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Viande in vitro : un sénateur enquête, le secteur alerte

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Éleveur et sénateur LR de la Haute-Saône, Olivier Rietmann rendra en mars un rapport sur « les perspectives de développement » de la viande in vitro. Selon les professionnels de l’agriculture cellulaire, la France est en retard sur le sujet.

Sénateur LR de la Haute-Saône, Olivier Rietmann a été « désigné par la commission des Affaires économiques rapporteur d’une mission d’information sur la viande in vitro », annonce-t-il dans un communiqué le 11 janvier. Après une trentaine d’auditions, il présentera ses conclusions « au début du mois de mars ». Cette mission parlementaire vise à « étudier les perspectives de développement » de la viande in vitro, ainsi que ses « conséquences, positives aussi bien que négatives ». Éleveur et vice-président du groupe d’études sur l’élevage au Sénat, M. Rietmann promet aussi d’aborder « l’acceptabilité psychologique pour le consommateur » de la viande in vitro. Sans oublier « la question de notre souveraineté alimentaire ou encore celle de la rémunération du producteur ». Comme l’estime l’élu, « une réflexion s’impose […] urgemment sur son impact tant nutritionnel qu’en matière de sécurité sanitaire et de traçabilité, mais aussi sur ses conséquences environnementales ou sur le bien-être animal ».

Actuellement, un seul pays a autorisé la commercialisation de viande in vitro : il s’agit de Singapour, pour des nuggets de similis de poulet en décembre 2020. Plus récemment, en novembre 2022, la start-up californienne Upside Foods a reçu le feu vert de l’autorité en charge de la sécurité alimentaire aux États-Unis (FDA) pour ses méthodes de fabrication de viande artificielle. Une première étape vers la commercialisation de similis de viande de poulet issus de la culture cellulaire outre-Atlantique.

La France en retard, selon Agriculture cellulaire France

Du côté des professionnels de la viande in vitro, Agriculture cellulaire France estime que la France « accuse un retard » sur ses voisins. Dans une tribune envoyée à la presse le 6 janvier, le cofondateur de l’association Nicolas Bureau demande aux gouvernements, et notamment à la France, de consacrer « plus de financements publics à la recherche en libre accès et au développement pour faire progresser la science mondiale » sur la viande cultivée. « Si depuis quelques années, on observe de plus en plus de marques et investisseurs prendre le pas de la viande végétale et recevoir l’appui des gouvernements, la viande cultivée n’en reste encore qu’à ses balbutiements et on observe que la France accuse un retard par rapport à ses voisins. » Et M. Bureau de promettre à la viande in vitro le même destin que les similis à base de protéine végétales : « Il y a fort à parier que la recherche, l’offre mais surtout les mentalités évoluent au cours de la prochaine décennie », espère-t-il.

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Selon Nicolas Bureau, la France fait partie des « gouvernements les plus frileux » sur la viande cellulaire. On se souvient que le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie avait vivement réagi au lancement de la première viande in vitro : « Est-ce vraiment cela, la société que nous voulons pour nos enfants ? Moi, non », avait-il écrit sur Twitter. L’Hexagone prend le risque de rater « l’opportunité de compétitivité qu’offre le développement des protéines alternatives », estime M. Bureau. Conséquence de ce retard : les Français pourraient se retrouver à « consommer des produits fabriqués ailleurs, puis importés ». Nicolas Bureau rappelle que les Pays-Bas ont investi 60 M€ « dans le développement d’un écosystème autour de la viande cultivée », complétés par « 25 M€ provenant d’investisseurs ». De son côté, Israël a débloqué 500 M$ et construit en 2022 « la première structure de production de viande cultivée au monde ».

Le cofondateur d’Agriculture cellulaire France propose de « donner la priorité aux politiques axées sur la transition qui facilitent et accélèrent le passage de l’élevage animal à la production durable de protéines alternatives ». « Les gouvernements devraient inclure la transition vers les protéines durables au sein même des plans de lutte pour l’environnement », suggère-t-il.

Le sénateur veut étudier « l’acceptabilité psychologique » de la viande in vitro

L’Hexagone parmi « les plus frileux », selon Agriculture cellulaire France