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Vigne : Bioline lancera une assurance paramétrique en 2021

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L’entité d’InVivo dédiée à l’agriculture annonce le lancement en 2021 d’une assurance paramétrique contre la grêle sur la vigne. Matthieu Denier, directeur marketing de Bioline insurance, explique les objectifs et fait le point sur l’activité multirisques climatiques, au terme de sa deuxième campagne.

Comment évolue votre offre ?

Notre conviction est qu’il faut innover en matière d’assurance récoltes. À un horizon de moyen ou long terme, c’est l’assurance paramétrique qui va se développer. Quel est le principe ? L’assurance paramétrique ne nécessite aucun déplacement d’expert pour voir l’état des cultures. Elle repose sur des informations, de la technologie à partir des stations météo, satellites, algorithmes, modèles agronomiques, l’intelligence artificielle. À quel secteur s’adresser ? En grandes cultures, 25 à 30 % des surfaces sont couvertes par une assurance multirisques climatiques. C’est beaucoup moins pour d’autres productions : autour de 15 % en vigne, 5 % en arboriculture. On doit pouvoir trouver des solutions pour ces cultures spécialisées. D’abord en se focalisant sur certains aléas. L’assurance paramétrique fonctionne ainsi : pour chacun d’entre eux, il faut disposer d’un modèle. À la différence d’un expert qui s’occupe à la fois des 15 ou 20 aléas du contrat multirisques. Ça prend beaucoup plus de temps pour aller jusque-là avec l’assurance paramétrique. La bonne stratégie vis-à-vis des cultures spécialisées, c’est de travailler ce type de produit, aléa par aléa, le gel et la grêle dans un premier temps.

Quand serez-vous prêt au lancement commercial ?

Un pilote fonctionne avec la coopérative Océalia en Charente. Il s’appuie sur tout un réseau de stations météo qui surveille la grêle. Et, désormais, notre produit est prêt concernant la vigne. Malheureusement un peu tard par rapport à la campagne 2020, l’assurance paramétrique pour la grêle sera donc lancée l’an prochain. On espère d’ici là avoir développé un modèle concernant le gel. L’objectif est de proposer en 2021 une assurance paramétrique pour la grêle et le gel sur vigne, au moins dans la zone Charente.

Avec quelle ambition ?

Difficile à dire parce que c’est quelque chose de nouveau. Il n’existe aujourd’hui quasiment aucune assurance paramétrique sur le marché. On est les premiers en France à se lancer dans la grêle et je dirais même qu’en vigne c’est une première mondiale. Un changement d’habitude sera nécessaire : l’agriculteur ne verra plus un expert se déplacer mais des modèles, des indices, des données de température, des mesures de la grêle qui vont entraîner ou non le déclenchement de l’assurance. La pratique s’est d’abord développée aux États-Unis. D’ailleurs Bioline se lance dans l’assurance paramétrique avec une start-up américaine, Understory, spécialiste du dommage lié à la grêle dans les parcs automobiles.

Où en êtes-vous concernant l’assurance multirisques climatiques ?

La société Bioline insurance a été créée en 2016. Cette année correspond à la deuxième campagne de commercialisation et les souscriptions se poursuivent jusque fin avril pour les cultures de printemps. La tendance, par rapport à 2018-19, est un nombre d’hectares souscrits multiplié par trois, un doublement du nombre des coopératives nous ayant rejoints. Avec pour l’instant 80 000 ha de grandes cultures (contre 30 000 ha l’an dernier), on vise 100 000 ha à la fin 2019-20. De 9 coopératives au départ, l’effectif est passé à 18. C’est par elles qu’on passe pour que les agriculteurs entendent parler du produit Bioline. Or l’assurance n’est pas le cœur de métier des coopératives. Il faut le temps que le sujet soit mis en avant.

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Êtes-vous en ligne avec vos objectifs ?

L’objectif annoncé dès le départ est 1 million d’hectares couverts. On pense l’atteindre dans trois, quatre, cinq ans… Difficile à préciser. C’est relativement nouveau, des coopératives qui parmi leurs offres de services proposent des assurances. Il faut le temps que l’agriculteur identifie ce contrat collectif, que le conseiller soit suffisamment à l’aise avec le produit. 1 million d’hectares : le potentiel est calibré par rapport à la couverture des quelque 200 coopératives du groupe InVivo. En termes de conseil, approvisionnement et collecte, elles représentent deux tiers des surfaces nationales. Bioline, activité de courtage d’assurances affiliée à InVivo, accède ainsi à une répartition sur tout le territoire des coopératives de l’union. L’intérêt est de ne pas concentrer le risque sur une seule zone. Aujourd’hui, nous sommes présents dans le Sud-Ouest, le Centre, le Nord-Ouest, le Nord-Est. Pas encore en Alsace, ni en Bretagne mais des discussions sont en cours.

Qu’est-ce qui différencie votre offre ?

Je rappelle d’abord la genèse du produit. Tout part du constat que seules 25 à 30 % des surfaces sont couvertes par une assurance multirisques climatiques. Une proportion qui plafonne. Le challenge est donc de convaincre 70 % de non-assurés, qui sont principalement des céréaliers, des éleveurs ayant des surfaces en grandes cultures. Premier point fort de Bioline insurance, il s’agit d’un produit différent. L’immense majorité des contrats sur le marché ont une franchise de 30 ou 25 %. Des options existent pour abaisser le seuil d’intervention à 20 ou 15 %, permettant des indemnisations plus fréquentes, plus importantes, mais elles restent très peu développées. Nous proposons 10 ou 15 % de franchise. L’agriculteur doit pour cela engager 70 % des surfaces de son exploitation. Autre caractéristique chez Bioline, liée à son ADN de start-up, c’est un parcours 100 % digital, de la souscription à la gestion du sinistre. La troisième différence est que notre produit est accessible via les coopératives. Ça rassure l’agriculteur.

L’objectif est de proposer en 2021 une assurance paramétrique pour la grêle et le gel sur vigne

L’assurance « paramétrique », les précédents français

Plusieurs opérateurs se sont déjà lancés dans l’assurance paramétrique en grandes cultures au cours des dernières années, proposant comme Bioline en vigne des assurances très modulables, sans expert, liées à un aléa en particulier. Ce fut le cas notamment de Meteo Protect ou de Climate Insurance. Malheureusement, cela n’a pas réussi à Meteo Protect qui a été mise en liquidation judiciaire fin 2019. L’assurance prairies s’est également développée sur un mode voisin : l’offre dite « indicielle » développée par Pacifica, puis Groupama, depuis 2016, propose un service potentiellement sans expert basé sur l’observation satellite. Toutefois il couvre un large panel d’aléas.