Quatre ans après sa « privatisation » Unigrains accélère son développement et élargit à de nouvelles fonctions son activité d’investisseur. Le fonds financier des céréaliers est présent dans les grandes opérations de financement comme la reprise d’Evialis par In Vivo, l’acquisition des amidonneries de Tate & Lyle par Tereos ou encore le financement des unités d’éthanol à base de céréales. Il lance une nouvelle structure de soutien à la transmission de capital des PME de l’agroalimentaire et réfléchit à un fonds consacré aux pays de l’Est. En même temps, il participe aux travaux visant à créer des outils pour la restructuration des entreprises laitières d’une part et de négoce de vin d’autre part. Une page se tourne également avec la nomination de Philippe Pinta qui remplace Henri de Benoist à la présidence. Une élection intervenue à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires du 31 mai.
L’agroalimentaire est en pleine mutation, les entreprises se regroupent, les coopératives étendent leurs parts de marché et Unigrains entend bien en être un des acteurs majeurs. Soit en participant au capital des sociétés soit en faisant des prêts à moyen ou long terme. L’ambition du fonds financier des céréaliers apparaît évidente si l’on considère les dernières opérations majeures du secteur. La création des distilleries d’éthanol (Cristanol-Bazacourt, Abengoa-Lacq, BENP-Lillebonne, Tereos-Origny, etc.), la reprise d’Evialis (Alimentation animale) par In Vivo, l’acquisition d’amidonneries de Tate & Lyle par Tereos… autant d’opérations dans lesquelles Unigrains, en 2007 a été partenaire financier.
Nouvelles valorisations
Au secteur classique de l’agroalimentaire (Socopa, Pasquier, Groupe Flo, etc.) s’ajoutent aujourd’hui les nouvelles valorisations : les distilleries bien sûr mais aussi des sociétés d’équipement. Unigrains a investi chez Finaxo, une PME à l’origine d’un procédé de production de gaz par pyrolyse, technologie qui pourrait devenir majeure dans le cadre des biocarburants dits de deuxième génération. Pour Unigrains, ces opérations prennent de l’ampleur et le « ticket » devient plus lourd. Selon le DG Philippe Ducroquet, la « ligne » moyenne d’investissement était, auparavant, d’environ 20 millions d’euros alors qu’elle atteint facilement 30 à 40 millions aujourd’hui. Néanmoins, Unigrains reste en général minoritaire dans le capital des sociétés. « Notre objectif est de respecter la stratégie des actionnaires majoritaires, qu’ils soient familiaux ou coopératifs », explique Henri de Benoist, président d’Unigrains jusqu’au 31 mai date à laquelle il vient de passer la main à Philippe Pinta, qui l’avait déjà remplacé à la présidence des Céréaliers de France. Une stratégie de partenariat plus que de prise de contrôle qui peut être celle de son homologue des oléagineux, Sofiprotéol. Cependant, Henri de Benoist constate que « ce qui manque le plus, ce n’est pas l’argent, ce sont les bons projets et les hommes pour les mener à bien ».
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Les entreprises en succession
Une extension de son activité lui permettra peut-être de mieux trouver ces entrepreneurs. Unigrains vient de créer une nouvelle structure, « Céréa capital », destinée à lever des capitaux pour les investir dans des opérations de transmission du capital des PME de l’agroalimentaire. Le fonds des céréaliers y consacrera 30 millions d’euros pour un volume levé de 60 millions dans un premier temps et bientôt 100 millions. L’idée est d’investir, pour 3 à 7 ans, entre 3 et 15 millions d’euros dans des sociétés qui en valent entre 15 et 150 millions d’euros. Le fonds sera géré par la filiale Céréa Gestion qui avait déjà lancé une structure de financement « mezzanine » (prêts dont le coût dépend du succès de l’entreprise, à mi-chemin entre un prêt classique et du capital).
Restructuration laitière ou viticole
Unigrains ne s’arrête pas là. L’entreprise a créé depuis 2006 une activité de conseil financier, Messis Finances. Elle participe, de surcroît, aux travaux de mise sur pied de fonds financier d’aide à la restructuration. Les demandes émanent d’une part de la filière laitière et d’autre part de la filière viticole. Ces deux secteurs vont connaître dans les années qui viennent une nouvelle étape de restructurations et de regroupements. Les capitaux familiaux ne sont, la plupart du temps, plus à la dimension tandis que les investisseurs financiers sont plus attirés par des secteurs plus « juteux » à court terme, comme l’informatique. Reste le monde agricole qui veut pérenniser et mieux valoriser la transformation de ses produits. Unigrains est un des outils permettant d’y faire face.