D’après l’association européenne Avec, « une quarantaine de pays tiers » pourraient décréter des embargos en réponse à la vaccination contre l’influenza aviaire. La filière européenne appelle Bruxelle à « taper du poing sur la table » en cas de restrictions commerciales.
Jusqu’à « une quarantaine de pays tiers » pourraient déclencher des embargos sur la viande de volaille ou la génétique avicole en réponse à la mise en place de la vaccination contre l’influenza aviaire, a indiqué Paul-Henri Lava, conseiller politique à l’Avec (filière européenne des volailles) le 5 avril. Alors que la France envisage une vaccination à l’automne, « on s’attend à des restrictions commerciales, des pays vont utiliser cet argument pour protéger leur marché local », a-t-il déclaré lors de l’assemblée générale d’Anvol (interprofession des volailles de chair) à Angers. Se basant sur les estimations des entreprises européennes de génétique, l’Avec a classé les pays tiers en trois catégories : une quarantaine de pays qui fermeront certainement leurs frontières (Japon, Chine, Inde, Arabie Saoudite, etc.) ; une trentaine dont la réaction est « incertaine » (Canada, Royaume-Uni, etc.) ; et enfin ceux qui accepteraient les volailles vaccinées (principalement l’Afrique).
Sur le papier, l’Organisation mondiale de la santé animale « autorise la vaccination », rappelle M. Lava, « les pays tiers n’ont aucune légitimité à bloquer leur marché ». L’Avec planche sur un guide qui permettrait « d’avoir une base écrite » pour « expliquer les règles européennes ». Son représentant appelle à « ne pas être naïf » et exhorte la Commission à « taper du poing sur la table » en cas de restrictions en « contestant auprès de l’OMC ». Pour ce qui est des échanges entre États membres de l’UE, « on pourra continuer à exporter de la viande issue d’animaux vaccinés, mais des restrictions pourront être mises en place sur les animaux vivants vaccinés ou issus de parentaux vaccinés ».
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« Poker menteur » entre États membres
Cinq États membres de l’UE mènent actuellement des expérimentations sur la vaccination : la France (canards mulards), l’Italie (dindes), les Pays-Bas (poules pondeuses), la Hongrie (oies) et la République tchèque (oies). Alors que les essais sont bien avancés, « c’est le moment du poker menteur », a résumé Pierre Aubert, de la DGAL (ministère de l’Agriculture). Le chef du service des actions vétérinaires invite à « être très prudent » : « Nous sommes regardés, la communication nationale est essentielle. » « Tous les États membres attendent de voir qui va se lancer en premier, confirme Paul-Henri Lava. C’est un peu un saut dans le vide. » Afin de garantir que les animaux vaccinés ne sont pas infectés, « les mesures de surveillance sont très coûteuses et difficiles à mettre en place, personne n’a envie de les expérimenter en premier ». Les Pays-Bas ont récemment annoncé que des vaccins étaient efficaces en laboratoire sur les poules pondeuses. Selon M. Lava, la France est « clairement l’un des pionniers » en matière de vaccination : il s’agit du seul État membre à avoir annoncé une commande de doses.
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En France, la filière demande au ministère de l’Agriculture de renforcer ses effectifs pour faire accepter la vaccination à chaque pays tiers client (diplomatie sanitaire). « Des recrutements sont en cours, on est en train de monter la jauge », a-t-il assuré un représentant de la DGAL. Pour la filière française des volailles de chair, l’export représente environ 1 Md€ sur 7 Md€ de chiffre d’affaires annuel. Ce débouché est particulièrement crucial pour la génétique aviaire, très tourné vers l’international. « Nous sommes le premier pays exportateur de viande et de génétique au monde à vouloir mettre en place une vaccination », rappelle Louis Perrault, président du SNA (accouvage). « Il y a un enjeu majeur à réussir ce nouveau paradigme » de la vaccination.