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Viande bovine : face à la crise, Pékin impose des mesures de sauvegarde

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Alors que le secteur chinois de la viande bovine connaît une période de crise économique, Pékin a finalement décidé d’imposer des mesures de sauvegarde sur les importations. Un moyen de rééquilibrer son marché qui inquiète certains fournisseurs, brésiliens et australiens en tête.

Après un peu plus d’un an d’enquête, le ministère chinois du Commerce a finalement annoncé, le 31 décembre, la mise en place d’une mesure de sauvegarde sur les importations de viande bovine en Chine. L’empire du Milieu a conclu que l’augmentation des importations de bœuf avait gravement nui à son industrie nationale et qu’il existait un lien de causalité entre les deux. Dans le détail, depuis le 1er janvier 2026 et pour une période de trois ans (jusqu’au 31 décembre 2028), Pékin imposera un droit de douane supplémentaire de 55 % sur les importations de viande bovine (tant le frais que congelé, avec os ou sans os) dépassant un certain volume. Et toutes les origines sont concernées. Ces droits seront « progressivement assouplis à intervalles réguliers durant cette période », précise le Mofcom dans un communiqué. Une hausse des volumes de ces quotas est donc prévue de manière annuelle.

Une réponse à la crise

« Les mesures de sauvegarde sur le bœuf importé visent à aider les industries nationales à surmonter progressivement les difficultés, et non à restreindre le commerce normal de la viande bovine », précise un porte-parole du Mofcom. Contrairement aux droits de douane imposés aux importations européennes de produits laitiers, de viande porcine et de cognac qui servent de représailles à un différend commercial entre l’UE et la Chine, ces mesures semblent avant tout guidées par des raisons économiques. « C’est une mesure de protection pour éviter que la production ne s’écroule », précise Caroline Monniot, responsable du service Économie des filières de l’Institut de l’Élevage (Idele), interrogée par Agra. Il faut dire que le marché chinois de la viande connaît depuis 2022 une période de chute des cours. En cause, un ralentissement de la croissance et une demande moins dynamique couplés à une surproduction et des importations importantes qui font pression sur le marché chinois.

Lire aussi : Viande bovine : la Chine lance une enquête globale sur les importations

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Pour 2026, le Brésil, de loin le principal fournisseur de l’empire du Milieu, disposera d’un quota d’importation de 1,1 million de tonnes (Mt). De leur côté, l’Argentine se voit offrir un quota de 511 000 t en 2026, l’Uruguay 324 000 t, la Nouvelle-Zélande 206 000 t, l’Australie 205 000 t et les États-Unis 164 000 t. « Des volumes qui correspondraient à une volonté de retrouver les équilibres de marché », analyse Caroline Monniot. Et d’ajouter que le gouvernement chinois est pris « entre le marteau et l’enclume », entre son industrie de l’élevage, à l’initiative de la plainte, et les besoins de ses consommateurs en viande bovine.

Des exportateurs inquiets

Parallèlement, Pékin a également déclaré qu’il suspendait une partie de l’accord de libre-échange avec l’Australie portant sur le bœuf. « Ces droits de douane pénaliseront nos clients significativement », déplore Michael Crowley, directeur de Meat & Livestock Australia, dont l’organisation fait part de sa déception. Au Brésil, le gouvernement indique avoir déjà engagé des discussions bilatérales et à l’OMC « afin d’atténuer l’impact de la mesure et de défendre les intérêts légitimes des travailleurs et des producteurs du secteur ». Il faut dire que selon les données du ministère, la Chine représentait 52 % des exportations du secteur en 2024. L’association des exportateurs de viande (ABIEC) et la confédération de l’élevage estiment, elles, que la mesure chinoise va imposer « une réorganisation des flux de production et d’exportation ». Une autre association, Abrafrigo, estime la perte à 3 milliards de dollars de revenus export en 2026. Du côté de l’UE, peu présente sur le marché chinois, les mesures de Pékin ne devraient pas engendrer d’inquiétude particulière, selon l’Idele, même s’il faudra rester vigilent sur la situation. Dans ces dernières prévisions économiques publiées le 9 décembre, le département américain à l’Agriculture prévoit un recul de la production et des exportations mondiales de viande bovine de 1 % pour l’année 2026.