 kg/hl côté PS, à moins de 10,5 % en protéines. Axéréal a quasiment terminé, sur de bons rendements en moyenne : entre 70 et 75 q/ha au sud de la Loire, autour de 85 q/ha au nord. « La qualité est très bonne, insiste Pierre Toussaint, directeur de la collecte. Notamment en brassicole, qui bénéficie d'un très bon calibrage, de 85 à 90 % en moyenne. La protéine est dans les standards. » Une même satisfaction ressort chez Vivescia, où le calibrage est régulièrement supérieur à 90 % et le taux de protéines inférieur à 10,5 %. « Les rendements sont régulièrement supérieurs à 85 voire 90 q/ha en Champagne, autour de 60 q/ha dans les zones les moins arrosées », ajoute Jean-Olivier Lhuissier. Chez Advitam, où la moitié de la collecte est réalisée, les rendements sont qualifiés de corrects, à plus de 80 q/ha en moyenne, le PS également, entre 64 et 66.