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Viande porcine : Pékin contre-attaque

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En ouvrant une enquête antidumping sur la viande porcine européenne, le 17 juin, Pékin a rapidement riposté à la mise en place par l’UE de droits compensateurs sur ses véhicules électriques. Si cette réaction était prévisible, elle inquiète les professionnels du secteur qui craignent les incidences pour l’agriculture dans cette guerre commerciale qui semble se lancer.

La réponse n’a pas traîné. Quelques jours après l’annonce de l’UE de la mise en place, dès le 4 juillet, de droits compensateurs provisoires sur les véhicules électriques à batterie en provenance de Chine, Pékin a mis ses menaces à exécution, le 17 juin, en déclarant lancer une enquête antidumping sur les importations de porc et les sous-produits porcins originaires de l’UE. Dans le détail, cette enquête devrait durer un an, jusqu’au 17 juin 2025, avec une possibilité de prolongation de six mois en cas de circonstances particulières. L’enquête antidumping concernera la période allant du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2023, alors que celle sur les dommages à l’industrie concernera la période allant du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2023. D’autre part, l’empire du Milieu précise que « cette enquête a été ouverte à la demande de l’industrie nationale » et que les autorités ont considéré que « la demande remplissait les conditions d’ouverture d’une enquête antidumping ».

Un tour de cochon

À Bruxelles, l’exécutif européen prend note de cette décision chinoise tout en assurant suivre la procédure de près. « On interviendra si nécessaire pour s’assurer que la procédure suive les règles de l’OMC », a indiqué Olof Gill, un porte-parole de la Commission européenne, « en collaboration avec les États membres et l’industrie ». Du côté des professionnels justement, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) craignent que l’agriculture ne « paie à nouveau la facture » de la montée des tensions commerciales, alors que le cognac est également touché par une enquête similaire depuis janvier. L’industrie européenne de la viande (UECBV) note, quant à elle, la baisse déjà existante des exportations porcines de l’UE vers la Chine (-28 % sur les deux dernières années, de 3,726 à 2,673 milliards d’euros) et espère poursuivre la coopération avec Pékin pour que l’enquête prouve qu’il n’y a aucun dumping.

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Une fermeture potentielle du marché chinois aurait des conséquences négatives pour plusieurs pays européens exportateurs comme les Pays-Bas, le Danemark, l’Allemagne ou la France, mais surtout l’Espagne qui serait l’État membre le plus exposé. En 2023, Madrid a exporté plus de 560 000 tonnes de produits porcins vers la Chine pour une valeur d’environ 1,2 milliard d’euros, soit près de la moitié de la valeur des exportations de l’UE (48 %). Le ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas se veut toutefois rassurant, estimant qu’il existe « une marge d’entente et de négociation ». Il souligne par ailleurs les bonnes relations sino-espagnoles même si ce dossier « ne relève pas de la responsabilité nationale, mais plutôt de celle de l’UE ».