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Vin : Bruxelles veut ouvrir le marché indien

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Le contexte géopolitique mondial pousse l’UE et l’Inde à se donner une nouvelle chance de conclure un accord de libre-échange. Si l’horizon de la fin de l’année 2025 a été fixé de part et d’autre comme objectif, le plus dur commence, avec la négociation sur le fond. Une question complexe, notamment pour le secteur du vin qui fait face à un marché particulièrement fermé.

Présente à New Delhi le 28 février avec une délégation de commissaires européens, (sauf Christophe Hansen réquisitionné au Salon de l’agriculture), la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi afin de relancer les relations indo-européennes. Preuve de l’importance de cette visite diplomatique, il s’agissait du premier voyage du Collège des commissaires hors d’Europe depuis sa prise de fonction en décembre. À cette occasion, les deux parties ont confirmé leur volonté de voir les négociations concernant l’accord de libre-échange (mais aussi celui sur l’investissement et les indications géographiques) se conclure en 2025. Au cœur des enjeux agroalimentaires pour l’UE, l’ouverture du marché indien aux exportations européennes de spiritueux et de vins, deux des principaux intérêts offensifs en matière agroalimentaire mis en avant par Bruxelles. En matière de commerce agroalimentaire, l’UE présente en 2023 un solde largement déficitaire avec l’Inde de près de 2 milliards d’euros (Md€). Sur le plan des exportations, l’Inde est seulement le 30e partenaire de l’UE avec 1,3 Md€ (soit 0,6 % des exportations totales en 2023) tandis que du côté des importations (3,3 Md€ en 2023), l’Inde est le 11e partenaire de l’UE, représentant 2,1 % des importations agroalimentaires totales de l’UE.

Un marché d’avenir mais complexe

En dépit d’un nombre important de consommateurs potentiels (évalué à 90 millions par l’industrie du vin), « on envoie aujourd’hui moins de vin en Inde qu’en Colombie, au Cambodge ou au Ghana », avance Ignacio Sanchez Recarte, secrétaire général du Comité européen des entreprises vins. Dans les faits, ces deux secteurs font l’objet d’une politique fiscale particulièrement prohibitive avec un droit fédéral de 150 % auquel viennent s’ajouter des taxes locales qui varient en fonction des États. « Une réelle barrière » pour les vins européens, estime Ignacio Sanchez Recarte dont l’organisation appelle la Commission européenne à l’élimination de ces droits mais aussi à un filet de sécurité sur les barrières techniques au commerce et une reconnaissance des pratiques œnologiques de l’OIV.

À titre de comparaison, l’Australie et l’Inde ont conclu, le 2 avril 2022, un accord de libre-échange (Australia-India Comprehensive Economic Cooperation Agreement ou ECTA) qui prévoit une réduction progressive du droit fédéral pour les bouteilles dont la valeur est estimée entre 5 et 15 dollars américains pour atteindre 50 % après 9 ans. Pour les bouteilles d’une valeur supérieure à 15 $, les droits de douane seront réduits de 150 % à 25 % sur 9 ans. Un modèle que pourrait être tenté de répliquer New Delhi dans ses négociations avec l’UE et qui ne convient pas à l’industrie européenne. « Le danger est que cette valeur de coupure risque de laisser la majorité des vins hors de l’accord », estime le Comité vins. Mais au-delà de cette baisse des droits, l’ECTA prévoit également que l’Inde étendra à l’Australie toute amélioration de l’accès au marché accordée aux futurs partenaires d’un accord de libre-échange.

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Lire aussi : UE/Inde : les négociations commerciales n’avancent toujours pas

Relancées en grande pompe en juin 2022, les négociations commerciales entre l’UE et l’Inde, qui incluent également des discussions en vue d’un accord sur la protection des investissements et d’un accord sur les indications géographiques (IG), patinent depuis lors, loin de l’objectif initial de conclusion d’ici la fin de l’année 2023. Mais le contexte géopolitique marqué par les tensions commerciales croissantes avec la Chine et les États-Unis pousse Bruxelles à chercher de nouveaux débouchés. « Je suis bien conscient que ce ne sera pas facile. Mais je sais aussi que le timing et la détermination comptent, et que ce partenariat arrive au bon moment pour nous deux », a d’ailleurs déclaré Ursula von der Leyen.