Abonné

Viticulture Vers un recours contre l’appellation vins de pays « vignobles de France »

- - 3 min

Les producteurs de vins de pays d’Oc s’opposent à la récente création des vins de pays de vignobles de France. Les vignerons du bassin Languedoc-Roussilon craignent que cette nouvelle dénomination ne contrarie les réorganisations déjà consenties dans leur région. Ils s’apprêtent à déposer un recours en annulation de la nouvelle appellation.

Un recours pour l’annulation du décret sur le vin de pays vignobles de France devrait bientôt être déposé auprès du Conseil d’État. À peine accepté – à l’unanimité – par le conseil de direction de Viniflhor (le 14 mars dernier), il est déjà remis en cause. La Fédération régionale des vignerons indépendants du Languedoc-Roussillon, le Syndicat des vignerons indépendants de l’Hérault et l’association La Cause du vin sont à l’origine de cette procédure. Pour Jean-Marie Fabre, président de la Fédération régionale des vignerons indépendants du Languedoc-Roussillon, « c’est une dénomination qui a été voulue par le négoce et qui risque de mettre à mal toute la filière dans la région ».

Juridiquement irrecevable

Le décret est attaqué car il comporte, d’après les plaignants, de nombreux points d’irrecevabilité juridique. Tout d’abord, l’origine géographique d’un vin de pays ainsi que sa dénomination ne peuvent pas être, selon le droit communautaire, un Etat. Un vin de pays doit nécessairement provenir d’une unité géographique inférieure, comme une région ou un lieu-dit. Autre problème : l’assemblage soumis à l’agrément n’est pas systématiquement dégusté, ce qui va à l’encontre du décret sur les vins de pays. Enfin, l’assemblage des vins en provenance de différentes régions implique le coupage entre des vins chaptalisés (c’est-à-dire ayant reçu un ajout de sucre au moment de la fermentation pour augmenter le degré d’alcool final) et des vins non chaptalisés. Aucun texte de loi n’a encore prévu cette situation.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Variable d’ajustement national

Jean-Marie Fabre estime que les décideurs doivent faire preuve de plus de cohérence. « Il y a un an et demi, un programme de gestion viticole par bassin a été lancé, son but étant qu’une région puisse réguler sa production à son échelle, presque en vase clos ! Aujourd’hui, ce vin national – transversal – pourrait perturber le Languedoc-Roussillon qui a pourtant fait des efforts (arrachage...) », explique-t-il. Déjà au moment du vote du projet de décret, au mois de janvier, Jacques Gravegeal, président du syndicat des producteurs de vin de pays d’Oc, s’y était opposé. Il craignait que « les vins de pays d’Oc, qui représentent 51 % des vins de pays au plan national, ne deviennent le réservoir de la variable d’ajustement national ». Jean-Marie Fabre s’inquiète également de l’évolution des prix. « Il ne faut pas que le prix de base du marché s’aligne sur le cours du vin «vignobles de France» plutôt que sur celui des vins de pays d’Oc (qui sera plus élevé). Ce qui risque d’arriver ! », dénonce t-il. « On ne peut pas mettre en difficulté notre vignoble au nom de la sauvegarde d’autres bassins de production », a conclu le représentant des vignerons indépendants.