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Vigne : quatre cépages résistants devraient être inscrits fin 2017

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Parmi 43 cépages résistants au mildiou et à l’oïdium polygéniques, autrement dit de seconde génération, que le programme français de recherche compte obtenir d’ici 2030, quatre devraient être inscrits au Catalogue officiel des semences et des plants en décembre 2017, a annoncé l’Inra le 16 janvier. Les chercheurs sont revenus sur le délai nécessaire si l’on veut éviter de façon durable les contournements de résistance par de nouvelles souches de parasites.

L’Inra et l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) mènent des recherches qui devraient aboutir à l’obtention de 43 cépages résistants polygéniques au mildiou et à l’oïdium d’ici 2030. Sur ce total, quatre, soit deux pour le vin rouge et deux pour le vin blanc, devraient être inscrits en décembre 2017 au Catalogue, a indiqué Christian Huyghe, directeur scientifique Agriculture de l’Inra.

Un premier train de 4 cépages polygéniques

Dans cette perspective, l’IFV commencera le greffage des quatre cépages polygéniques « d’ici trois semaines », parce que la probabilité pour qu’ils soient inscrits est forte, a indiqué son directeur général Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. L’IFV veut ainsi se préparer à la montée en puissance des nouveaux cépages pour qu’en sortent les premières bouteilles en 2021. Cela suppose de mettre à la disposition des vignerons les plants en 2018, car il faut trois ans entre la plantation et la première vendange. Dès l’inscription au Catalogue officiel des variétés végétales, les quatre cépages seront multipliés sur 100 hectares, de quoi produire suffisamment de plants pour couvrir des milliers d’hectares de vignoble, escompte l’IFV. Ces quatre cépages seront les premiers cépages polygéniques, c’est-à-dire des variétés de vigne contenant non pas un gène de résistance, mais plusieurs.

Expérimentations pour les cépages monogéniques

Les variétés monogéniques, dites « Bouquet », du nom d’Alain Bouquet qui les a mises au point, présentent un risque de contournement de la résistance, que ne veut pas courir l’Inra ni l’IFV. Néanmoins les bassins viticoles tiennent à utiliser ces cépages monogéniques en attendant l’arrivée des quatre premiers polygéniques. Ces cépages « Bouquet » portent un gène de résistance au mildiou et un gène de résistance à l’oïdium. Devant la pression des professionnels et de parlementaires, l’Inra et l’IFV ont décidé d’observer le comportement de ces cépages monogéniques dans des bassins tests, en associant les professionnels. Cet observatoire national du déploiement des cépages résistants, appelé Oscar, a été lancé ce 16 janvier. Le travail de cet observatoire sera de mener des expérimentations pour « analyser le comportement de ces cépages en conditions diverses », a précisé Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Les bassins de Bordeaux, de Champagne, de Provence, du Languedoc, de la vallée du Rhône sont prêts à signer le partenariat d’expérimentation, et l’officialisation se fera au Salon de l’agriculture, a indiqué Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’Inra. Seuls les Bourguignons n’ont pas encore donné leur réponse, mais « elle ne devrait pas tarder ».

Philippe Mauguin : « Prudence légitime »

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La recherche française aurait pu se contenter de laisser la filière se satisfaire de ces cépages monogéniques immédiatement disponibles, a ajouté Christian Huyghe. « Dans un système libéral on pourrait faire multiplier les plants monogéniques par tous les pépiniéristes, mais ce serait prendre le risque de voir trois ou ans après avoir poussé quelques cocoricos des résistances contournées », a développé Philippe Mauguin, mettant en avant une « prudence légitime ». « Ce n’est pas un principe d’inaction », a-t-il justifié. Les débats ont été vifs ces derniers mois, des parlementaires ayant reproché à l’Inra de "verrouillé », a-t-il rapporté. Il y a trois ou quatre ans, les cépages résistants « n’étaient pas une priorité de la profession ». Il est vrai que la société française est devenue ces dernières années particulièrement sensible à la question des phytos.

Philippe Mauguin a résumé le calendrier de l’évolution vers la réduction des phytos en viticulture : à très court terme, progrès sur les buses et pulvérisateurs et recours au biocontrôle. À court terme expérimentations sur les monogéniques dans des bassins tests. À moyen terme multiplication des quatre cépages polygéniques. À long terme recherche sur une trentaine de cépages polygéniques. « À terme 80 % des passages de phytos en viticulture pourront être évités », selon lui. Le coût du traitement représente 400 à 500 millions d’euros pour la viticulture française, a-t-il évalué.

Le coût du traitement représente 400 à 500 millions d’euros pour la viticulture française

Cépages monogéniques et cépages polygéniques

Les cépages monogéniques « Bouquet » contiennent un seul gène de résistance au mildiou ou à l’oïdium. Ils sont plus fragiles parce qu’ils « ont plus de probabilité d’être contournés que les polygéniques », a expliqué Christian Huyghe, ajoutant qu’un gène contourné par une résistance devient inopérant à jamais. D’où les recherches sur une seconde génération de cépages résistants, les polygéniques, c’est-à-dire des variétés de vigne contenant non pas un gène de résistance, mais plusieurs. Les cépages « Bouquet » donnent des vins « d’une très bonne qualité organoleptique ». Le défi sera d’obtenir des cépages à la fois durablement résistants et produisant des vins appréciés dans le monde pour leurs arômes.