Développer le conseil, la formation, et la recherche. Telles sont les principales pistes évoquées pour réduire la dépendance aux produits phytosanitaires par les ministres de l’agriculture des Vingt-huit.
Le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a présenté le 6 novembre aux ministres des Vingt-huit réunis à Bruxelles les conclusions du rapport de la Commission sur la mise en œuvre de la législation européenne sur l’usage durable des pesticides (1). Un rapport qui montre que certains aspects de la réglementation ne sont pas suffisamment mis en œuvre, notamment : les principes de la lutte intégrée contre les ravageurs, la notification des cas d’empoisonnement par les pesticides ou encore des dispositifs de suivi des résultats.
« C’est un moment opportun pour soulever de telles questions, alors que la Commission réfléchit à la modernisation de la Pac, qui pourrait être une occasion de se concentrer sur un modèle de production alimentaire mieux adapté aux exigences de l’avenir. L’utilisation durable des pesticides, dans le cadre d’une agriculture durable, est un aspect important à cet égard », a souligné Phil Hogan.
Lutte intégrée
La présidence estonienne avait demandé aux États membres quelles sont les mesures les plus importantes pour une meilleure mise en œuvre de cette réglementation et en particulier pour l’application des principes de la lutte intégrée (pour limiter le recours aux produits phytosanitaires). La plupart des délégations ont insisté sur la formation des professionnels, le conseil, le meilleur accès aux informations (stade de croissance des cultures, prévisions météorologiques, arrivée de parasites), la diffusion des bonnes pratiques ainsi que sur les moyens qui doivent être mis dans la recherche et l’accès aux innovations afin de réduire l’impact des produits phytosanitaires.
L’Espagne a souligné pour sa part le manque de produits disponibles pour les agriculteurs en particulier les produits dits « à faible impact ». La ministre Isabel García Tejerina a également regretté la difficulté à mettre en place un réseau de fermes pilotes pour la réduction de l’usage des pesticides dans le cadre de la directive actuelle qu’elle espère voir « simplifiée par le règlement omnibus » (2).
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Un nouveau rapport de la Commission sur la mise en œuvre de la législation communautaire est attendu pour 2019 afin de faire le point sur les progrès réalisés.
Le glyphosate s’invite dans le débat
En filigrane de ce tour de table, la question du glyphosate – jamais cité – a été très présente. Un vote des experts nationaux des États membres sur le renouvellement pour 5 ans de cet herbicide proposé par la Commission européenne, se tenait quelques jours plus tard, le 9 novembre (3). Même si l’Allemagne n’a de position officielle sur ce dossier, faute d’accord gouvernemental, son ministre de l’agriculture, Christian Schmidt, a quand même insisté sur la nécessaire prise en compte du « caractère économique des produits phytosanitaires qui est essentielle pour prendre des décisions ». Son homologue letton s’est montré plus direct encore en indiquant que certaines décisions étaient prises sous le coup de « l’émotion » sans fondement scientifique, citant les néonicotinoïdes.
(1) Voir n° 3614 du 16/10/2017
(2) et (3) Voir même numéro