Abonné

Viande : les abatteurs préparent le terrain pour une baisse des prix

- - 5 min

Alors que le recul des cheptels bovin et porcin soutenait jusque-là les prix à la production, ceux-ci pourraient être entraînés à la baisse par l’effondrement de la consommation. Réunis en congrès le 5 septembre, les abatteurs de Culture Viande ne cachent pas leur inquiétude.

« Nos filières sont en danger. » En clôture du congrès de Culture Viande (abattage-découpe), le 5 septembre à Paris, son président Gilles Gauthier n’a pas caché son inquiétude. Premier motif de préoccupation : le recul des cheptels bovin et porcin, synonyme de baisse de production de viande et de soucis d’approvisionnement pour les industriels. « La restructuration du secteur semble inévitable », a prévenu Élisa Husson, économiste à l’Ifip (Institut du porc), alors que les abattages de porcs ont reculé de 5,2 % en un an sur la période de janvier à juillet. Côté bovins, la baisse du cheptel se poursuit au rythme de 3 % en vaches allaitantes et de 2,5 % en vaches laitières entre juin 2022 et juin 2023, selon Baptiste Buczinski, de l’Idele (Institut de l’élevage). Dans la filière ovine, les abattages d’agneaux et d’ovins de réformes reculent respectivement de 9,1 % et 1,7 % de janvier à juillet. Selon Agreste, sur la même période, la consommation a fortement progressé (+23 %, à 75 000 tonnes), profitant aux importations qui ont doublé pour atteindre près de 40 000 tonnes. « Collectivement, nous devons essayer de juguler ces décapitalisations », a exhorté Gilles Gauthier. De son côté, Jean-Paul Bigard, patron du groupe éponyme, « ne voit pas comment on va pouvoir arrêter l’hémorragie ».

« Réaction violente » des consommateurs

Après l’offre, les abatteurs s’inquiètent désormais aussi pour la demande : après avoir bien résisté en 2022, la consommation de viande est orientée à la baisse depuis le début 2023. D’après FranceAgriMer, en un an, la consommation calculée par bilan a reculé de 1,9 % pour la viande bovine (sur les cinq premiers mois). La chute atteint 2,4 % pour la viande porcine (sur les six premiers mois). Des chiffres qui ne tiennent pas compte des stocks. Or, dans les abattoirs, « il n’y a plus de place dans les congélateurs », affirme Jean-Paul Bigard. Alors que les prix à la production ont atteint des niveaux records, « le consommateur va avoir une réaction violente » face à l’inflation alimentaire, prédit-il. « Aujourd’hui, nous croulons sous les stocks alors que, il y a moins d’un an, nos clients étaient livrés à hauteur de 60-70 % [de leur commande], car nous n’étions pas capables de produire. » Et le n°1 français de la viande d’ajouter : « Hormis pendant la crise de la vache folle, jamais je n’avais vu un tel accident de consommation. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Culture viande
Suivi
Suivre

Lire aussi Viande bovine : hausse de la consommation en trompe-l’œil, selon Culture Viande

Pour le patron de Bigard, le recul de la consommation devrait entraîner celui des prix à la production, qui étaient jusque-là soutenus par le manque d’offre. « Lorsqu’il y a trop de marchandise, à quoi bon résister ? » Et d’enfoncer le clou : « Il n’y a qu’une méthode pour former un prix : l’offre et la demande. Le reste, c’est de la flûte. » Des propos qui tranchent avec le discours officiel de la filière en faveur de la contractualisation. De fait, les cotations des gros bovins résistent encore, quand celles du porc ont fléchi ces dernières semaines. « La cotation au MPB a chuté en août au maximum de ce qui est permis par la convention », constate Élisa Husson : le cours de référence a perdu plus de 30 centimes en un mois, pour atteindre 2,046 €/kg au 7 septembre. « L’été n’a pas été très bon, la météo n’a pas été propice à la consommation de grillades », explique l’économiste de l’Ifip.

La FNB dénonce la « posture » de M. Bigard

Interrogés lors d’une conférence de presse le même jour par nos confrères de Réussir Bovins viande, les éleveurs de la FNB (FNSEA) ont vertement contesté l’analyse de M. Bigard. Son président Patrick Bénézit dénonce « un discours de posture qui n’est plus d’actualité ». « Il n’y a pas de sujet sur la dynamique du marché : tout se vend, tout se consomme, et il n’y en a pas assez », balaie cet éleveur du Cantal. Quant au secrétaire général Cédric Mandin, il pointe « un message irresponsable qui va démultiplier la décapitalisation ». Les élus du syndicat majoritaire continuent de militer pour une contractualisation « basée sur les indicateurs interprofessionnels des coûts de production ». Lesquels coûts de production sont toujours orientés à la hausse en bovins : +6 % en moyenne pour toutes les catégories de races à viande, d’après les indicateurs interprofessionnels de prix de revient. « Pour passer les étapes qui suivent, il faudra que l’on soit encore plus solidaires, rassemblés derrière nos interprofessions », a exhorté Gilles Gauthier dans son discours de clôture au congrès de Culture Viande. Un appel au calme de plus dans une filière réputée pour ses dissensions.

Consommation à -2,4 % en porc et à -1,9 % en viande bovine

« Les congélateurs sont pleins », affirme Jean-Paul Bigard