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Confédération paysanne Utiliser le second pilier pour un vrai développement rural

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Déçue de l'attribution des aides directes dans le cadre de la réforme de la PAC, la Confédération paysanne espère que le second pilier, dédié au développement rural, servira à réorienter l'agriculture vers une production plus localisée et écologique, en s'appuyant sur les régions. Cette question a été l'objet d'un colloque, les 12 et 13 novembre, dans le Larzac.

«Venir parler du développement rural au Larzac, ça a un sens : c'est un territoire où la population agricole a augmenté depuis les années soixante-dix », fait remarquer Judith Carmona, secrétaire nationale en charge de la Pac. C'est sur le plateau rendu célèbre par ses luttes paysannes que le syndicat a organisé, les 12 et 13 novembre un colloque sur le développement rural dans la réforme de la Pac, à Sauclières (Aveyron). 180 paysans, chercheurs et élus ont participé aux débats concernant le second pilier de la Pac, destiné à financer les mesures de développement rural (le premier incluant les aides directes aux agriculteurs). Et alors que cette réforme de la Pac pour 2014-2020 laisse une marge de manœuvre importante aux États, elle donne également un grand rôle aux régions dans la mise en œuvre du second pilier. La Confédération paysanne, extrêmement déçue de la répartition des aides du premier pilier, espère que ce volet développement rural sera davantage en accord avec la politique qu'elle défend, ayant de grandes attentes dans les mesures agro-environnementales (MAE) et les groupements d'intérêts économiques et écologiques (GIEE).
 
Une PAC régionalisée
Encore faut-il que ces mesures puissent être financées : « Nous ne sommes pas sûr que les moyens donnés aux régions correspondent aux missions qui leurs sont attribuées », précise Laurent Reversat, secrétaire général de la Confédération paysanne. « En Midi-Pyrénées, 80% de l'enveloppe du second pilier seront consacrés à l'indemnité compensatoire d'handicap naturel (ICHN) », calcule t-il, ce qui laisse peu de fonds pour les autres mesures.
Luc Maurer, conseiller technique au ministère de l'Agriculture, a tenté de les rassurer lors de la table-ronde d'ouverture du colloque : « Nous allons transférer des fonds du premier vers le second pilier, c'est un acte fort, pour financer notamment la modernisation des exploitations », a-t-il expliqué. Il a insisté sur l'importance des marges de manœuvre régionales, avec un Conseil régional qui pourra choisir d'être « l'autorité de gestion » et mettre en œuvre une politique régionale, ce qui lui permettra par exemple de favoriser l'installation dans certaines filières ou sur des territoires particuliers. Vincent Labate, vice-président du conseil régional Midi-Pyrénées, s'est félicité d'avoir « une chance inouïe de pouvoir porter une politique agricole régionale avec des moyens conséquents ».
 
Développement rural ou fuite en avant ?
Un enthousiasme tempéré par José Bové, député européen, qui considère qu'« un certain nombre de mesures ne sont pas du développement rural, mais du déménagement rural : elles vont favoriser l'agrandissement des exploitations et l'agro-industrie », citant l’enveloppe destinée à la modernisation des exploitations. « Sous couvert de développement rural, on va financer des usines à lait ou à viande, c'est autant d'argent en moins consacré aux mesures agro-environnementales, qui sont une bonne idée », a abondé Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne.
« La Pac est de plus en plus régionalisée, il faut que les paysans s'y intéressent. Il y a une vraie actualité, tous les programmes de développement en régions sont en train de se négocier, conclut Judith Carmona. Ce sont des décisions très politiques, ce que feront les régions de cet argent définira le type d'agriculture présent sur les territoires ».

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